La Maison aux fenêtres qui rient (1976) Zeder (1983) L’Arcano Incantatore (1996) Pupi Avati : La mort était au rendez-vous

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Dans le paysage du cinéma bis italien, on ne peut radicalement pas échapper au consensus établi autour de réalisateurs comme Dario Argento, Lucio Fulci, Ruggero Deodato, Umberto Lenzi, Sergio Martino, etc. C’est oublier que des auteurs, pourtant tout aussi passionnant, comme Armando Crispino, Alberto Cavallone ou Francesco Barilli, ont vite été relégué au troisième plan. En haut de ces oubliés, il y a Pupi Avati, qui a toujours brouillé les pistes avec le cinéma de genre. Tout comme un grand nombre de réalisateurs italiens de l’époque faste, c’est un touche à tout  – encore actif d’ailleurs – plus talentueux avec le genre que bon nombre d’autres de ses comparses…

Si l’on devait choisir une poignée de titres, La Maison aux fenêtres qui rient, Zeder et L’arcano Incantatore formeraient à eux seuls une trilogie brillante, chaque opus appartenant à une décennie tout en communiquant l’un avec l’autre. La Maison aux fenêtres qui rient, sans doute le plus connu en France en raison de son passage remarqué au festival fantastique de Paris (et à sa triste apparition dans les bacs à soldes dvd), déploie à lui seul toute la mécanique de son auteur, qui ne renouvelle d’ailleurs jamais son plan d’attaque.

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La casa dalle finestre che ridono (de son vrai titre) est un giallo atypique (tout comme Zeder sera un film de zombies hors-normes), qui refuse déjà de se conformer aux standards du genre. Dans la campagne italienne profonde, quelque part à Ferrare, un peintre du nom de Stefano est approché pour restaurer la fresque d’une église, une variation du martyr de Saint-Sébastien en piteux état. Un secret semble entourer son défunt auteur, un certain Buogno Legnani, qui avait la réputation d’être excentrique et torturé. Les mystères, les menaces, les non-dits, tout va pousser le jeune homme à se lancer dans une enquête incertaine et dangereuse.

Ce qui frappe dans un cadre rural à priori dénué des maléfices du genre, c’est que Avati semble marier le meilleur d’Argento (l’obsession pour l’art) et de Fulci (décors décrépis, atmosphère pourrissante) pour un résultat assez unique. Avati n’oeuvre pas dans l’imitation : il s’agit là d’une force commune, d’un esprit italien empli de morbidité. Dans une angoisse tour à tour sourde ou hystérique (l’introduction avec son martyr en sépia, traumatisante au possible), Avati signe un trésor d’épouvante brute.

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Réalisé sept ans plus tard, Zeder nage dans un fantastique pleinement assumé, amenant un autre Stefano à découvrir ce qui se cache derrière une bande oubliée dans une machine à écrire. Les mots égarés forment une lettre écrite par un certain Don Luigi, un prêtre ayant visiblement décidé de s’affranchir des limites entre la vie et la mort.

Jamais exploité en France après un passage à Gerardmer, L’Arcano Incantore remonte bien plus loin dans le temps, restituant une trame ouvertement gothique dans l’Italie rurale du 19ème siècle. Un garçon fuyant le scandale est amené à devenir le secrétaire d’un homme solitaire et mystique, dans un endroit où « les oiseaux boivent du sang et l’on écrit des lettres aux morts ». Son défunt successeur, un certain Nero, avait la réputation d’être un homme terrifiant. Tout un programme.

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L’organisation d’Avati à travers ses trois opus est aussi précise que systématique : son héros est un homme qui sera victime de sa curiosité, fasciné puis dépassé par l’ampleur (et l’horreur) de la tâche ; tout tourne autour d’une figure, d’un homme qui revient dans toute les bouches mais qu’on ne voit jamais (Buogno Legnagni, Don Luigi, Nero), et ayant manifestement emmené son secret dans la tombe (à moins que…) ; l’action est ample mais cible un lieu en particulier (une villa de campagne, un camp de vacances, une bibliothèque), là où les secrets se chuchotent dans l’ombre ; tous les personnages susceptibles d’aider le héros périssent mystérieusement (dans un climat aux portes du complot) ; chaque film aborde un domaine précis (l’art, le paranormal, les sciences occultes) et enfin le dernier quart d’heure est un déchaînement d’horreur glaciale où les spectres et les silhouettes dissimulées durant tout le métrage, apparaissent enfin. Seule habitude regrettable : les rôles féminins y sont toujours particulièrement faibles (du moins surtout dans Zeder et La casa…).

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Ce qui pourrait paraitre redondant laisse en réalité admiratif : Avati maîtrise l’art de l’ambiguïté et du détail avec beaucoup de virtuosité, livrant les clefs de manière plus ou moins évidentes, mais jamais de manière démonstrative (on est loin des scénario à trous d’Argento ou de Fulci, plus intéressés par l’aspect de cauchemar éveillé). Moins versé dans l’esthétique, Avati excelle dans la suggestion, laissant son spectateur s’appesantir dans des surfaces inquiétantes, silencieuses, malades (les bouches sardoniques sur la façade en ruine dans La casa…, le complexe de béton sans queue ni tête de Zeder…). Ce qu’on cache, forcément abominable, fait craindre le pire à chaque instant : toute l’horreur se déverse dans l’invisible. L’effroi, furtif mais intense, s’y autorise des percées mémorables : l’attente du passage d’un spectre dans l’obscurité, une voix d’outre tombe surgissant d’un magnétophone pour traverser la nuit, une caméra fixée dans le cercueil d’un cadavre ne tardant pas à s’éveiller…
Avati explore dans son coin les ténèbres du monde et les antichambres infernales : au détour de ce fantastique crasseux, on garde la sensation perfide d’avoir plongé entier dans un monde de mort.

LE BONUS : 

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Baiser Macabre (1980) Lambert Bava :
Aussi prolifique en temps que réalisateur que scénariste, Avati n’a cependant pas fini de livrer tous ses secrets, laissant courir de nombreux titres invisibles sur le marché (son récent Il Nascondiglio, L’étrange visite ou Dove Comincia la notte). Moins rare mais mésestimé, Macabro est né de sa plume, le reste étant attribué à Lamberto Bava, dont il s’agit du premier film. Cas surprenant, on reconnaît davantage la patte d’Avati, que ce soit dans le sujet macabre (forcément) le rythme ou l’approche, loin de la bolognaise kitch qui fit la renommée de Bava junior.  Quelque part à la Nouvelle Orléans, une mère esseulée (incarnée par Bernice Stegers, remarquée chez Fellini et tout aussi maltraitée que dans X-Tro) tente de reprendre le cours de sa vie, traumatisée par la mort de son amant et de son fils : sous son toit s’agite alors une fillette sadique et un aveugle trop curieux. Faux drame intimiste mais véritable tragédie poisseuse, dont la lenteur et le jusqu’au boutisme évoquent indéniablement Avati. Putride et malsain au possible (nécrophilie et infanticide filmés face caméra dans un climat très premier degré), le résultat impressionne encore, à la manière de L’immoralità ou de Blue Holocaust, autres exemples de huis-clos déviants à l’italienne.

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