La Caverne de la rose d’or (1991 – 1996) Lamberto Bava : Les contes du père Bava

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Si vous êtes nés à la fin des 80’s (ou au tout début des 90’s), vous saurez, vous comprendrez. Sinon, venez quand même, il y a de la place. Durant la décennie des Spice Girls et de Haddaway (Hein ? Comment ?), le seul moyen de faire taire les mômes pendant les fêtes c’était de les coller devant Fantaghiro, aka La caverne de la rose d’or. Une décennie de Noël où les garnement se verront enchantés par la coupe façon Mireille Mathieu de Alexandra Martines et une tripotée d’animaux en plastique qui parlaient au fond des bois.

Pourtant, la Fantasy avait été chassé du cinéma à la fin des 80’s, et on avait connu les italiens plus alertes dans la récupération des modes : pour Lamberto Bava, La caverne de la rose d’or était programmé à l’origine comme un seul et modeste téléfilm fantastique, après deux séries d’horreur composées de films bien gratinés (comme le fameux Outretombe/L’antichambre de l’enfer qui a hanté les nuits de feu La Cinq). L’Italie avait été dévoré par le règne des tubes cathodiques, et la créativité indécente de son cinéma allait connaître un désert sans précédent. Prolifique et plutôt motivé, Lamberto Bava était alors un des ses artisans les plus actifs (ce qui ne veut pas dire le meilleur).

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Prenant à sa source un conte traditionnel italien (Fantaghiro persona bella), La caverne de la rose d’or premier du nom était prévu comme une petite fable au coin du feu. Le succès fut si grand, et le film si bien vendu à travers le monde, que plusieurs suites virent le jour : La sorcière noire, La reine des ténèbres, L’empereur du mal, et Le retour de Fantaghiro, vraie/fausse suite qui tenta de conclure (très) maladroitement la série . Un film par an, soit un feuilleton de 3h divisé en deux parties. Un tourbillon de popularité tel que Bava s’enfermera définitivement dans cette case jusqu’au début des années 2000 : on lui devra durant la même décennie Desideria, La légende d’Alisea, La princesse ou le pauvre, ou encore Caraibi (qui ne sera jamais diffusé en France).

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Très diffusé durant plusieurs années, La caverne de la rose d’or disparu des écrans pendant un sacré moment, laissant aux kids qui le regardaient au pied du sapin des souvenirs enchanteurs. Quand la société Free Dolphin entreprit de sortir enfin la série en dvd durant l’année 2007, la chute sera rude : et oui, La caverne de la rose d’or est bien plus  proche du nanar que d’un miracle enchanteur.

Il est clair en effet que Bava avait définitivement visé le public enfantin et cela se ressent partout, tout le temps : dialogues ineptes, rythme à la ramasse, fx douloureux (Sergio Stivaletti, sans doute plus à l’aise avec le gore qui a fait sa renommée, fabrique des créatures en carton pâte à la chaîne et les yeux douillent), interprétation outrancière. On est définitivement moins regardant lorsqu’on est haut comme trois pommes.

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Mais faut-il rayer pour autant de sa mémoire toute l’entreprise de Bava Junior ? Pas forcément. Déjà parce que contrairement à Disney (qui revivait à l’époque son âge d’or), Bava et son scénariste Gianno Romoli mettent en scène un personnage de princesse forte, qui refuse d’incarner l’idéal féminin de son époque. Cela n’excuse pas la coupe de cheveux la plus improbable de tous les temps (pardon Mireille), mais une demoiselle plus intéressée par l’épée que les froufrous n’avaient pas encore eu sa place chez Mickey. Mieux encore, c’est son bien aimé Romualdo, qui servira souvent de princesse en détresse (elle le sauve sur trois épisodes consécutifs). Et ce n’est pas rien.

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Du gentil féminisme vite secondé par un aspect queer dont on ne sait s’il est volontaire ou pas. Comme Mulan (ah ben tiens on en revient là), Fantaghiro s’habille en homme, se fait passer pour un homme et tombe sous le charme de Romualdo…comme un homme ! Le prince, troublé, sera rattrapé par une réalité plus consensuelle (tout va bien, c’est une femme). Dans le second épisode, il fallait un méchant, ou plutôt une méchante, ici une resucée de la sorcière noire de Blanche Neige. Et là, c’est Brigitte Nielsen qui s’offre un show mémorable, entre décolletée plongeant et festival de grimaces. Un personnage si too much qu’il reviendra en guise de (fausse) méchante dans les quatre épisodes suivants, ou elle partagera la vedette avec une Ursula Andress complètement paumée. Les coiffes démentielles et les échanges hystériques donnent l’impression d’assister littéralement à un show de drag queen. Et s’il n’y avait que ça.

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Ce qui a marqué  pas mal de petites filles (et de petits garçons !), c’est aussi le casting masculin, à savoir Kim Rossi Stuart en prince charmant et le mannequin Nicolas Rogers (qui fricotait avec Zazie dans le clip de Larsen, oui oui !) en méchant ténébreux qui apportera un peu d’ambiguïté à un show ultra-manichéen. Belles gueules, barbes naissantes et yeux de diamants, érotisés parfois de manière flagrante (les poses de Tarabas ou les scènes de séduction entre la sorcière noire et Romualdo, qui apportent un curieux érotisme vénéneux à la série) il fallait bien ça pour incarner en live les rêveries de Fantaghiro.

La touche Bava, la vraie, s’immisce parfois dans des éclairages baroques au milieu de décors à l’authenticité vacillante (des châteaux tchèques cohabitent avec des grottes en papier mâché). Plus la série avance, et plus la touche bis prend ses marques, en particulier dans un quatrième opus tourné en Thaïlande avec des intérieurs façons pot-pourri géants éclairés n’importe comment.

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Le plus étrange, c’est que le charme de la série pourrait résider à lui seul dans les compositions musicales de Amedeo Minghi, ultra répétitives et datées certes, mais dont le thème principal est d’une mélancolie telle, qu’il embaume la série d’un parfum triste et obsédant. Comme le souvenir d’un souvenir…
Et voilà, on s’est fait encore avoir.

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