Parents (1989) Bob Balaban : Label Rouge

Second rôle pittoresque du cinéma américain, on aurait pas imaginé un instant Bob Balaban laisser derrière lui une oeuvre aussi forte et singulière comme Parents, premier long-métrage après une petite excursion sur le petit écran (et pas des moindres, puisqu’il signa des épisodes de Tales from the Darkside ou de Histoires Fantastiques). Encore aujourd’hui, Parents fascine et épate, fausse comédie mais véritable fable d’horrifique à peine en phase avec les canons de son époque.

Avec ses premières images rutilantes et colorées, Parents enclenche une sacré machine à remonter le temps : pelouse soyeuse, maison de poupées, sourires aimables, voitures clinquantes ; nous voilà dans les années 50. Tout va bien donc. Ou presque.
Garçon malingre et mutique incapable de s’intégrer dans cette grande publicité permanente, le petit Michael semble aussi peu à l’aise en société qu’au sein du cocon familial. Hanté par des cauchemars dont la source pourrait être aussi bien un accident qu’un traumatisme sexuel, le gamin se lasse des plats préparés avec amour par sa chère maman, adepte de viandes tendres et marinées du matin au soir.

Il est évidemment quasi-impossible de garder le voile sur la dite révélation (tentons malgré tout…), qui se susurre de manière intensive d’une image à une autre. Balaban compose, en place du splatter gore attendu, une atmosphère décalée proche de la comédie acide. Une chose est sûre, c’est qu’il a dû apprécier Blue Velvet, puisque non content d’employer Angelo Badalamenti (cependant très discret), il y imprime la même logique défaillante que chez Lynch : déployer la belle toile de l’American Way of life et la voir se consumer en secret derrière ses volets clos.

Dans le film, Michael se lie d’amitié avec une gamine mythomane et turbulente qui synthétise cette agitation sous-jacente et dévoile l’hypocrisie vénéneuse du monde des adultes ; il y a toujours une marge entre l’image du privé et celle que l’on reflète en société. Le terrible secret, charnel, sanglant, saupoudré de malaise sexuel (le trauma du coït parental trotte comme un leitmotiv plus ou moins trompeur) crée évidemment l’opposition avec l’univers amidonné des fifties. Comme de la chair palpitante sous du plastique.

Bien que malin et mordant, Parents est aussi inquiétant à bien des égards puisqu’il déconstruit sans ménagement la figure parentale : ce qui est censé protéger devient ici la menace en la personne d’un Randy Quaid halluciné, papa ours au coeur d’ogre. À Balaban ne nous rappeler aussi qu’il assume de tremper dans le genre et pas timidement d’ailleurs, avec des fulgurances faisant basculer une peinture de Norman Rockwell dans un cauchemar rougeoyant (plages oniriques où le sang rouge surgie d’un noir et blanc crasseux, une scène de meurtre digne d’un giallo de la grande époque, un faux plan séquence hallucinant emprisonnant une victime dans son hurlement…). Peu choyé en France en raison d’une unique sortie vidéo, un peu oublié par les amateurs du cinéma (et de cinéma tout court) : Parents mérite bien qu’on en prenne une belle tranche. Et sans regret.

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