Aquarius (2016) Kleber Mendonça Filho : The Sound of Music

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On ne peut trouver de meilleur résumé de l’univers de Mendonça Filho qu’une « Tele Novela réalisée par John Carpenter ». C’était en tout cas tout à fait vrai pour Les bruits de Recife, film choral tenant aussi bien du trip immersif que de la cartographie sociale, qui aspirait les palpitations d’une poignée de HLM en bord de mer pour les recracher en autant de récits croustillants et bizarres. Aquarius pourrait en être la suite directe, tant le cadre est identique, mais avec une ligne de conduite plus traditionnelle. Ici, on suit la silhouette échevelée de Clara, véritable jeune fille sexagénaire.

Depuis des années et des années, Clara vit dans le même appartement, le même immeuble en rase motte. Elle y a vu sa famille et ses amours, sa vie et celles des autres. Une maison bleue de quelques étages, oubliée par les grattes-ciels et les tours qu’on voyait dans Les bruit de Recife. Mais Clara en est la seule habitante, refusant de céder à une société immobilière menée par un jeune loup charmeur et impitoyable. Cela pourrait être un drame démago, cela pourrait être un film de guerre comique, cela pourrait être un thriller social : Aquarius pourrait être tant de choses, mais ce qu’il en reste est merveilleux et échappe à toutes les étiquettes. Heureusement.

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Plus unifié et solide, à l’inverse de la promenade funambulesque des Bruits de Recife, Aquarius en garde de belles traces d’ADN, tout autant féru de détails visuels, de gros bruits et de silences, ou de jeux de montages troublants suffisant à briser la linéarité d’une scène, donnant une impression de mouvement constant. Filho amène l’humour et l’angoisse quand on ne s’y attends pas, élaborant un langage jamais piégé par la pose. Lors d’une scène où Clara rentre chez elle en pleine nuit, il suffit d’un voile gigantesque flottant depuis le toit d’un immeuble au passage d’une voiture bruyante pour que Filho capte très simplement, et très poétiquement, la vie d’un quartier.

À la fois libre et dans sa bulle, seule et bien accompagné, ayant affronté la mort et l’amour il y a bien longtemps, le personnage de Clara semble inimaginable sans Sonia Braga, ex femme araignée chez Babenco ou mega badass chez Eastwood. Que l’actrice soit revenue de Cannes les mains vides est une hérésie incompréhensible.

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Au pathos ou au misérabilisme d’un pareil destin, Filho préfère gratter la corde de la nostalgie et de l’érotisme. À 64 ans, Clara n’a renoncé à rien, devenue une spectatrice du désir, lorsqu’elle entrevoit une partouze ou des amants dans l’interstice d’une porte, et en restée une actrice, s’enivrant dans les bras d’un gigolo. Elle est devenue le miroir d’une tante éclatante, qu’on aperçoit au détour d’une superbe première partie où l’on écoute Queen comme au premier jour sur un auto-radio. Mais là où Aquarius dicte aussi quelque chose de très beau, c’est qu’à travers Clara, il fait vivre une force de la nature qui assume son présent et protège férocement le passé, sa culture. La culture. Face à l’argent, face à l’hypocrisie. C’est la défense féroce pour ce qui n’est plus mais qui est encore, la force des souvenirs d’un autre temps, tout entier dans une commode sur laquelle on a fait l’amour, où des disques, ces fantômes de vinyles immortels qui ont traversé les années, passés de mains en mains. La musique qu’ils diffusent, qui reste, intacte, répare et caresse. Des murs encore hantés par des fantômes. Tout ce que dit Aquarius hante et bouleverse.

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