Des Monstres & des Hommes (1998) Alekseï Balabanov : Pourvu qu’elles soient douces

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On flagelle les fautifs adultes et on fesse les petits garnements. Mais la punition est devenue, lentement, étrangement, source de plaisir. Rousseau et Sade sont passés par là. Aujourd’hui, le geste s’est transformé en interdit : pour ne pas dégrader l’enfant, pour ne pas le blesser. Pour laisser ça aux grandes personnes aussi peut-être…

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C’est une fessée, imprimée à jamais sur quelques photos, qui va renverser l’ordre de deux familles aisées de Saint-Petersbourg dans cette fable tragique venue du froid. D’un côté, les scélérats responsables des clichés : Johann, un être violent et impassible sorti de prison, et Victor, un malfrat au sourire identique à celui du vampire putois dans Valerie au pays des merveilles. Écumant les ateliers, ils organisent des séances photos où une nounou fesse des modèles culs nus.
Les photos circulent alors sous le manteau…et finissent dans l’armoire de Lisa, une jolie jeune fille promise à un avenir radieux. Mais elle paiera cher le frisson de l’interdit : ce qu’elle ignore, c’est que sa bonne est la sœur de Johann et que le garçon qu’elle veut épouser est responsable des photos. Mais la spirale ne s’arrête pas là : Victor s’intéresse de prêt à la famille d’une cliente, une bonne un peu perverse au service d’un médecin dont les enfants adoptifs sont des frère siamois à la voix d’or ! Et voilà que la femme du médecin, aveugle, s’éprend de Victor qui voit dans les deux frères un vrai trésor.

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Les portes s’ouvrent ou claquent au fil d’un vaudeville scabreux, qui ne recule jamais à mettre en scène des personnages humiliés ou détestables : l’humain y est laid, corruptible, corrupteur, sadique, masochiste. Portrait d’une civilisation à l’abandon emballée alors avec une vraie cohérence esthétique, puisque le métrage entier semble contaminé par les teintes des photographies qui vont causer tant de fracas : Sépia d’un autre âge et utilisations de cartons qui commentent ce qu’on ne sait pas, comme au temps du muet. Une beauté vintage qui s’accorde avec des situations grotesques, bizarres, et parfois étrangement drôles. Quant à notre vieille fessée, elle fait remonter la honte, le plaisir, la découverte de pulsions endormies, inverse les rôles.

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Des monstres et des hommes plongent à l’aube de la pornographie, dans un contexte de révolution industrielle intense : le cinématographe commence à faire grand bruit et tous les jours, des trains partent, objet de désir et d’évasion pour des âmes corrompues en quête de liberté. Cette liberté, ils l’auront, mais servie bien amèrement : le plan final, aussi surréalisant qu’une toile de Magritte, résume une dérive totale, littérale. Personne n’en sortira meilleur ou grandit : Alexei Balabanov (à qui on devra aussi le très très méchant Cargo 200) prend t-il juste le pouls de la Russie ou du début d’un siècle entier ? Dans les deux cas, tout était déjà foutu.

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