Carrie, la Vengeance (2013) Kimberley Peirce : La Reine des Pommes

On ne reviendra pas sur le sempiternel débat concernant la mode du remake sauvage, qui a su alterner bonnes et mauvaises surprises. L’utilité d’un remake étant toute relative, il ne reste qu’à découvrir si certains auteurs ont été assez malin pour ne pas tomber dans la malédiction du « copié-collé ». Qu’importe donc que le Carrie original est un chef d’oeuvre (comme beaucoup des films « remakés »), puisqu’on nous susurre qu’il s’agit d’une nouvelle adaptation du roman. Une excuse assez légitime pour qu’on puisse jeter un oeil curieux dans ce projet plus ou moins louable. Les premières images insistaient d’ailleurs sur les évictions spectaculaires du film de DePalma (à savoir la ballade destructrice de Carrie), annonçant du neuf avec du vieux.

L’autre point éventuellement rassurant de ce Carrie 2013, c’est la présence de Kimberly Peirce aux manettes, qui avait mis beaucoup de coeur dans son Boys don’t Cry quinze ans auparavant, en décrivant la cruauté de l’homophobie aux portes d’une ado qui se rêvait garçon. Quoi de mieux pour aborder une histoire aussi tragique et touchante que celle de Carrie, qui attendait de pousser son cri de révolte et de souffrance…
Hélas, trois fois hélas, on comprends très vite que Peirce se laisse aller en pilote automatique, le temps d’un film assez léché pour ne pas ressembler à un DTV certes, mais reprenant scène après scène toute la structure du DePalma.

2013 oblige, Carrie ronge son frein sous l’ère Facebook et YouTube, et apparaît sous les traits d’une Chloé Moretz qui peine terriblement à retrouver la grâce fragile de Sissy Spacek. Déjà trop jolie, l’ex Hit Girl cabotine même à outrance dès l’utilisation de ses pouvoirs (à peine aidée par des CGI chaotiques), gesticulant et grimaçant comme une X-Men sous Tranxene. Une erreur de casting évidente à peine rattrapée par le reste du casting,  télévisuel et interchangeable à souhait (la palme à revenant au personnage de Chris devenu une Lindsay Lohan de trottoir).

S’il y a bien une âme qui s’accroche à ce triste spectacle, c’est bien Julianne Moore, pas aussi mémorable que Piper Laurie certes, mais suffisamment fiévreuse pour emporter l’adhésion. Elle s’accapare un des rares bonus de cette monture, à savoir une introduction hystérique où son déni de grossesse la mènera à menacer sa propre progéniture, qu’elle ne sait comment appréhender.

Sans effort aucun, la séquence charnière du bal n’a même pas l’audace de se vautrer dans le grand-guignol tout désigné d’un Destination Finale (se retrouvant même en dessous du gore cracra de Carrie 2), laissant compter plus de survivants que de morts ! Et en terme de tensions, inutile de dire qu’on est à mille lieux de la progression apocalyptique du film de DePalma…

Cette absence révoltante d’érotisme, de lyrisme, de beauté, de chair même, renvoie non pas à l’inégalité déjà prouvée de l’empire des remakes, mais à la pente glissante dans laquelle se fourvoie le cinéma d’horreur actuel.
Bret Eston Ellis disait que la première monture de Carrie était le film plus grand, le plus triste, le plus incroyable et le plus compliqué de l’histoire du cinéma américain sur les femmes. Il avait raison, et c’est toujours le cas. Vous savez ce qui vous reste à faire…

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. Dirty Max 666 dit :

    C’est vrai, ce remake chaste et désincarné ne fait aucun effort pour s’approprier ni le roman de King ni le chef-d’œuvre de De Palma. Pourtant, je trouve que Chloë Moretz possède suffisamment de talent (et de charme, ce qui dessert aussi le rôle, j’en conviens) pour faire croire à son personnage, à défaut de faire la Carrie idéale.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.