Le Grand Frisson Part V : Le Retro-Slasher

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Lancé définitivement par les succès monstres de Halloween et Vendredi 13, le slasher sera, de la fin des 70’s jusqu’au milieu des 80’s, un genre aussi fructueux que conspué. Ramassis de clichés, de protagonistes chairs à canons, de scénarios cons comme la lune, de gore se dissimulant derrière les valeurs morales, d’idées copiées sur le voisin…pas reluisant. Pour beaucoup, il s’agit ni plus ni moins que de la régression du genre horrifique.

En 1997, un certain Scream en démontera les règles pour relancer, malgré lui, le genre. Pourtant, les slashers qui l’ont précédé sont aussi des séries b pleine de charmes et de style, qui gagnent à retrouver leur place dans les soirées pizza et co (et même au delà). Voici donc un échantillon de 13 bêtes de compétitions, dont certaines demandent un déterrage in extremis.

tumblr_mb0pfennng1qfpn1do1_1280Bloody Bird (1987) Michele Soavi : En pleine saison morte du cinéma de genre italien (pour ne pas dire son crépuscule définitif), le petit homme à tout faire du cinéma bis (il a bossé avec Argento, D’Amato, Fulci…) nous servait le mariage inespéré du slasher et du giallo. Enfermée par accident dans un théâtre par un soir d’orage, une troupe de comédiens se font ici rétamer la gueule par un fou furieux coiffé d’un masque de hibou. Bloody Bird est certes volontiers sanglant (décapitation à la tronçonneuse, corps découpé en deux, ventre troué à la perceuse…) mais il réussit surtout ce qu’aucun slasher u.s n’est parvenu à faire : rendre un jeu de massacre poétique, ludique, volontiers flippant et surtout vraiment beau. La musique bizarroïde de Simon Boswell, les décors à plusieurs dimensions, l’aura fantasmagorique du tueur…un vrai petit classique.

burningcarnageThe Burning (1981) Tony Maylham : Sans pression aucune, The Burning pique tout à Friday 13th (et même son maquilleur Tom Savini) pour en faire une série b étonnement supérieure. Pas vraiment un coup de chance quant on voit le modèle, assez moyen il est vrai. Avec une colonie de vacances cette fois en pleine activité (des gosses partout !), The Burning se paye un tueur grand brûlé qui n’utilise pas vraiment son sécateur pour tailler les haies. Longtemps visible dans des copies médiocres et cut, ce slasher a vu son statut culte grimpé en flèche grâce à une redécouverte dvd digne d’intérêt. Si on s’amuse de voir Holly Hunter ou Jason Alexander faire leurs premières armes, on garde surtout en mémoire un massacre mémorable sur un radeau, n’épargnant absolument personne.

april-fools-day-posterWeek-end de terreur (1986) Fred Walton : Arrivé trop tôt ou trop tard ? C’est la question qu’on se pose quant à la destinée de ce petit bijou, méprisé pendant de longues années pour son ironie et ses prépositions assez méta. Car oui, il est conseillé de ne pas trop prendre au sérieux ce April fool’s day, où des étudiants passent un week-end dans une bicoque plantée sur une petite île et…vous imaginez bien la suite. Très malin, volontiers macabre à défaut d’être gore (le puits transformé en charnier), joliment rythmé et doté d’une belle réalisation (photo et scope splendides, excellent score de Bernstein), April’s Fool day revient aux origines du slasher (le whodunit, Agatha Christie et consort) mais n’a pas été vu d’un très bon œil à sa sortie, sans doute parce qu’il berne sans ménagement son public et ses personnages (d’ailleurs bien croqués, ce qui est assez rare pour être souligné). C’est dire le plaisir immense de le redécouvrir aujourd’hui.

drgigglesDr Rictus (1992) Manny Coto : Étonnement adapté d’un comics Dark Horse, Dr Giggles (de son vrai nom) est apparu pourtant durant la période la plus sinistre du slasher puisqu’il n’en existait pratiquement plus. C’est sans doute ce qui a motivé Manny Coto à suivre les aventures d’un faux médecin mais vrai psychopathe qui va passer le métrage entier à dégommer tout ce qui passe par tous les moyens médicalement possibles (seringue, thermomètre, marteau, tensiomètre, scalpel…). L’occasion de voir Larry Drake (le bad guy de Darkman) s’amuser comme un petit fou et de recycler tous les jeux de mots imaginables pour achever ses victimes. Aussi con que n’importe quel slasher des 80’s, Dr Giggles n’en reste pas moins inventif, assez drôle et mené tambour battant.

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Rosemary’s Killer (1981) Joseph Zito / Meurtres à la Saint-Valentin (1981) George Mihalka : Deux bestiaux aussi débile l’un que l’autre, mais très symptomatiques de toute la vague post Friday 13th, avec une violence décomplexée versant allègrement dans le gore cracra. D’un côté, un soldat revient hanté un bal d’imbéciles et zigouille tout ce qu’il peut, de l’autre un mineur terrorise une petite ville avec sa pioche acérée. Dans les deux cas, si on doit faire face à des scripts médiocres et des perso carton-pâtes, toutes les scènes horrifiques font preuve d’un bon savoir faire, avec des mises à morts d’une brutalité inouïe, même encore de nos jours. Tom Savini, le grand magicien du gore avec un grand G, alors posé sur Rosemary’s Killer, ira même jusqu’à glisser une explosion de tête dont il a le secret. Quant à My Bloody Valentine, son remake de 2008 (tout aussi con et bon) lui donnera la possibilité de se dévoiler en version uncut, alors invisible jusqu’à alors. Et autant dire que ça fait sacrément la différence.

evil-dead-trap-5Evil Dead Trap (1988) Toshiharu Ikeda : S’appropriant les codes du slasher (lieu isolé, victimes baisoullardes, tueur mystérieux…) pour les exploser avec ceux du giallo (Fulci et Argento en tête), Evil Dead Trap est un classique du splatter japonais tristement délaissé et toujours inédit dans nos contrées. Entre ses mises à morts inoubliables que Wan pillera gentiment pour Saw (en particulier une mémorable scène de sauvetege ratée), son twist impensable et son climat déliquescent, on peut dire qu’on tient une série b puissante et inspirée.

