Tomb Raider (2013) Crystal Dynamics : Voyage au bout de l’enfer

Revenu très largement à la mode au cinéma, le Survival représente ce pont surprenant entre le film d’aventures et le film d’horreur, éternel face à face de l’homme avec à la nature, confrontation inévitable à son instinct de survie et à ses pulsions animales. Il faudra attendre quelques années de décalages pour que ce parti-pris contamine le  jeu vidéo avec des titres comme I’m Alive, The Last of us, Hydrophobia…une contamination d’autant plus intéressante qu’elle redéfinit le jeu d’action/aventure en revoyant à la hausse notre implication face à l’action. Il est donc évident que l’une des licences les plus célèbres du jeu d’action et d’aventure revienne sur la scène pour profiter (et relancer) allègrement de ce tournant…

Dix sept ans plus tard (aouch…), que reste t-il de l’aventurière la plus pulpeuse de la planète ? Pas grand chose il faut le dire…
Reine incontestée des bugs, l’héroïne de Core Design avait commencé à montrer des signes de fatigue dès son troisième volet, avant de connaître une suite d’échecs. Et malgré la récupération de la licence par Crystal Dynamics, on ne peut pas dire que Lara Croft enchantait autant les foules qu’auparavant, allant s’intégrer naturellement – pour ne pas dire banalement – au coeur du monde vidéo-ludique.
C’est là que le lien avec le cinéma intervient à nouveau : l’ère des super-héros est devenu également l’ère des reboots, avec ceux de Batman, Spiderman et Superman, destinés à relancer des franchises déjà clôturées ou trop « lointaines » pour le public actuel. Lara Croft connaît alors un sort similaire, avec à la clef une promo massive qui, il faut l’avouer, se justifie assez bien. Car en effet, ce Tomb Raider nouvelle génération n’a rien d’un pétard mouillé.

Histoire d’appréhender à nouveau les bases de leur heroïne, Crystal Dynamics et Square Enix misent (tout comme les reboots des héros cités plus haut) sur la préquelle : l’idée avait déjà été abordé par Core Design dans leurs derniers volets (le quatrième en Egypte puis le faiblard Sur les traces de Lara Croft) sans grand succès. En vadrouille sur l’océan pacifique, la belle et son équipage échouent sur les côtes d’une île mystérieuse, dans une atmosphère tendance triangle des Bermudes. Battue par des tempêtes incessantes, l’île semble peuplée de mercenaires vindicatifs ne défendant apparemment pas que de simples vestiges…

C’est donc au gré de cette aventure éprouvante que Lara se forgera en temps qu’aventurière et guerrière, jeune fille encore naïve mais débrouillarde. Ce qui frappe ici, en plus des graphismes majestueux, c’est sans doute la sauvagerie avec laquelle les concepteurs du jeu reviennent sur le personnage de Lara : autrefois fantasme pulp intouchable et irréel, elle devient ici une victime ravissante, mais victime tout de même, qui ne vit plus une simple aventure mais un véritable martyr !

Ce réalisme (toutes proportions gardées) ultra-spectaculaire, auréolé d’une violence carrément gore, ne se réclame plus, comme autrefois, d’Indiana Jones : à ses origines plus proche du serial et de la bd, le Tomb Raider d’aujourd’hui se réclame fermement de Rambo, de The Descent (avec des clins d’oeils éléphantesques au film de Neil Marshall) et du cannibal flick à l’italienne (comment ne pas penser à l’atmosphère poisseuse des films de Deodato ?). Les visions de charniers encore chauds et de cadavres grimaçants éloignent clairement Tomb Raider de la cible grand public qu’il visait autrefois, ou de son pendant masculin Uncharted. Surprenant, mais salutaire…

Parachutant son héroïne au milieu de situations invraisemblables et vertigineuses, Tomb Raider retrouve l’essentiel de son concept : nous faire sentir un véritable sentiment d’aventure (malgré des chemins plus tracés qu’autrefois), jusqu’à faire resurgir un instinct de survie inédit jusqu’ici dans la trilogie (les combats à l’arc nous ramène aux combats de John Rambo ou de Dutch dans Predator).

Mais malgré les efforts fournis, il faudra tout de même subir un scénario très linéaire et des personnages sans grande conviction, Lara compris hélas. Aussi abîmée soit-elle, Lara reste alors une poupée, une poupée de sang certes, mais encore transparente au delà de sa quête acharnée. Un point noir qui n’empêche pas de profiter pleinement d’un reboot à la fois mérité et audacieux…

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