Black Christmas (1974) Bob Clark : Le Sapin a les boules

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Comme la belle étoile d’un sapin qu’on aurait retrouvé au fond du grenier, Black Christmas fut un plaisir à (re)découvrir, écopant d’un statut de « classique tardif » bien trop longtemps après sa conception. Un honneur tout de même sauf pour un grand film resté inédit chez nous durant des décennies, et dont la présence fut parasitée à la fois par l’arrivée d’Halloween (avec accessoirement celle de la vague slasher), puis ensuite par le virage sec de Bob Clark vers la comédie, après un dernier détour par le thriller victorien dans le tout aussi oublié Meurtre par Décret. Un réalisateur mésestimé dont on exhuma également un antérieur Dead of Night, qui anticipait le Martin de Romero en bien des points. Black Christmas brûle quant à lui les cartouches du slasher avant même que celui-ci ne naquit…

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On a évidemment beaucoup disserté sur la naissance du slasher (les deux pré-Slasher les plus évident étant Torso et La baie sanglante, merci les italiens) : à y voir de plus près, Black Christmas est encore éloigné de la plupart des petits films qui viendront le narguer au box-office ; car, retour de flamme, il est plus malin qu’eux à tous les égards. Ce qu’il anticipe surtout, plus que les codes du genre (pas de masque, pas d’adolescents dévergondés, pas de gore mais déjà l’utilisation du téléphone comme objet de terreur), c’est le schéma d’Halloween, prenant une fête célèbre comme tableau tragique et fondant son serial-killer dans une ombre totale. À cette égard, sa première apparition sera filmée en vue subjective tout comme chez Carpenter.

Inutile de parler de plagiat, parlons plutôt de similitude : chez Carpenter, la croisade d’un psycho-killer revanchard se nimbe dans un fantastique prudent et troublant ; Clark à l’inverse, distille quelque chose de nettement plus âpre, mais aussi de plus chaleureux et suranné, et d’infiniment plus macabre. En témoigne les premières minutes du film, où jamais les chants de Noël n’ont paru aussi funèbres…

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À la veille de Noël, une silhouette se glisse dans une sororité d’étudiantes et les disparitions commencent. Sans compter ces coups de fils obscènes qui troublent vite la tranquillité des lieux. Un peu plus loin on s’inquiète du meurtre d’une fillette : Jess, une étudiante déjà bouleversée par la tournure de sa vie privée, prend les devants, les mains tremblantes…

Bob Clark instaure certaines règles du slasher mais les transgresse surtout avant l’heure (ici le sort des victimes ne dissimulent pas une morale de mauvaise foi) : lentement mais sûrement, Black Christmas se donne des allures de whodunit…qui seront trahis lors d’un derniers acte aussi gonflé que terrifiant. À l’inverse, son remake de 2006 (plus gore et plus fun, mais tout à fait sympathique), jouera carte sur table et dévoile les zones d’ombre de l’intrigue : avec le recul, il serait même préférable de le voir comme une séquelle.

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Malicieux et flippant, Black Christmas l’ai à plus d’un titre, et sait se montrer drôle : Bob Clark y annonce déjà un goût certain pour la comédie, genre dans lequel il se tournera et s’enterrera pour le reste de sa carrière. Mais ce qui pourrait détendre l’atmosphère (comme le personnage mémorable de Margot Kidder, en ivrogne polissonne et grossière) ne fait que donner plus de vie au métrage et aux personnages, plutôt que de jouer les troubles-fêtes inutile. À croire que certains devraient en prendre de la graine.
Zébré d’images à l’effroi intact (l’oeil du tueur qu’on aperçoit dans l’entrebâillement d’une porte, un cadavre figé planté devant le carreau d’une fenêtre…) mais à l’économie certaine, profondément ténébreux sans céder au chantage du grand-guignol, lent mais habile, Black Christmas vaut bien (voire bien plus) certains de ses modèles.

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1 réponse

  1. Dirty Max 666 dit :

    Belle critique pour un vrai classique de Noël ! L’incroyable audace du final de Black Christmas me fait encore froid dans le dos…

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