Jeune & Jolie (2013) François Ozon : Vices Privés, Vertus Publiques

 

« On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits – la ville n’est pas loin –
A des parfums de vigne et des parfums de bière… »

 Sélection officielle, sujet sulfureux, révélation féminine et vague controverse (la discutable tirade du réalisateur sur la croisette) : voilà pourquoi ce Jeune et Jolie semble si bien parler de lui, la productivité d’Ozon n’étant mise en surbrillance qu’occasionnellement. Pourtant, si on parle si vivement de celui-là, c’est peut-être aussi parce qu’il s’agit de son film le plus brillant et le plus intéressant de ces dernières années…

Isabelle souffle les bougies de ses dix-sept ans lors de ses vacances d’été, quelque part dans le Sud ; lieu déjà dompté par Ozon (Regarde la mer, Sous le sable, Une robe d’Été…), là où les corps et les âmes s’échauffent et se perdent. À l’heure de la sieste et des premiers désirs, la jeune et jolie créature se métamorphose, mais une étreinte et un retour à la capital plus loin, elle n’est clairement plus la même. Dans le plus grand secret, elle se fait appeler Léa, s’accapare trois ans de plus et se prostitue, retrouvant ses clients dans des hôtels luxueux. Mais cette double vie ne sera pas éternelle…

Sa bouche couleur cerise et les yeux mélancoliques, Marina Vacth mène une quête sensuelle dont elle seule est la détentrice : l’argent n’est rien, le plaisir opaque, le danger ignoré. Ozon évite tous les pièges tendus par un thème aussi sensible, celui de la Belle de Jour juvénile et assumée : pas de jugement, pas de morale, pas de vulgarité crasse ; mais de la crudité (dans l’érotisme) et de la justesse (dans les rapports, dans la direction d’acteur, dans le ton). Ce qu’il cherche (et ce qu’il réussit également), c’est troubler. À la manière des personnages extérieurs on ne saura vraiment jamais ce qui trotte dans la tête d’Isabelle, réservée et ambiguë : combler l’absence du père ? Trouver l’extase ? Se fabriquer une image ? Panser le souvenir d’une première fois terne ? La réponse désirée se dérobe.

On pourrait croire que Jeune et Jolie n’aille pas au bout de son sujet  : une simple impression, qui témoigne de l’envie d’éviter de réduire un tel sujet à une oeuvre racoleuse et putassière, où l’on sombre pour ensuite expier. Au final, il n’explore qu’une année de la vie d’Isabelle, au fil des saisons et des chansons de François Hardy (superbe idée) : on sait que tout commence, que rien ne s’arrête ici : des barrières impénétrables  qui font que participer davantage au trouble jeté par son auteur, comme une fugace et intense odyssée.

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