After Hours (1985) Martin Scorsese : Nuit Sauvage

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C’est beau une ville la nuit comme dirait machin là. Mais vous êtes sûr ? Vraiment ? On pourrait bien sûr tergiverser des heures sur la représentation du monde de la nuit dans le cinéma, et encore plus de la nuit New-Yorkaise : chaude, clignotante, hostile, crasse. Scorsese en a fait les frais plus d’une fois, peut-être même tellement qu’on a laissé un peu son After Hours sur le bas-côté, façon film culte pas mais trop.

Ce n’est pas un film fresque, ce n’est pas un film monstre, un biopic, ou quelque chose censé remuer la terre entière, oui certes. Et après ? On retrouve la grosse pomme (sale bien sûr), le goût de la descente aux enfers, les chansons rétros, l’humour acide, l’anti-héros au bord et dans le gouffre. Martin est là, bien installé. A l’époque, le métrage échappe à Burton, qui aurait pu en livrer un bordel tout aussi intéressant : mais Scorsese a eu le nez fin, et on s’en plaindra pas.

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Paul Hackett passe sa vie devant les ordinateurs. Quand un petit nouveau débarque, plein d’espoirs, il a une épiphanie : faudrait un peu que ça change quand même tout ça, que ça bouge. Le soir même, il se plante devant un bouquin d’Henry Miller dans un café et attire l’oeil de Marcy, une blonde pétillante qui lui laisse un numéro. Pour Popol, l’occasion est parfaite : il débarque alors à Soho pour réconforter la minette, visiblement sonnée par une dispute conjugale. Tellement beau que ça deviendra forcément moche. On pourrait avoir une rom’com légère, façon Nora Ephron avant l’heure. Ils vont passer une folle nuit, tout le monde sera content, et le public applaudi. Mais ce sera non. Ici, la conquête de rêve déballe des histoires de plus en plus sordides (mention spéciale à l’ex fan du Magicien d’Oz) et provoque la débandade direct de son partenaire. Mais ne dévoilons pas tout…

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After Hours est autant un cauchemar de costard cravate kafkaïen, tenant autant du Procès ou de Brazil, qu’une ode tordue à la nuit urbaine (comme pouvait l’être Cruising ou Appel d’Urgence) et surtout à Soho, quartier alternatif et arty, où se mêle prolo, gays et punks, et que détestait Scorsese. On ne peut faire confiance à personne et le pire est toujours à venir. Doit-on rire ou flipper ? La question, permanente, sautille séquence après séquence, noyée dans une atmosphère sonore à la lisière du fantastique (l’obsédante musique d’Howard Shore en guise d’horloge fatale ou les chuchotements hantant les couloirs d’un loft).

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C’est aussi une fable castratrice (qui pourrait se résumer à ce dessin de squale croqueur de bite), où Griffin Dune découvre un féminin hostile, bizarre, inaccessible : d’une punkette adepte du bondage (un des premiers rôles de l’incroyable Linda Fiorentino) en passant par une fofolle sex fan des sixties ou une vendeuse de glace insupportable. On aime se dire que sans la gueulante des spectateurs en projo-test, la fin aurait pu être encore plus noire et étouffante, sans le sauvetage très slapstick de son héros : à jamais prisonnier d’une statue, devenu son moi intérieur, sa folie, gravé dans le papier mâché.

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