L’Inconnu du Lac (2013) Alain Guiraudie : Conte d’été

La présence et les répercutions de La vie d’Adèle et de L’inconnu du Lac, les deux événements queer du dernier festival de Cannes, ont vite fait de rétrécir le lien se tissant entre la fiction et l’actualité. En attendant que la fresque du Kechiche se dévoile, L’inconnu du Lac, lui, impose difficilement ses couleurs dans la rue. Une autre histoire bien sûr, faisant de l’ombre au contenu du film (mais pas à son exploitation !) qui ne ravira pas d’ailleurs les yeux les plus chastes. Qu’importe…

Après un Roi de l’évasion rafraîchissant, Alain Guiraudie trace à nouveau sa route vers un conte rural cette fois bien plus noir, même s’il prête de temps à autre à sourire. Tout n’est qu’une suite de tableaux autour d’un lac sans repères, où les voitures s’amassent tranquillement et les silhouettes nues se profilent sur les berges. Plage interdite et backroom improvisé, le lac est devenu un point de rendez-vous pour les homosexuels de la région, généralement peu assumés, mais ici trouvant un point de libération sans aucun équivalent. Au milieu, il y a un Frank, un habitué récent ne cherchant rien de particulier mais prenant un plaisir évident à ce parcours naturiste.

Si Guiraudie instaure une ambiance mi-obscène, mi-pittoresque, c’est pour mieux la menacer par un objet de fantasme ambivalent, le fameux « inconnu du lac », croisement anachronique de Magnum et d’une porn-star des 70’s. Un sujet d’obsession vite freiné par un plan séquence dévoilant toute l’horreur tapie dans l’ombre : Frank, face à l’homme de sa vie, découvre qu’il est aussi face à un meurtrier.

La fascination du mâl(e), cette manière d’embrasser la mort sans se défaire de son trouble érotique : Guiraudie a visiblement bien saisi les fantasmes (pas si) lointains, de Genet, éternel amoureux des assassins et des voleurs. Mais à la sexualité morbide, L’Inconnu du lac lui préfère des étreintes passionnelles, crues certes (elles y sont rarement simulées, gimmick de plus en plus courant dans le cinéma d’auteur) mais solaires et vivantes. Une manière de se détacher du cinéma de Bruno Dumont, dont le film se rapproche régulièrement dans son épure.

La ballade hédoniste se mue en promenade incertaine, hantée par une inquiétude dévorant le métrage petit à petit : tout pourrait se résumer dans ces eaux faussement tranquilles, où chaque baignade pourrait être la dernière. Le climat champêtre mêlant ivresse sexuelle et tragédie à venir rappelle si bien celui de Regarde la mer de François Ozon (où l’héroïne découvrait un endroit similaire), dont il semble être parfois le pendant homosexuel.
Bien entendu, au delà du trouble jeté le long de ce lac, quelques maladresses trop courantes du cinéma d’auteur se font sentir : interprétation inégale, fin loupée, longueurs, ou un personnage d’inspecteur de police proprement ridicule qui semble s’être trompé de film. Mais autour de ce mélange de tendresse, d’effroi et de faune orgiaque, la fascination reste.

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