L’Express de Minuit #31 – Août/Septembre 2016

tonierdmann

* Toni Erdmann, de Maren Ade : Faux feel-good movie vendu comme un feel good movie (bwavo les enfants), Toni Erdmann est loin d’être le chef d’oeuvre d’hilarité transcendante vendu ça et là. Trop long au vu d’une intrigue de comédie un peu démago (une coincée se fait décoincée par un papa farceur), il n’en reste pas moins une œuvre parfois surprenante (la scène déjà culte sur Whitney Houston, la première apparition de «Toni », le chewbacca folklo), qui aurait juste mérité un sacré dégraissage. On pari que les ricains vont adorer en faire un remake…

traintobusan

* Dernier train pour Busan, de Yeon Sang-Ho : Il n’est apparemment jamais trop tard pour un film de zombies/contaminés, alors qu’on imaginait la mode morte et enterrée. Au top du box-office coréen, Train to Busan s’est vu onctueusement accueilli en France, durant une année visiblement très favorable au pays du matin calme. Efficace, carré, bien trempé, tendu, ce World War Z en mode SNCF reste néanmoins englué dans un pathos parfois hallucinant, et qu’on a eu visiblement tendance à excuser. À un stade d’attentat lacrimal aussi embarrassant, on se demande bien pourquoi…

ghostbusters* SOS Fantômes, de Paul Feig : Que pouvait-on attendre d’un reboot de Ghostbusters ? Rien, l’original étant une production quasi-hybride en son temps (qui ne réclamait pas du tout de sa nature comique) et dont la chance de survie en dehors de son époque et de son esthétique 80’s, est tout de même très faible. Entre les trailers et les soupçons de reshoot, on finit par trouver pourtant cette nouvelle monture vaguement divertissante, puisque n’inventant rien et se contentant d’amuser la galerie avec des actrices en grande forme (exceptée peut-être Kristen Wig), ce que Feig a toujours sû faire jusque là. On aura juste du mal à lui pardonner un méchant franchement raté et pathétique, surtout aux regards de ses modèles passés.

shallows* Instinct de Survie, de Jaume Collet Serra : Esther et La maison de cire, c’est loin déjà, très loin, exemples rarissimes de bons blockbusters horrifiques comme on rêverait d’en voir plus au cinéma (c’était avant Jason Blum et c’était beau). Entre deux takeneries, Collet Serra revient à la charge et croyez le ou non, on a beaucoup de peine à retrouver le talent entrevu dans les films sus-cités. Si son requin très méchant réussi quand même à nous crisper au siège de temps à autre, l’imbécillité du script (la scène du poivrot, explosive de connerie ou le duel final, aussi impensable que celui de Jaws 4), la real très MTV et le pathos ambiant (au secours les problèmes existentiels/familiaux de Blake Lively) nous ramène clairement dans un ciné de genre toujours plus à côté de la plaque.

nocturama* Nocturama, de Bertrand Bonello : Ambitieux, gonflé, étrange : si c’est ce qu’on le retient de Nocturama, cela n’en fait pas un bon film malgré tout. Happé par sa mécanique renvoyant à Elephant (autant le Clark que le Vans Sant) qu’à Brian DePalma, Bonello déroule d’abord une première partie hypnotique (les poseurs de bombe se dispersant dans un ballet silencieux) avant d’avancer à pas de loups, et assez tristement, dans une seconde partie qu’on aurait rêvé moins guindé. Ses ado ont du mal à vivre devant la caméra, même si présent à chaque plan. Bonello a le fantasme mou, peu inspiré, amène ce qu’il peut maladroitement (le show queer sorti de nulle part, le caméo plaqué de Adele Haenel…). Pourtant, quelque chose reste. Parce que Nocturama a le mérite de ressembler aussi à lui-même, d’oser et façonner un objet hors-normes. Dans 20 ou 30 ans, ses rides lui seront peut-être bénéfiques, en bon témoin d’une époque troublée.

divines* Divines, de Houda Benyamina : Bande de filles 2 ? Un peu, peu…parce que Benyamina met  le masculin de côté avec ses gamines qui « ont du clito », parce qu’elle aime la belle image (mais pas trop), parce qu’il y une énergie sortant complètement le film de l’ornière du docu-social. Mais le genre, la place de la fille/femme dans la cité, ce n’est pas tant ça qui la fascine, mais plus l’idée d’un conte, d’une fable, qui sautille entre légèreté, romance, violence. La descente aux enfers a beau être littérale, on est pris par cette fougue qui fait souvent défaut au cinéma français.

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* Blair Witch, de Adam Wingard : D’abord baptisé discrètement The Woods avant de se dévoiler comme la séquelle du célèbre Projet Blair Witch (le second film étant passé poliment aux oubliettes), ce Blair Witch 2016 avait un seul nom qui suffisait à attiser la curiosité : Adam Wingard. Mais après le très bon The Guest, il faut croire que le bonhomme s’est vu octroyer une commande en bonne et due forme, après deux opus de V/H/S qui l’avait lassé du found footage (c’est lui qui le dit). On se retrouve alors avec un film très similaire à son modèle, mais gavé jusqu’à l’os de caméras (au moins un point de vue pour chaque protagoniste + un drone) et d’autant de personnages. Vaguement plus démonstratif pour faire taire les rageux, Blair Witch n’en reste pas moins triste à mourir (les jumpscares en cascade), escamotant ses rares bonnes idées dont un final pompant sans complexe REC ou The Descent. Useless je cris ton nom.

ladanseuse* La danseuse, de Stephanie di Gusto : Des plaines de l’Ouest à l’Opéra de Paris, le destin de Loie Fuller méritait bien un biopic il faut l’avouer. Si on apprécie le casting solide (excepté une Lily Rose Depp à mille lieu de la véritable Isadora Duncan, plus quelconque) où l’on croise même cette folle d’Amanda Plummer, si on admire la reconstitution de l’époque et des shows de Fuller, si on aime l’image incroyable de Benoit Debie, composant des tableaux faisant à 50 % l’interêt de la chose, on se questionne pas mal face aux intentions de la réalisatrice. Passant de lesbienne à bi troublée (par l’intermédiaire d’un personnage masculin qui n’existait pas), l’image de Fuller est tout de même étrangement mutilée, la réalisatrice apparemment trop frileuse à l’idée de faire de faire un véritable film lesbien. En 2016, c’est triste, c’est moche, et d’autant plus lorsque les quelques gouttes de saphisme sont réduites à des non-dits, à une culpabilité, à de la manipulation (et ce malgré une scène torride). Biopic sympathique pour intentions antipathiques. Très curieux.

morgan* Morgane, de Lukas Scott : Quel tristesse de voir (tardivement) le fils de Ridley Scott tremper dans une telle production, resucée à peine voilée de Ex Machina. On se rassure comme on peut avec un casting assez fou (dont la révélation de The Witch, Ana Taylor Johnson, tristement encapuchonnée) mais particulièrement mal exploité (cela pourrait se résumer au rôle de Jennifer Jason Leigh, reléguée à agoniser sous les draps). Assez bête (comme ses personnages) et mou, Morgane ne fait guère illusion, même avec un épilogue où fiston tente de faire coucou à Papa. Le geste est mignon oui, mais beaucoup moins tout ce qui a précédé.

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