Gothic (1986) Haunted Summer (1988) Rowing in the Wind (1988) : Une Saison en Enfer

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Aussi fasciné et fascinant que le mythe de Dracula, le Prométhée post-moderne de Mary Shelley n’a eu de cesse d’inspirer la plus petite série z, même dans les années 80. Parmi les idées les plus étonnantes du septième art pour explorer davantage l’univers de l’écrivain et de sa créature, celle de s’attarder sur la genèse même du bouquin compte parmi les plus brillantes.
Déjà en 1985, on donna inutilement une suite à La Fiancée de Frankenstein dans le néanmoins sympathique La Promise : or, avec Gothic il était question de remonter le fil, et non de s’approprier à nouveau Frankenstein. Nous voilà projeté un été 1816, au bord du lac Léman : Lord Byron, calfeutré dans la superbe Villa Diodati avec son âme damnée John Polidori, voit arriver les époux Shelley et l’une de ses maîtresses, Claire Clairmont. Entre deux orages et quelques rêveries d’opium, Mary Shelley confectionnera son chef d’oeuvre…

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OVNI encore et toujours, Gothic est un drôle de cas à bien des égards ; car avant de parler du film lui-même, il faut souligner son involontaire spécificité : bien que le succès ou la reconnaissance ne fut pas au rendez-vous, le sujet décliné à nouveau deux ans plus tard dans deux autres films, quant à eux totalement méconnus. Opportunisme brumeux ou passion subite pour une étrange page de l’histoire littéraire ? Le mystère reste entier…

Pour ce qui est de Gothic, il est assurément le plus sulfureux et le plus fou des trois films : Ken Russell sortait de son ultime chef d’oeuvre, le décadent Les jours et les nuits de China Blue, et quitte Hollywood pour retrouver sa terre natale, l’Angleterre. Un sujet en or pour un tel auteur avouons-le, mais un auteur diminué également. En effet, on aurait rêvé de voir un tel projet porté dans les 70’s – et donc à sa meilleure période – là où La Symphonie Pathétique côtoyait Les Diables ; là où Russell tournait en Scope et ne semblait s’acquérir d’aucune limite ; là son art avait atteint son apogée. On aurait pu rêver de voir Glenda Jackson dans le rôle de Shelley, on aurait pu imaginer un scandale retentissant…mais le résultat présent, réalisé en 1986, ne déchaîna point les passions.

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Projet dingo hors des temps et des modes, Gothic peut se targuer d’offrir un spectacle unique en son genre, et de restituer (parfois exagérément) toutes les névroses de cette nuit fiévreuse. Provoc dans l’âme, Russell insiste comme il peut sur la démence qui s’emparait alors du groupe de poètes, de leurs hallucinations contrariées (offrant quelques visions assez dérangeantes) jusqu’à leurs passion sans fins.

Un climat de cauchemar orgiaque tantôt imbuvable, tantôt impressionnant, où tout le monde surjoue tant qu’il peut (Julian Sands débloque face à un Gabriel Byrne parfois plus Marquis de Sade que Lord Byron), excepté la douce et regrettée Nathalie Richardson, qui campe une Shelley fragile et endeuillée, emportée par les fantômes de la nuit. La musique vrombissante et too much de Thomas Dolby enfonce le clou de ce trip fantasmagorique recréant, non sans intérêt, la terreur étrange du fameux Cauchemar de Fuessli. En somme, ce n’est pas tout à fait réussie, mais diablement fascinant.

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En 1988, la Cannon rempile à nouveau avec Haunted Summer, devenu chez nous (et uniquement en vidéo) Un été en enfer. Réalisé par un Ivan Passer guère inspiré, cette monture ci semble posséder des ambitions visuelles plus proches du téléfilm que d’une véritable oeuvre de cinéma. Trop calme, trop sage, trop cristallin, cet été là n’a rien d’infernal : mais découvrir le film dans de meilleurs conditions ne serait pas du luxe pour, éventuellement, l’évaluer à sa juste valeur. Ce qu’on garde est pourtant assez précieux : son casting déjà, réunissant Eric Stolz, Laura Dern et Alice Kridge, tous trois superbes, et le score de Christopher Young, timidement mis en avant.
En état de grâce, le compositeur d’Hellraiser signe une pièce d’une beauté estomaquante, sans doute la plus belle de sa carrière : l’écouter, c’est se retrouver dans les jardins de la villa, se nicher dans le lit des amants poètes, se perdre sur le lac Leman. Un travail qui dépasse en richesse et en émotion n’importe quelle image du film !

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Toujours la même année, un réalisateur espagnol, Gonzalo Suarez, s’attelle à son tour à une nouvelle percée dans le coeur et le corps des poètes anglais : Rowing in the Wind ne connaîtra qu’une exploitation misérable (encore plus que Haunted Summer), et reste encore inédit en France. Un film une fois de plus imparfait, au rythme étrange (que doit-on conclure des différentes durées du film ?), mais doté d’une ambition plus rafraîchissante.

En effet, Suarez ne décrit pas que les journées à la villa Diodati et prolonge la destinée des Shelley et de Byron (incarné par un Hugh Grant tout désigné !) dans une seconde partie surprenante. Même la créature de Shelley se matérialise et s’invite dans le récit, ajoutant une pointe de fantastique à une oeuvre plus classique que le Gothic de Russell. Son plus grand mérite est d’ailleurs de renouer avec le lyrisme des auteurs qu’il met en scène, ouvrant et clôturant le film sur des paysages fabuleux que n’aurait pas renié un Caspar Friedrich. Une âme romantique préservée et sublimée jusque dans l’utilisation du mythique Fantasia on a Theme.

 

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