L’amour est un crime parfait (2013) Arnaud & Jean-Marie Larrieu : Le feu sous la glace

« Comment apprendre à ces jeunes créatures le choix d’un mot, l’invention d’une phrase, la création d’un rythme pour traduire cette sensation, le renouveau… »

 On ne sait pas toujours où vont les frangins Larrieu. Et on aime ça. Les derniers jours du monde était un des rares cas de film post-apocalyptique français mais aussi l’un des plus originaux, tous pays confondu. Le tandem ramenait très justement l’homme à sa condition à la fois romantique et libidineuse alors que la fin des temps pointait le bout de son museau. Après la science-fiction, les voilà en train d’approcher prudemment le thriller hitchcockien en adaptant un roman de Phillippe « 37°2 le matin » Dijan.

À nouveau éperdu d’une silhouette féminine, Mathieu Almaric s’égare une fois encore. Il incarne Marc, un prof de lettres qui collectionne les conquêtes féminines, qu’il n’hésite d’ailleurs pas à chasser au sein de l’université où il enseigne. Mais cette frivolité est vite rattrapée par sa réputation, mais aussi par la disparition d’une étudiante, Barbara, qu’il avait emmené dans son lit. La belle mère de la disparue entre alors en scène : Anna, brune osseuse un peu paumée, qui électrise littéralement le don juan.

On a beaucoup susurré que L’amour est un crime parfait était une sorte de pendant à la fois hétéro et neigeux de L’inconnu du lac : il y a évidemment de ça dans cet amour subite et passionné, où un corps sans vie se joue sans cesse entre deux amants. Un jeu tortueux sans doute voué à l’échec…
Dans l’atmosphère alpine confinant au sublime, le désir est partout : sous la neige, tout brûle ; et on chuchote l’arrivée du Printemps. Malgré les corps, malgré les passions, on verra aucune scène de sexe : ce sexe à la fois présent et invisible. Donc d’autant plus puissant.

Il y a peut-être un peu de mascarade Polanskienne (Almaric est pourtant à peine sortie du castrateur Venus à la fourrure !) dans cette toile dessinée au fur et à mesure par les divers personnages féminins : il y a Anna, le mystère passionnel, mais aussi Marianne, la soeur encombrante, mygale blonde et incestueuse ; puis Annie, la nymphette explosive et capricieuse. Né sous le signe du scorpion (signe guidé évidemment par Eros et Thanatos) Marc semble à la fois s’inquiéter et s’enivrer de cette escapade vers le désir et l’effroi, se déroulant entre le chalet familial et l’université, bloc de verre épousant les reliefs et les tunnels de la montagne, où tout se voit, tout se sait.

Rien n’est très clair dans ce parcours du bizarre et du beau, effleurant les mythes de la sirène et du loup-garou; assumant son côté littéraire et son humour noir. Même si sa conclusion ne renverse pas tant que prévue, on y trouve suffisamment de charme vénéneux. Et c’est déjà bien…

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