Bilan Cinéma 2013

1. Les rencontres d’après-minuit, de Yann Gonzalez :
Au milieu d’un cinéma français de plus en plus ankylosé, Yann Gonzalez va voir ailleurs et s’entiche d’un héritage européen et poétique. Son film est un spectre d’amour qui absorbe quant il peut et ramène ce qui fut beau autrefois : Fassbinder, Kumel, Bunuel, Rollin, Cocteau, Greenaway, Argento…une confection baroque à l’âme pop, qui lie des figures de porno chic le temps d’une nuit. Gonzalez fait naître un ovni à la fois cochon et tendre ; déclaration d’amour à la nuit, à la chair, au cinéma, aux fantômes. Un objet de cinéma enivrant, frivole, étincelant, à vous rendre amoureux et orgiaque. Nuit magique. Film magique.

2. La Grande Bellezza, de Paolo Sorrentino :
Très vite recalée sur la croisette, cette « grande beauté » confirme sans aucun doute la place délicate de Paolo Sorrentino dans le cinéma italien d’aujourd’hui : on refuse encore d’avouer qu’il s’agit de l’un de ces plus grands représentants actuel. Après une escapade anglo-saxonne avec This must be the place, il part à l’assaut tout entier de la ville de Rome et de sa décadence bourgeoise, sous l’oeil d’un écrivain blasé. Mariant le désopilant et le déglingué (des scènes de fêtes comme si on y était), le laid et le sublime, le marbre des statues à la chair palpitante, la nostalgie avec l’amertume, La grande bellezza est une fresque turbulente, terrassante, filmant une Rome suspendue, hantée par le syndrome de Stendhal. Tout cela est bien entendu diablement fellinien, et pas qu’un peu : même s’il en revendique très modestement la parenté, Sorrentino signe ni plus ni moins que La Dolce Vita des années 2010. Rien que ça.

     » C’est le plus beau train de l’Italie….Tu sais pourquoi ?

    Parce qu’il ne va nulle part… »

3. Gravity , de Alfsonso Cuaron :
Il fallait assez de talent, de cervelle, d’imaginaire et de sophistication pour relever le défi Gravity. La mission ? Un GRAND blockbuster de moins d’1h30 comptant seulement deux personnages (ou plutôt trois, si l’on compte le cosmos), réinventant la 3D, redéfinissant le sens de l’immersion, faisant surgir la terreur et la beauté du silence et de l’infini, tout en rendant 100% crédible un armada de FX qui ne se proclament plus en gadgets futiles. Il fallait donc Alfonso Cuaron.
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4. Cloud Atlas, de Andy & Lana Wachowski et Tom Tykver :
Dire qu’on attendait la rencontre de tels auteurs autour d’une adaptation aussi corsée relève de l’euphémisme. Le résultat, bien plus libre, fou et ambitieux que toute la production américaine de ces dernières années, est un conte gigantesque qui se lit autant de fois que possible. Le pari est osé, et bouscule assurément : où comment mettre une comédie anglaise frappadingue, une page d’histoire amère, un post-nuke sauvage, un techno-manga, un polar seventies paranoïaque et une romance inachevée dans un même sac. À la fois leçon de cinéma et leçon de vie, festival de contre-emploi et de ruptures de tons, Cloud Atlas est une oeuvre pétrie d’émotions et de trouvailles comme on voit trop peu. Tout simplement revigorant.

