Body Double (1984) Brian De Palma : L’oeil qui jouit

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Face à la parenthèse monstrueuse de Scarface, Body Double est au choix, un retour aux sources vers les obsessions hitchcockiennes de De Palma (initié par Sisters, Obsession, Pulsions et Blow Out) ou alors un conclusion à ces effusions (du moins à l’époque, puisque les affreux L’esprit de Cain, Femme Fatale et Passion prouveront le contraire). Dans les deux cas, De Palma décide à nouveau de composer un best-of en l’honneur de son papa spirituel, mais avec une énergie sexuelle et un humour qui détonne très largement vis à vis de ses thrillers antérieurs. Raison de plus de le trouver encore plus fascinant.

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Générique de série z, vampire de pacotille et toiles peintes se dérobant : pendant une fraction de seconde, le spectateur semble s’être trompé de film. Tout est dit, des images parodiques au titre : l’illusion gouverne, et on sera les premiers à se faire avoir.
Il y a ce looser, Jake, (lointain cousin de Winslow Leach dans Phantom of the paradise sans doute), acteur cocufié, viré, malmené et abandonné, trouvant le salut par l’intermédiaire d’un ami acteur, qui lui lègue son appartement durant quelques jours. En plus d’offrir un toit luxueux, il lui laisse en guise de cerise sur la gâteau, un télescope voyeur pour mater la voisine, qui se laisser aller à un rituel érotique quotidien. Jake se rendra compte, évidemment, que la belle est menacée par une figure de cauchemar. En somme, un véritable « Fenêtre sur cul ».

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D’un Hitchcock voyeuriste (et donc, tout à fait dans ses cordes) De Palma rebondit sur Vertigo, remplaçant le vertige de James Stewart par la claustrophobie, mais n’oubliant pas non plus de caser une petite scène de douche. De Palma aime Hitchcock et il s’aime. Comme souvent, comme toujours.
Mais Body Double est aussi un film purement sexuel et capricieux, qui prolonge l’effet carré rose d’un certain Pulsions : De Palma devra s’abstenir d’inclure des scènes de sexes non simulées, mais ne se gène pas pour s’approprier l’image sulfureuse et superficielle d’Hollywood.

Film d’horreur au rabais ou porno à gogo, érotisme clinquant et néons, De Palma s’autorise une vulgarité réjouissante, proche du film érotique du dimanche soir (jusque dans la musique de Donnagio, leitmotiv sexy et lointain d’une sensualité indépassable). Les deux plus grandes scènes du film tournent d’ailleurs autour du cinéma pour adultes : il y a ces bandes-annonces savoureuses, qui révèlent une clef de l’intrigue, et ce tournage de film X barré sur fond de Frankie goes to holywood, où la générosité kitch de Phantom of the Paradise se mêle à un jeu de miroir et de fesses. Face à Deborah « Dallas » Shelton, fantasme de bourgeoise esseulée, Melanie Griffith (fille de Tippy Hedren : tout s’explique donc) se révèle atomique, alimentant le duo mortel blonde/brune cher à Vertigo ; l’une meurt, l’autre arrive.

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Une vulgarité payante, souveraine, qui inspirera sans doute cette vague du thriller érotique (et surtout celle des Hollywood Night) et s’anime surtout en fuck-off made in De Palma. Derrière cette sensation grisante et cette virtuosité, on ne sait pas toujours où l’ironie commence, ou quand elle s’arrête : la filature interminable, ballade pervers pépère et le baiser qui s’ensuit, outrageusement mis en scène, en passant par cet hallucinant (et bizarrement maladroit) meurtre à la perceuse phallique ; De Palma superpose tant premier et second degré que le grotesque finit par l’écorcher. Et le rythme, trop inégal, annonce déjà un auteur un peu trop reposé sur ses acquis. Les agréables prémisses d’une chute…

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