Showgirls (1995) Paul Verhoeven : Les feux à la rampe

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Hollande, années 70 : Paul Verhoeven, dit le Hollandais Violent, dit Paulo, enchaîne les succès sans être bien vu pour autant. Les gardiens de la morale lui ouvrent gentiment la porte de sortie: trop cul, trop violent, trop hargneux, trop jusqu’au-boutiste, trop trop. Après un bisou bunuelien adressé à l’intelligentsia avec Le quatrième homme pour faire passer la pilule, Paulo fait le pont avec Flesh & Blood et part en croisade aux États-Unis. Quelques années plus tard avec Basic Instinct, rebelote : le scandale et la gêne que Verhoeven suscite à Hollywood sont proportionnelles aux succès qu’il provoque. Et puis ah que voilà Showgirls, le film monstre, le film pute, le film paillettes.

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Telle Nomi balançant ses frites sur la table, tout le monde a dû se dire que c’était le film de trop. Basé sur un script de Joe Esztehas (encore en mode «sexy movie = money money») faisant culbuter le Eve de Mankiewicz à un carré rose du Dimanche soir, Showgirls a laissé derrière lui un parfum d’échec devenu légendaire : pluie de razzie awards (évidemment récupérés par le concerné), critiques lapidaires, public désintéressé si ce n’est outré… Mais le temps ne détruit pas tout au cinéma, bien au contraire. Tout comme Starship Troopers qui a vécu le même sort car croqué au premier degré, Showgirls est bien une vitrine d’exposition vulguos de l’Amérique comme on pouvait en attendre de Paulo, et personne n’a voulu se voir dans l’affreux reflet. Entre les fans de Verhoeven et le public LGBT – qui en fera un classique camp instantané – le film retrouvera enfin sa place. Même Jacques Rivette adorait.

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Plantureuse, combative, et très distinguée, Nomi Malone tente sa chance à Las Vegas, dixit le monde des merveilles pour elle, dixit une grande poubelle scintillante pour Paulo. Avec une mise en scène éclatante, Showgirls lèche de sa langue avide les tripots moites, les façades qui ne s’éteignent jamais, les shows en plastique bulle et les palmiers néons. À Vegas, on se bénit au champagne, on passe sous la table, on se pousse dans l’escalier, on se crêpe le chignon. Nomi apprend vite à savoir ce qu’on doit faire, quitte à porter du Versace (même si elle ne sait même pas comment ça se prononce). Un peu comme sa petite sœur Katie Tippel, un autre film de Verhoeven un peu oublié, où une pauvresse grimpait l’échelle sociale par dessous la robe. Pas vraiment satisfait de ce film de commande, on soupçonne Verhoeven d’en avoir fait un remake à peine déguisé avec Showgirls

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Sauvée par le gong mais pas par Paulo, Elizabeth Berkley ose le nu intégral et les chorégraphies improbables, idiote pas idiote, mais vraie femme forte, vraie femme verhoevienne : sa carrière ne s’en relèvera alors jamais. Et le tout face à Gina Gershon, tapant un 20 sur 10 au bitchomètre en rivale ambiguë, préparant son terrain d’icône lesbienne avant son mémorable rôle de butch dans Bound.
Clinquant jusqu’à la nausée (comme Vegas: logique donc), hilarant et obscène, dopé à l’énergie et traversé par une sexualité agressive se vautrant en plein porno chic (quitte à déraper littéralement dans le rape and revenge), Showgirls est resté ce qu’il était: une poupée Barbie avec une bombe dans le string, un show derrière le show à la fois méchant et revigorant.

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