5. Stoker, de Park Chan Wook  / 6. Snowpiercer – Le Transperceneige,  de Bong Joon Ho :
Comment la beauté, le grotesque, la sauvagerie et la folie du cinéma de ces deux coréens fous pouvaient survivre au broyeur hollywoodien ? Le résultat ne se fait pas attendre : y’avait du ciboulot et du talent là-dessous. Alors que Park Chan Wook tente le thriller domestique ultra vénéneux, son comparse Bong Joon Ho adapte une fresque futuriste et ferroviaire bien de chez nous. Stylisés à souhait, d’une grande cruauté et bardés de tableaux saisissants, les deux films ne se disputent guère leur sujet mais affirme chacun leur âme de guerrier du septième art. Et que ça continue…
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7. Maniac, de Frank Khalfoun :
Réappropriation du très crasseux film culte de Lustig, ce remake inespéré devient la face stylée et lyrique de la ballade mortelle de Frank Zito, fils à maman traumatisé et collectionneur de mannequins de chair. Si sa vue subjective se réfère davantage à un joli gadget qu’à une révolution, cette nouvelle monture électrise littéralement.
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8. Jeune & Jolie, de François Ozon  :
Après un Dans la maison maladroit, Jeune et Jolie revient aux premiers amours troubles d’Ozon, conte mélancolique et incertain qui ne fait rien comme les autres. Une authentique et déroutante séduction, guidé par la voix de Françoise Hardy.
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9. Trance, de Danny Boyle  :
Entre série B détournée et faux thriller high-tech, Trance pulse de la première à la dernière minute, loin des égarements d’un Slumdog Millionaire. Autour d’une chasse aux trésors arrosée d’hypnose, Danny Boyles concocte un spectacle gonflé et tortueux, piétinant toute notion de manichéisme pour livrer un film noir atypique, qui convulse de rage et de beauté.

10. 9 Mois Ferme, de Albert Dupontel  :
Certains ont parié pour un retour de Dupontel vers quelque chose de plus rude et de plus trash, façon Bernie. Or, et il faut être réaliste, jamais Dupontel ne retrouvera la hargne parfois impensable de son premier film. Mais il reste de ce 9 Mois ferme bien d’autres choses. Invitant une Sandrine Kiberlain loufoque malgré elle, Dupontel dessine une rencontre improbable et tendre entre une juge vieille fille (et fière de l’être) et un cambrioleur coffré pour cannibalisme. Un conte branque peu avare en performance bouffone (Nicolas Marié incarne le plus mauvais avocat du monde et a droit à un monologue d’anthologie), en grimaces et en gore (oui oui !), pour le plus grand bonheur d’une comédie française qui aurait besoin de ça bien plus souvent. Pour ne pas dire, tout le temps…

11. Before Midnight, de Richard Linklaker  :
Il serait  dommage de ne voir dans la trilogie «  Before  » qu’un simple marivaudage rohmerien ou une rom’com singulière ; bien sûr il y a de ça, mais depuis le temps, on a bien compris que le trio Linklaker / Hawke / Delpy touche surtout à une expérience assez unique. Celle de voir grandir une histoire d’amour maintenant vieille de 18 ans réunissant le ricain Jesse et la frenchy Celine. Cette fois sous le soleil grecque, le couple s’aborde cette fois auprès de personnages extérieurs (dont leurs enfants), allant mêler les angoisses et la tendresse de leur idylle. Conclusion ou pas, il s’agit en tout cas du plus bel opus de cette histoire qui n’a pas fini de s’écrire…

12. La Venus à la fourrure, de Roman Polanski :
On craignait une nouvelle régression de la part de Polanski, dont le récent Carnage se laissait piéger par un minimalisme à bout de souffle : cette Venus à la fourrure joue en effet une nouvelle fois la carte du théâtre filmé, ici au sens propre du terme ! Mais par une ironie grinçante, ce choix va prendre ici tout son sens. Réunissant un metteur en scène sur le pied de guerre et une actrice vulgaire mais non dénuée de talent autour d’un casting fleurant bon le Sader-Masoch, Polanski déroule une situation d’abord délicieusement comique pour en faire un huis-clos suintant très vite par tous les bords le cuir froissé et le poison de la soumission. On s’amuse des clins d’oeils et des mises en abîmes au cinéma de Polanski, mais aussi au personnage lui-même (bien que tout cela ne semblait pas si volontaire selon son auteur !). Une comédie vénéneuse, à la mise en scène admirable (l’incroyable manière d’aborder l’espace et de la métamorphoser, ou la puissance grandissante de l’inversion des rôles) qui réanime le fiel d’un cinéma délicieusement malsain.

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