L’Express de Minuit #1 – Août 2013

 * Les Apaches, de Thierry de Peretti :
Porto-Vecchio, le sud du sud : une villa volée et on s’emballe. Alors que les menus larcins d’une bande de jeunes retournent à l’envoyeur, une paire de fusils manque à l’appel. Angoisse sourde, climat bourdonnant, regards qui fuient, approche des corps Pasolinienne ; Peretti brosse avec âpreté et justesse les détours de la jeunesse corse : l’absence du regard, le problème de l’identité, la gêne du tourisme…c’est même ce qu’il réussit de mieux. Malgré des acteurs confondant de naturel, le film, avec son petit côté Larry Clark light, ne semble pas vouloir aller plus loin que l’illustration du fait divers sordide dont il s’inspire. Une oeuvre dont la force tourne court.

* Elysium, de Neill Blomkamp :
Les sous en plus, le réalisateur de District 9 revient à la charge avec un nouveau film de SF pas si éloigné de son précédent opus. Pas assez visiblement. Au delà d’une reconstitution soignée et d’une Jodie Foster enfin dans un rôle de bad gurl, on patauge dans de l’anticipation maladroite, vu et revu, où l’on sépare riches et pauvres (les uns sur terre, les autres dans l’espace), et où un pseudo élu viendra se retourner contre la très vilaine société. Méchant de pacotille, caméra tremblante, love story boiteuse, enjeux barbants : rendez-vous manqué.

 * Les Salauds, de Claire Denis :
Manifestement peu inspirée, Claire Denis plonge à nouveau dans la noirceur de l’âme humaine, guettant les errances d’un marin revenu sur la terre, et découvrant de terribles secrets sur sa famille. Si son côté hypnotique, sensuel (très belles étreintes entre Vincent Lindon et Chiara Mastroianni) et parfois brusque, ainsi que sa direction d’acteurs jouent en sa faveur, on peine à voir Denis venir à bout de son propos, empreint d’images troubles et glauques.

* Lone Ranger, Naissance d’un héros, de Gore Verbinski :
Pacific Rim était le blockbuster de l’été, et l’un de ses flops aussi. Il en va de même pour cette franchise déjà morte (?) ressuscitant un héros pas vraiment apte à séduire le public actuel (éternel débat du Western ne faisant plus recette). Très triste tant le film de Verbinski réussit à s’alimenter de ses maladresses (des ruptures de tons aberrantes, où des gags surréalistes à base de cheval volant et bourré succèdent à une cascade de morts violentes, dont une scène de cannibalisme hors-champs !) et à illustrer avec soin un Ouest sauvage nimbé de légendes et d’ordures crasseuses (les américains en prenant très largement pour leur grade). La cerise sur le gâteau étant sans conteste son dernier acte (déjà culte ?), hommage hallucinant au slapstick et à la poursuite ferroviaire qui concluait Retour vers le futur 3. Turbulent et borderline, c’est assurément le grand plaisir du mois d’Août.

* Oggy et les Cafards, de Olivier Jean-Marie : pourtant mis en sourdine depuis quelques années, l’excellente série de Jean Marie Olivier ressuscite le temps d’un long métrage un poil suicidaire et assez décevant. Faute d’un vrai long métrage, quatre épisodes (pas très inspirés) à la structure identique se succèdent en traversant les siècles. On sourit parfois, mais le plaisir s’étiole au fil des gags. Pas de quoi casser quatre pattes à un cafard donc.

* Kick-Ass 2, de Jeff Wadlow :
Les super héros/vigilantes casses-gueules sont de retour, prêt à rempiler encore plus nombreux. Car en effet, le bien nommé Kick-Ass devra faire face à la naissance de nouvelles recrues…et de nouveaux méchants ! Autant dire que cette séquelle à su conserver l’approche tantôt décomplexée, tantôt noire du premier film, dans un fracas d’action pas toujours du meilleur goût (mais on aime). Si on compte quelques idées jouissives (la très impressionnante Mother Russia) et le plaisir de retrouver les personnages vedettes du précédent épisode, il faudra tout de même supporter une réalisation assez laide (les combats sont illisibles !), témoignage éloquent de l’absence de Matthew Vaugh.

* Magic Magic, de Sebastian Silva :
Très jolie surprise que ce Répulsion exotique, où une jeune fille timide est traînée par sa cousine lors d’un séjour au Chili. Au milieu de nulle part, entourée de figures grimaçantes et parfois un peu méprisantes, l’ado fragile sombre alors dans la folie. S’il excelle dans son exercice du petit Polanski illustré (détails incongrus faisant grandir une angoisse de plus en plus incontrôlable, personnages ambigus, névrose mystère, proximité malsaine et morbide des animaux), Magic Magic met miraculeusement en valeur ses jeunes acteurs (dont une Juno Temple toujours plus fascinante, et un Michael Cera moins engoncé dans son habit de timide, petite lueur perverse dans les yeux en prime) dans un voyage étrange et assez perturbant (une scène d’hypnose sur fond de The Knife dont on se souviendra longtemps). Dommage que la fin, à vouloir s’éloigner totalement du cinéma de genre (le film est vendu aux states – à tort – comme un thriller horrifique), échoue lamentablement.

* Grand Central, de Rebeca Zlotowski :
La jeune réalisatrice de Belle Épine (dont elle garde la belle Léa Seydoux et l’incroyable compositeur Rob) recompose un triangle amoureux radioactif qui séduit sans peine la croisette cette année. Il y a indéniablement du talent et du style dans ce tableau d’un monde à la fois banal et étrange, où l’on se balance entre le champêtre et l’industriel, entre la chair amoureuse et la chair toxique. Un casting magnétique, charnel (un poignet pressé contre une cuisse suffisent à délivrer un grand moment d’érotisme) et une étonnante sensation de danger permanent (la peur d’être vu se partage à celle d’être contaminé) qui séduisent mais s’essoufflent par peur d’aller jusqu’à bout : à tel point que Zlotowski ne sait pas comment finir son film. Dommage.

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