[Let’s Play ‘Retro’] Frissons en 16 Bits

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Années 90 : alors que sur PC, l’horreur et le fantastique s’illustraient de plus en plus librement via le Point & Click et le Doom-like, les consoles 16 bits comme la Megadrive ou la Super Nintendo, trop grand public, jouaient les timorées. Et pourtant, quelques joyeuses perles méconnues distillent à leur manière tout le venin de l’imagerie horrifique de base. Les deux dignes représentants, en la personne de la saga Castlevania et de Ghouls’n’ghosts connaîtront bon nombre d’ersatz, parfois novateurs, souvent mésestimés. Il est donc bon de se repencher sur vos bons vieux pad pour retrouver le frisson dans une poignée de charmants sprites…

Nosferatu (1995) Seta Corporation : Alors que l’adaptation vidéo-ludique de Bram Stoker’s Dracula est un naufrage sans nom, ce Nosferatu remet les pendules à l’heure en transposant le gameplay de Prince of Persia (troquant les donjons orientaux pour des corridors infestés de monstres en tout genre) dans un univers gothique de toute beauté (les cut scenes sont splendides). Des qualités atmosphériques et graphiques amoindries par une jouabilité certes discutable, mais qui n’excuse en rien l’oubli du soft, concurrent malgré lui d’un certain Flashback (pourtant antérieur).

Haunting, starring Polterguy (1993) Electronic Arts : Un drôle de cas, jeu foufou sans doute trop déconcertant pour son époque (difficile même de le poser dans un genre défini), où l’on incarne le fantôme d’un loubard hantant diverses maisons dans l’espoir de terroriser une petite famille de ploucs. Invisible, il faudra posséder les objets pour effrayer les victimes, et ainsi gérer sa jauge de slime qui permet de rester dans le monde des vivants. Malgré des phases annexes laborieuses nous parachutant en enfer (obligatoire pour « casser » la facilité de la tâche), les nombreuses animations délirantes à souhait et l’inventivité du soft en fait une oeuvre hautement singulière. Hilarant et novateur, le jeu inspirera indirectement (?) en 2003 un certain Ghostmaster (également oublié), tout aussi inégal mais particulièrement fun, poussant ainsi le concept dans ses derniers retranchements (plus de fantômes, de victimes, de maisons ou de pouvoirs).

Splatterhouse (1990 – 1993) Namco : S’il fallait bien citer le jeu le plus gore de sa génération, c’est bien Splatterhouse, qui concourt très largement à ce titre avec Mortal Kombat et Eternal Champions. Beat them all ardu et pas spécialement fun (bien que le troisième épisode opte pour une structure frôlant le survival horror), Splatterhouse impressionne encore par son design poisseux, où la moindre parcelle de décor semble suinter et dégouliner à loisir. Avec son héros à la Jason Vorhees (en fait un garçon possédé par un masque Inca), on hallucine encore devant un spectacle aussi malsain et graphique sur des consoles 16 bits. Sa résurrection next-gen ne fit d’ailleurs pas grand bruit…

Warlock (1994) Realtime Associates :  Au rayon « jeu à licence qu’on a pas vu passer », Warlock est un cas inattendu, tant le film n’était qu’une gentille petite série b qui se prêtait à peine à une conversion vidéo-ludique. Bien sûr, l’idée d’explorer l’univers du sorcier blond est surtout une excuse évidente pour signer un Castlevania-like assez difficile et soigné, et à l’ambiance parfois oppressante (le score assez pesant y est sans doute pour quelque chose). Pourtant il faut reconnaître que le jeu déploie un univers et une imagerie qui apprend intelligemment à s’éloigner de son modèle. Pas mal du tout.

Shadow of the Beast (1991) Psygnosis : Si aujourd’hui le titre psyché et hallucinatoire de Psygnosis peut paraître fouillis et maladroit, la fascination persiste. Jeu de plate-formes expérimental et d’une difficulté déconcertante, Shadow of the Beast déploie un univers lovecraftien et onirique particulièrement barré, où les créatures les plus biscornues qui soient (même le héros a une tête de chèvre) débarquent des quatre coins de l’écran, comme dans un mauvais trip au LSD. Une expérience étrange qui fit un sacré effet à son époque.

Clock Tower (1995) Human Entertainment : Tout juste un an avant Resident Evil qui allait instaurer définitivement le survival horror dans le coeur des gamers (la trilogie Alone in the Dark était tout de même déjà passée par là), le petit Clock Tower passe étrangement inaperçu, allant continuer son bonhomme de chemin avec une saga mésestimée car écrasée par ses concurrents trop imposants. Il faut donc redécouvrir ce petit chef d’oeuvre, qui brille déjà par sa singularité sur une console comme la Super Nintendo : une oeuvre adulte et sombre qui ne lésine pas sur les scènes effrayantes ou (un peu) violentes, et un gameplay très proche du point and click. Sans doute trop en avance sur son temps, trop effrayant ou trop conceptuel, le résultat est d’une efficacité encore redoutable, preuve qu’un moteur graphique monstre n’est en rien la clef suprême de l’effroi virtuel. Mais en plus de son sens admirable de l’atmosphère et de sa structure étonnante (plusieurs issues pour finir le jeu, en une demi-heure comme en 2h !), Clock Tower est aussi le seul jeu de l’histoire à s’inspirer ouvertement du cinéma de Dario Argento : Clock Tower n’étant ni plus ni moins qu’une adaptation non officielle de Phenomena (nabot armé de cisailles géantes, marâtre sadique, petite brunette innocente, insectes grouillants…), mâtiné de clins d’oeils à Suspiria (yeux brillants dans l’obscurité de la nuit, victime chutant d’un vitrail…) et aux Frissons de l’angoisse. Une véritable merveille.