HAPPYBDAY-CTIT-KEYARTHappy Birthday to me (1981) Jack Lee Thompson : On ne peut s’empêcher de trouver cocasse l’irruption d’un faiseur musclé comme Jack Lee Thompson qui, entre deux charlesbronsonerie, signera ce slasher très très macabre. Bien que le résultat soit un poil trop long (1h40…), voir malmener et pervertir la douce Melody Sue Andersen (mais siii, Mary Ingalls !) est un plaisir à peine coupable. Thompson oblige, la réal est solide, parfois lorgnant vers le giallo (secret de famille, lame de rasoir et on en passe) avec des mises à mort d’une grande violence (aie aie la scène des haltères !) et un final gothique aussi fou qu’improbable, avec son banquet de cadavres décomposés.

vlcsnap-2016-06-10-22h51m37s223Entrails of a virgin (1986) Kazuo Komizu : On ne va pas se mentir, ce chef d’oeuvre de bon goût ressemble tout à fait à son titre : hyper racoleur et douteux. Pendant 1h20, le spectateur est sommé d’assister à la petite sauterie organisée par une équipe de debilos, venue faire un shooting photo en rase campagne : comme il n’y a rien d’autre à faire, on baise. Ou on viole, on ne sait plus trop. Et puis voilà que tout ce bruit réveille un drôle de zigoto, tendance monstre bien membré qui décide alors de tuer (ou de se taper) tout le monde dans la tradition du slasher. Catalogué, pas vraiment à tort, comme un classique du trash made in Japan, Entrails of a virgin est pourtant plus soigné qu’il n’y paraît. Parce que toujours en phase avec une mise en scène étonnement inventive, qui multiplie les effets de styles et les raccords surréalistes, donnant l’impression d’assister à un rébus cinématographique. Derrière les scènes chocs (éjaculation filmée de l’intérieur d’un corps, fist mortel, nécrophilie), Entrails of a Virgin est aussi une expérience bizarre et unique, jusqu’à son épilogue infernal où la final girl finit par accepter son triste sort. Dégénéré et très sale.

superstitionSuperstition – La malédiction de la sorcière (1982) James W.Robertson : Si Amitville avait été un slasher, il aurait sans doute ressembler à ce Superstition, un cas assez juteux de slasher surnaturel. S’il vaut mieux passer sur sur la maigreur du script (une sorcière hante une maison de Nouvelle-Angleterre et massacre tous les imprudents) et des personnages (comme c’est étonnant), on peut se laisser bercer par l’atmosphère proche du bis italien et des meurtres hyper cruels et complètement barrés, comme cette tête explosant dans un micro onde ou cette mémorable scie circulaire baladeuse tailladant du prêtre. Très méchant et donc forcément rigolo.

aloneinthedarkAlone in the dark (1982) Jack Sholder : Avant son hyper gay Freddy’s Revenge, le très honorable petit soldat de la New Line, Jack Sholder, avait concocté un drôle de slasher où quatre cinglés (un schizo, un pyromane, un pédophile et un serial killer hémophile !) s’échappaient d’un asile durant un blackout. Pas vraiment le bain de sang qu’on imagine, Alone in the Dark repose avant tout sur son humour noir et son casting fort solide où s’invite Donald Pleasence (en médecin plus fou que ses patients), Jack Palance (racé et flippant) et Martin Landau (en roue libre dans la défroque d’un prêcheur fou). Entre quelques clins d’oeils croustillants (un masque de hockey emprunté à vous savez qui, et un zombie éclair concocté rapidos par Tom Savini), il y aussi la mémorable relecture façon chambre à coucher de Jaws, où une victime doit s’échapper de son lit sans se faire embrocher par la lame la guettant sous le matelas !

strange-behaviorStrange Behavior (1981) Michael Loughlin : Il s’agit peut-être de la seule récupération du phénomène dans l’univers de la Ozploitation. Mais les australiens ne font évidemment rien comme les autres : malsain, décalé, bavard, atmosphérique, rien ne laisse imaginer un spectacle aussi autre. Pas vraiment un récit de tueur lambda, Strange Behavior s’amuse à reprendre certaines codes, peut-être pour tromper son monde (le masque de Tor Johnson durant la soirée costumée), et glisse aux confins de la sf, le tout traversé d’images chocs (l’attaque d’une féroce fille rondelette, une pause pipi qui tourne mal, une seringue plongeant dans un œil). Une belle curiosité dont on doit d’ailleurs le scénario à Bill Condon.

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The house on Sorority Row (1983) Mark Rosman : Véritable institution du slasher (au même titre que la colonie de vacances), les sororités ont pourtant rarement été le cadre de bons slashers. Difficile de faire mieux que l’incroyable Black Christmas, ou que ce très méconnu House on Sorority Row, qui lui doit d’ailleurs beaucoup. Sanglant et cruel juste ce qu’il faut, on y retrouve des motifs certes « clichés » (étudiantes hystériques, farce qui tourne mal, corps qui disparaît, trauma enfantin) mais amenés avec une assurance et un savoir faire incroyable, jusqu’au final flirtant ouvertement avec le fantastique gothique façon Mario Bava. Séduction immédiate.

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