Bilan Cinéma 2016

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1. Black Mirror 3: San Junipero (Owen Harris) : Et si le meilleur film de l’année venait tout simplement du petit écran ? C’est bien la question posée par le quatrième épisode de la saison 3 de Black Mirror, anthologie technophobe revenue alors sous l’égide Netflix, avec plus de sousous et de têtes connues (tant derrière que devant la caméra). Baume réparateur après deux segments éprouvants, San Junipero nous parachute sur une petite ville côtière, quelque part aux Etats-Unis. Années 80, tout va bien, et l’introvertie Yorkie rencontre l’extravertie Kelly. Une histoire d’amour à Black Mirror, est-ce possible ? Oui, et belle, pop, mélancolique, douce. On jurerait s’être trompé de série lorsque des détails étranges font leur apparition dans les dialogues, puis voilà le naturel qui revient au galop. Comme Quelque part dans le temps à son époque, San Junipero parle d’amour au delà de la mort et du temps, après la vie et pendant, avec une ambiguïté fidèle à l’ADN de la série. Qu’importe que cela fasse du bien ou du mal, on en sort changé, bouleversé. « They say in heaven love comes first, We’ll make heaven a place on earth »

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2. Aquarius (Kleber Mendonça Filho) : Elle est là, et puis ici. Elle a un pied dans le passé, un autre dans la tombe, mais la tête et le corps dans le présent. Fulgurante Clara, vieille jeune fille, qui défend becs et ongles son coeur et son musée, son appartement. Filho sait se montrer sexy et étrange, planant et réaliste, généreux et minimaliste. Un film tout en sensation, en collage, en souvenirs. Le plus beau poème de 2016, la plus belle leçon de vie aussi. Et de cinéma, forcément.

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3. Mademoiselle (Park Chan-wook) : Park Chan-Wook revenant en Corée pour un film en costumes ? On prend peur. Mademoiselle est bien à première vue, moins méchant, moins éclaboussant, que ses précédents films. Plus optimiste aussi. Mais on ne lui en voudra pas. Dans ce mariage entre la Corée et le Japon, entre le gothique et le glacé, entre le chaud et le froid, entre ce qui semble et ce qui est, on se fait balader de bout en bout. Qui l’eut cru on pouvait encore se faire avoir en 2016 ? Sensuel, virevoltant, comme un Sex Crimes hanté par les spectres de Sade et Rampo, un vrai délice.

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4. Elle (Paul Verhoeven) Mère d’un idiot, fille d’un serial killer et d’une vielle peau botoxée, elle trompe sa meilleure amie et reluque son voisin grenouille de bénitier. Un jour, face à son matou ronronnant, ELLE se fait violer. Les dominos tombent. Quelque part entre Chabrol et Strip-Tease, Verhoeven s’implante en France et le fait bien. Il comble la paresse esthétique par un humour féroce (la scène du dîner à hurler) et constant, une violence qui gicle, une sexualité qui rugit, qui blesse. Comme un poisson dans l’eau, Huppert déploie son infaillible catalogue, hilarante, vénéneuse. On exulte.

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5. The Witch (Robert Eggers) : Un premier long dont on va parler longtemps. Sans peur de la sobriété (lumière naturelle, intrigue quasi théâtrale, scènes chocs au minimum), Eggers a tiré l’enseignement de l’épouvante à l’ancienne. Tout est dans la fièvre qui monte entre chaque personnage, chaque mot, chaque action. Et dans ce qui ne se voit pas, ce qui guette dans la forêt noire. Jusqu’aux dernières images, ensorcelantes et libératrices, comme un cauchemar de Gustave Doré.

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6. A Bigger Splash (Luca Guadagnino) : A l’inverse de Amore, A Bigger Splash n’ a eu aucune pitié critique dans notre pays, peut-être parce qu’il touche à un classique hexagonal. À vrai dire, on s’en fout : Guadagnino irradie son film de chaleur, de sensualité, de musique. Avec un casting formidable, qui pue le désir 100 kilomètres à la ronde. De l’hédonisme rock, écartelé entre le bruit et l’envie, la légèreté et le tragique. Plouf, on y va.

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7. The Neon Demon (Nicolas Winding Refn) : Fausse biche, elle plane au dessus d’un L.A en forme de bijou endormi. Au royaume des poupées, c’est la moins sophistiquée, donc la gagnante. Refn transforme des rivalités de « biatch » en cérémonie hallucinatoire, entre ombres et lumières, cite encore et toujours Kenneth Anger jusqu’à plus soif. Gueule de Dior mais goût de sang et de cadavres frais, sorcières de luxe et Bathory moderne. Radical et monstrueux.

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8. Rester vertical (Alain Guiraudie) : Guiraudie c’est le cinéma qui se laisse porter comme un fleuve, comme un songe. Un cinéma encore capable de faire rêver, de faire cauchemarder aussi. Un cinéma de inattendu, du trivial, du beau, du laid. Tout ça sur un fil. Fable érectile, bizarre et rurale. Guiraudie n’a pas peur. Et nous non plus.

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9. Green Room (Jeremy Saulnier) Sans inventer l’eau chaude, Green Room titille les ardeurs, rallume la flamme. Il suffit qu’un groupe de rock tombe aux mains de skinheads pour que Saulnier dépasse son prédécesseur (le sympathique mais bien mou Blue Ruin), gérant l’espace, la violence et la tension au cordeau. On a mal, on bondit, on cri, on reprend son souffle. De la série b viscérale qui vous remplie à bloc.

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10. Ma Loute (Bruno Dumont) 11. Willy 1er ( Ludovic Boukherma et Zoran Boukherma) / 12. Apnée (Jean-Christophe Meurisse)  : La comédie française drôle et inspirée ? Si si. Trois manières de communiquer, d’étaler ses penchants. D’abord, faire n’importe quoi avec classe, faire jouer à de grands acteurs des performances atroces dans un Nord aquatique hanté par les consanguins et les cannibales. Ensuite jouer l’anarchie tranquille, quelque part entre Bunuel et Blier. Puis taper dans le vrai/faux documentaire pour mieux retomber sur ses pattes avec une fable bouleversante dans les profondeurs de la France. Oui, on peut faire des choses bizarres, disloquées, étonnantes et qui nous ressemblent. Et drôles oui, bien sûr.

Le Flop 2016 : 

1. Alice de l’autre côté du miroir

2. Le BGG

3. Ave Cesar

4. Ma vie de chat

5. High Rise

6. Belgica

7. Blair Witch

8. Desierto

9. Suicide Squad

10. Morgane

11. The revenant

12. Midnight Special

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