Demon’s Crest (1994) Capcom : Spin-off de Ghouls’n’Ghosts, Demon’s Crest réussit à être encore plus ambitieux et réussi (l’exploration des niveaux en mode 7) que son modèle, lui empruntant ses cimetières hantés, ses forêts mutantes et ses temples démoniaques…à la différence qu’ici, nous sommes du côté des démons ! Beau et magnifiquement accompli (quelle musique !), Demon’s Crest est une autre preuve infaillible de la grandeur de Capcom en son temps.

The Immortal (1993) SandCastle : avec sa jaquette plus horrifique que merveilleuse, The Immortal donnait déjà le ton. Éternelle ballade dans des donjons infestés de gobelins et de pièges, le résultat change la donne avec des combats spectaculaires et gores plutôt intimidants pour l’époque : ennemis électrocutés, décapités, tranchés…  Et avec en prime, tout le charme d’une atmosphère sentant bon les livres dont vous êtes le héros…

Zombies (1994) LucasArts : Son titre complet (Zombies ate my neighbors) affiche davantage les intentions de cette immense bisou baveux et gluant à toute l’imagerie du cinéma d’horreur : morts-vivants gloutons, poupées pompantes, body snatchers hargneux, momies poussiéreuses, tronçonneurs en série, fourmis géantes, loups-garous… Entre ses graphismes pop, son bestiaire inépuisable, sa bande-son siphonnée (qu’on croirait interprété par les monstres eux-mêmes) et ses idées farfelues (les armes vont du pistolet à eau bénite au bazooka, en passant par les assiettes et les cruxifix !), Zombies est clairement le chef d’oeuvre oublié des amateurs de cinéma de genre..et de jeu vidéo. Génial.

Dragon’s Fury (1992) Tengen : Succédant à Alien Fury sur PC Engine, Dragon’s Fury persévère dans l’art d’aborder le flipper autrement. Malgré ses limites, le résultat, étonnant, nous plonge dans une imagerie gothique, occulte et organique vaguement héritée de Giger, où les démons et les mutants se mêlent à une sarabande infernale. Jamais un flipper n’aura été aussi vivant et bizarroïde, avec ses décors mouvants et grimaçants, ainsi que ses niveaux cachés. Une recette toujours efficace, qui sera reproduite sans grand succès avec Dragon’s Revenge (et son univers d’Heroic Fantasy kitch à vomir) et Jaki Revenge (cette fois sur Super Nes) qui échouera également malgré le choix de la mythologie japonaise comme nouveau terrain de jeu.

King of Demons – Majyuuou (1995) KSS : Inédit aussi bien en Europe qu’aux States, King of Demons est en effet un jeu de plate-forme horrifique assez singulier. À l’inverse des atmosphères gothiques chères à Castlevania, celui-ci nous propulse dans un univers parallèle (l’enfer ?) où l’on contemple des ciels déchirés et des cités en ruine. Malgré sa musique bon marché, le design dégénérescent et organique le rapproche plutôt des anime horrifiques de son époque tels que DevilMan,  Megalopolis ou Urostokidoji.

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Night Slashers (1993) Data East : Resté injustement inédit sur console, Night Slashers pourrait être le pendant horrifique d’un Final Fight, soit un des rares de beat them all d’horreur avec Splatterhouse. Nous voilà lancé contre les forces du mal, avec trois personnages au choix (un homme bionique, un vampire karatéka et une magicienne) pour aller latter toute une armée de zombies et autres monstres. Très beau et jouissif, le jeu a aussi la particularité d’avoir une version japonaise hyper-gore. Très recommandé.

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Ghost Sweeper Mikami (1992) Natsume : Un autre inédit, et pour cause : il s’agit de l’adaptation d’un manga n’ayant jamais traversé les frontières française, voire européennes. Grand mystère pour ce qui se relève être à l’origine un simple anime mêlant fantastique et comédie, le tout avec une héroïne chasseuse de spectres : à se demander ce que foutait Dorothée. Du coup, si ce jeu Super Nintendo ne vous évoquera rien, il n’en reste pas moins agréable et inventif (ballade à dos de chat géant, fantômes et goules en tout genre…).

 

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2 réponses

  1. Mister Gutsy dit :

    Super, merci pour ce dossier !
    Oui, magnifique BO pour Demon’s Crest, qui rappelle parfois même le final d’un giallo (le morceau « Memorial of the Fallen Ones »)! Et que dire de celle de Splatterhouse… « The Saint comes marching in » ; « Unholy Cristal Boss » ; le Opening… Waow ! Sans parler du jeu, superbe.
    Jamais testé le 1 ni le 3 par contre, trop chers.
    J’ai trouvé The Immortal il y a quelques jours, mais outch, il est dur…
    Génial, merci beaucoup, ça fait toujours plaisir de se repencher ainsi.

  2. Mister Gutsy dit :

    ps : il faut absolument que je trouve « Clock Tower »…

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