Et Mourir de Plaisir (1960) Roger Vadim : Pas sur la bouche

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Symbole de l’homme à femmes, du réalisateur un peu glam qu’on regarde de haut. Il avait révélé Bardot ou Deneuve. On lui devait aussi un hyper réjouissant Barbarella : Roger Vadim n’était peut-être pas un grand réalisateur, c’est vrai. Mais bon oui, assurément. Surtout quand on (re)découvre Et Mourir de Plaisir, très belle tentative de film d’horreur romantique made in France (c’était possible oui). En pleine course à l’adaptation (Sade, Laclos, Zola, Poe, Vidalie), Vadim s’attaque à la Carmilla de Sheridan le Fanu, pièce maîtresse de la littérature vampirique qui fera un peu plus tard les choux gras du cinéma fantastique européen (The Vampire Lovers ou La mariée sanglante, entre autres).

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Seulement voilà, Et mourir de plaisir a disparu des radars dans l’hexagone (même pas un dvd c’est dire), pour des raisons sans doute assez mystérieuses. Dans une Italie de carte postale, on raconte qu’un vampire hante le domaine des Karnstein et que les ancêtres avaient l’habitude de boire le sang des habitants du coin. Tout le monde en rit bien, sauf peut-être Carmilla qui, deçue par le mariage de son cousin, entreprend une promenade dans le cimetière familial. Sous l’effet d’une explosion, la crypte de son ancêtre Mircalla s’ouvre et…TADAM.

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Les coquetteries habituelles de Vadim (un érotisme sulfureux pour l’époque, évidemment très prudent aujourd’hui) s’intègrent fort bien à cette histoire de réincarnation/possession/démence (choisissez), où une belle héritière (incarné par une très jolie Bardot-like) dévoile par exemple un sein ensanglanté ou approche les plus jolies filles du coin. Même si assimiler approche lesbienne et faim vampirique fait parti du tableau des clichés homophobes inévitables du septième art, difficile par exemple de ne pas apprécier cette superbe scène de séduction dans une serre coupée du monde. Cheveux mouillés, orage au loin, baiser volé.

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Quelle surprise aussi de voir Vadim jouer la carte de l’ambiguïté, plutôt que de sortir les crocs de rigueur.Du vampirisme saphique en France à l’aube des 60’s, c’est plutôt fou. Et c’est beau. Tellement beau qu’on soupçonne presque Vadim de devancer une certaine tendance. Le mariage entre un gothique méditerranéen (on traîne dans des ruines romaines) et des couleurs éclatantes ne courait pas les rues à l’époque: Bava n’était pas sorti de sa période noir et blanc, et Le corps et le fouet n’avait pas encore pointé le bout de son nez. Sauf qu’il faut le dire : malgré ses personnages parfois un peu nunuche (c’est sûr qu’on est pas chez Clouzot), Et mourir de plaisir est parfois aussi étincelant qu’un Bava de la grande époque, avec des plans surgis du plus beau des cauchemars. Un travail baroque qu’on doit à un Claude Renoir en grande forme : et que dire d’ailleurs de cette dérobée onirique, grand délire de surréaliste toute peinte de noir et de blanc, d’où éclate soudainement le rouge par petite touche. Incroyable.

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