Gravity (2013) Alfonso Cuaron : Le grand silence

Quelle mouche spatiale a donc piqué les producteurs pour que 2013 devienne soudainement l’année de la SF ? Voilà que depuis le début de l’année, pas un mois ne voit les salles obscures assaillies par une quantité surprenante de titres futuristes : Oblivion, Cloud Atlas, Riddick, Pacific Rim, Man of Steel, Elysium, Star Trek Into Darkness, After Earth, Les âmes vagabondes, Snowpiercier

On serait tenté d’ironiser sur cette nouvelle vague en imaginant qu’elle tente de colmater la déception du néanmoins sympathique Prometheus, attendu à tort comme le messie de la SF. Mais il est cependant agréable de constater que parmi les arrivants, certains arrivent sans peine à détrôner le film de Scott à ce titre, dont sans aucun doute ce Gravity, actuellement sous cocotte minute médiatique.

On pourrait voir dans cet engouement dévastateur le résultat d’une promo bien huilée (et c’est le cas), entre une réception critique dithyrambique et fiévreuse, et l’adoubement même de Cuaron par James Cameron. Bien sûr, la pression monte et on espère jusqu’au bout que tout ceci sera bel et bien justifié…
L’élément le plus stimulant dans cette attente, c’est déjà le fait de se remémorer Les fils de l’homme, qui, en plus d’être le Soleil Vert de son époque, ne s’était pas contenter de simplement innover dans son genre. Touche à tout depuis une vingtaine d’années, Alfonso Cuaron, qu’importe le genre qu’il aborde, est un virtuose qui maîtrise l’art de l’image avec une justesse et une beauté que peu de monde possède de nos jours.

Il serait pourtant dommage de réduire Cuaron à l’élégance de sa technique : car sa force, c’est bien ne pas faire tourner une mécanique à vide, et se contenter de faire beau. La technique froide, le coeur d’acier (coucou Nolan), il ne connaît pas.
On peut dire, par un raccourci toujours plus usité ces jours-ci, que Gravity est le 2001 de son époque : il l’est, non pas parce qu’il imite le modèle Kubrickien (les deux films ne sont que des parents lointains avec comme gêne commun, l’espace), mais parce qu’il montre l’impossible, parce qu’il filme l’incroyable, le jamais vu. Et pourtant, avec tous les films de cosmonautes ayant défilé dans les salles, on pensait avoir tout vu. Faux.

Gravity ne prétend aucunement partir à la recherche des secrets de l’univers, à communiquer avec une intelligence extra-terreste ou à prédire l’avenir : il oppose simplement l’homme à l’espace, cette mer du vide qui chuchote son infinie. Deux astronautes (Clooney et Bullock, qu’on pensait dépassés) en mission de routine se retrouvent alors égarés dans le cosmos, après un accident dû à une redoutable chute de débris ; un schéma proche du survival (sans grand méchant), où l’unique but est de rejoindre la terre. Mais comment…

On pourrait croire la réalisation d’un film comme Gravity possible il y a quelques décennies ; possible oui, mais pas de cette manière là. Cuaron tend vers l’impossible (et ceci bien aidé par une conversion 3D extraordinaire), à savoir rendre tangible la place du spectateur dans une situation qu’il ne peut connaître. Gravity ne ressemble pas à gadget géant, à un trompe-l’œil ingénieux où l’on sait où s’arrête le réel : on y est, on y croit, et ceci dès les premiers plans où l’on chavire dans l’apesanteur, où l’on frisonne dans le silence. Comme des repères qu’on l’on perd pour mieux reconstruire, dans un trouble et un émerveillement total.

De périples en périples, où la quête de survie se transforme en quête de soi, puis en renaissance (hautement symbolique), Gravity donne plus d’une fois l’envie d’arracher les accoudoirs de son fauteuil ; mais ce qui bouleverse autant, si ce n’est plus, que ces moments de tension, c’est le sens de la poésie et de la grâce apporté par son auteur. Qu’il s’agisse du mariage des éléments du final, de quelques larmes en apesanteur ou de la proximité avec la plus belle vue du monde, Gravity ne fait pas que flotter les corps et les âmes. Il y a un peu de notre coeur aussi…

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.