Sweet Movie (1974) Dusan Makavejev : Dur à avaler

sweet_movie-1

Alors que Anna Planeta, sur son bateau gourmand et marxiste, vogue sur les eaux européennes, Miss Canada épouse un milliardaire américain exhibant un sexe en or massif. Que doit-on comprendre de tout cela ? Tout et rien à la fois. Sweet Movie est au choix, un doigt d’honneur tendance eurotrash ou un pamphlet qui a laissé la finesse au vestiaire. On le doit à Dusan Makavejev, trublion responsable de WR ou les mystères de l’organisme, gros bordel post soixantuitard à mi chemin entre le documentaire volatile et le tract pro libération sexuelle. Sweet Movie lui, sera plutôt du genre à faire les choses follement, salement.

sweet3

On a beaucoup jasé à l’époque sur les performances décadentes des deux actrices principales, Anna Pructal et Carole Laure, qui n’ont pas été caressé dans le sens du poil, autant sur que hors plateaux. L’une se verra privée de séjour dans son pays natal pendant sept ans en raison de ses frasques « intolérables », l’autre aura encore longtemps quelques traces de chocolat qui lui colleront à la peau, exigeant d’ailleurs des coupes et quelques dommages et intérêts durant le montage. Dans une scène à la limite du hard, la belle canadienne s’oubliait voluptueusement dans une piscine de chocolat, avant d’y périr. Onctueusement vôtre, jusqu’à la nausée.

sweet5

Tout dans Sweet Movie scande l’esprit de libération et de révolte qui grondait durant les 70’s : c’était l’envie de faire tout et trop à la fois, pour se venger sans doute de décennies trop sages. En guise de bonus subversif, Makajev invite Otto Muelh et ses amis à animer de nombreuses scènes se déroulant au sein d’une étrange communauté. Artiste on ne peut plus radical, Muelh était un grand spécialiste de ce qu’on appelait les Materialaktionen, des happenings extrêmes au parfum d’ultime outrage (sang, excrément, sperme, nourriture…tout cela mélangé ou séparé c’est selon). Alors que l’héroïne pleure, un prépuce sur la joue, une tablée entière de fous furieux régresse au stade anal, vomissant, éructant, chiant, dans un capharnaüm infernal. Évidemment, eux c’est nous, ou du moins c’est que Makavejev tente de nous dire. Ou alors juste pour le plaisir de montrer n’importe quoi.

sweet

Au carrefour du cannibalisme et d’une longue scène (impossible à tourner aujourd’hui) de séduction pédophile, Sweet Movie revient sans transition sur le massacre de Katyn, exposant des archives terribles où l’on exhume un charnier entier. Comme quelques nourritures contradictoires se perdant dans notre bon vieil estomac, les images se mélangent d’une scène à une autre, la chair en putréfaction des victimes de Katyn se succédant à un lit de sucre, au sexe con ou au cacao liquide, dans un mouvement qui nous laisse le coeur au bord des lèvres. Sweet Movie n’a définitivement rien de « sweet » : mais il monte à la tête et fait frôler l’indigestion. On suppose que la mission est bien remplie…

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.