Les Garçons Sauvages (2017) Bertrand Mandico : Le sexe des diables

La confiance qu’on avait entre notre cher Bertrand Mandico était grande. L’attente totale. Et le résultat est une déflagration de plaisir sans précédent. Nous l’avions laissé sur Notre-Dame des hormones, formidable fable autour d’un désir gluant. On aimait déjà l’idée de ces garçons sauvages qui ne le resteront pas longtemps, et on les aime encore plus après la vision ce trip aux relents d’opium, totalement et forcément hors-sol vis à vis de la production française actuelle. En l’état, c’est peut-être le plus grand choc qu’on est vécu depuis Les rencontres d’après-minuit. Logique, quand on sait que le cinéma de Mandico est une sorte de double maléfique de celui de Yann Gonzalez.

Depuis le temps, depuis tous ses courts, on voyait cet ancien animateur et fan de Borowczyk courir après l’organique, le déviant, le décadent. Courir après des obsessions et une forme de cinéma qui n’existent plus, ou si peu. En résulte des fantasmes spongieux et bariolés, qui n’ont pas peur du camp ou du dégueulasse, du maniérisme ou du mauvais goût, fuyant à tout prix la « révolution » numérique. Dans Les garçons sauvages, son shaker mâche, avale, digère des auteurs comme on en fait plus : Arrabal, Genet, Burroughs (évidemment), Terayama, Jaeckin, Anger, Cocteau. Puis il recrache et inonde chaque plan, chaque respiration de ce capharnaüm somptueux.

Idée simple mais grandiose, les garçons sauvages du titre, « unis pour le meilleur et surtout pour le pire », sont tous incarnés par de jeunes actrices grimées à la perfection, opérant un trouble savant et mortel. Adieu sylphides, déesses : à l’écran on ne voit que petites frappes et sales gosses de riches possédés par le trevor, cette pulsion d’ultra-violence qui les pousseront à commettre l’irréparable. En guise de punition, ils sont entraînés dans une escale par le Capitaine, un loup de mer au sexe tatoué qui les emmène sur une île absente de toute carte via une traversée dès plus agitée. Là-bas, dans une nature vivante où la végétation semble pleine de désir et de mort, pouvant aussi bien vous engloutir que vous faire l’amour, une doctoresse (Elena Löwensohn, muse du cinéaste) guette les éphèbes…qui ne tarderont pas à devenir des nymphes. Comme si le Sa majesté des mouches de Peter Brooks se faisait agresser par le Cronenberg de la belle époque.

Élancé entre un noir et blanc d’un autre temps et des séquences couleurs fulgurantes, Les Garçons sauvages opère comme un enchantement absolu et insolent. Orgie de plumes sur fond de Nina Hagen, fruits poilus courageusement dévorés, chimère nocturne aux yeux fluos, fontaines juteuses, sexes dressés ou arrachés, cadavre caressé ou crâne étincelant : entre les visions chocs sans limites, Mandico rivalise d’inventivité avec des techniques vieilles comme le monde pour évoquer la magie du cinéma, nous ramènent à un temps de transgression poétique, sans peurs et sans reproches. Sous les synthés orgasmiques de Pierre Desprats, entre le sucré et le salé, l’horrible et le magnifique, le masculin et (surtout) le féminin nous voilà, très loin. Voyage divin, beau et sale.

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