La Tendresse des loups (1973) Uli Lommel – Bloodlust (1977) Marijan Vajda : Les Grandes Bouches

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Ah l’Allemagne. Ses bières. Ses vampires. Pas vraiment immortels bien sûr. Point de cape, points de dents pointues. Juste le goût du sang, irrépressible, l’envie assassine. Le premier dont le cinéma s’est souvenu, librement certes, c’est le vampire de Dusseldorf, qui terrorisa les rues de Cologne dans les années 20. Globuleux et insaisissable, il deviendra M le Maudit sous la caméra de Fritz Lang. Mais avant les années 80, les cas de psycho-killer au cinéma se font rares : sujets tabous, indéniablement. Psychose ou encore L’étrangleur de Boston changeront la donne : quoi de plus perturbant de voir le bourreau au travail, sans répit, sans concession. Même allégées de leurs détails les plus sordides, même inondés d’effets de styles, ces faits divers crapoteux font froid dans le dos. Dans les années 70’s, plus d’excuse, le cinéma d’exploitation montre tout.

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Très proche dans son atmosphère de L’étrangleur de Rillingon place, La tendresse des loups ne bouscula pas les foules en son temps, malgré son sujet so shocking. Très lié à Fassbinder, Uli Lommel reçoit en ses mains un projet avorté par le bonhomme, portant sur la terrible histoire du vampire d’Hanovre, qui a oeuvré lui aussi dans une Allemagne en crise. Nudité masculine, goût du grotesque feutré et du réel crapoteux, comédiens inséparables du maître (on y croise Kurt Raab, Ingrid Caven, Brigitte Mira, El Hedi ben Salem ou Margit Carstensen) jusqu’au caméo du concerné : la signature de Fassbinder producteur/parrain est évidente, pour ne pas dire monstrueuse. Inutile cependant de dissimuler la chose longtemps : Lommel n’a pas le talent de son camarade. En témoigne sa lente agonie dans le Z, avec une actualité criblée de psycho-killer movie tous plus atroces les uns que les autres. Aie aie aie…

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Homo discret et charmeur retiré dans une chambre miteuse, notre brave « vampire » est épinglé par la police pour ses mœurs légères : ce qu’ils ne savent pas, c’est que leur indic est aussi la personne responsable de leur enquête, à savoir la découverte d’une poignée d’ossements dans le Rhin ! Tranquillement, Fritz Harmaan continuera ses conquêtes masculines, des adolescents (ou des enfants…) qu’il aime et qu’il dévore à pleine dents. Tendre loup. Point d’interrogation sur la véritable affaire, la transformation des corps en viande savoureuse revendue sur le marché noir est ici exploitée sans vergogne. Volontiers lent et pataud, La tendresse des loups laisse peu de place à l’horreur et à l’effroi, si ce n’est lors d’une scène de vampirisme/nécrophilie décidée à réveiller les spectateurs endormis. Reste Kurt Raab, suave et inquiétant, dont l’attitude de velours n’annonce en rien les exactions cannibales (dont une scène d’arrestation édifiante où il ne peut s’empêcher de continuer à mordre sa victime).

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Beaucoup moins arty et beaucoup plus « exploitation », Bloodlust laisse la suggestion au placard et montre tout, jusqu’à la nausée. Venu de Suisse, ce Mosquito der Schänder (carrément) illustre les déambulations morbides de Kuno Hoffman aka le vampire de Nuremberg, qui pratiqua de nombreuses atrocités dans les 70’s. Devenu sourd-muet suite à de mauvais traitements dans son enfance (ce qui donne lieu à quelques flashbacks bien complaisants), le garçon trouve son exutoire dans les visites de funérarium et autres nécropoles, où il vient contempler puis manipuler les corps de femmes mortes.

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Loin, très loin de la poésie hardcore d’un Nekromantik, Bloodlust filme froidement des corps palpés, découpés, dévorés, vidés. Alors que les maquillages approximatifs pourraient porter à sourire (peau de cire et rouge trop rouge), ils ne font étrangement qu’amplifier le malaise de ces séquences de profanations, dont le réalisme rappelle l’expérience de documentariste de son réalisateur. Avec sa paille, Kuno s’abreuve du sang des cadavres (une aberration en soit…) qu’il siphonne avec une paille et signe Mosquito. Puis viendra le moment de passer à l’acte avec les vivants : une première…et une dernière. Un destin pathétique et terrible, illustré dans un film déviant et totalement maladif, au pouvoir de dégoût intact. Et bon appétit.

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