Au delà des murs (2016) Marc Herpoux & Hervé Hadmar : Double Couche

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Plutôt actif durant les années 2000, le cinéma de genre français vit depuis quelques années une agonie spectaculaire. Si on veut bien croire que ce n’est pas la quantité qui compte lorsqu’on voit ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique, il faut reconnaître que les américains n’ont pas attendu longtemps avant de se tourner vers la télé, avec une floraison impressionnante de séries fantastiques et horrifiques. Et pourquoi pas nous hein ? Et bien justement, le passé surnaturel de notre patrie camembert s’était largement essayé au genre : remember Belphegor, La poupée sanglante, Noires sont les galaxies, L’île aux trente cercueils… Très prometteuse mais se heurtant à la dure réalité de la tv française (money money money), la série Les revenants fera baver les américains, avant de retourner de la tombe d’où elle était venue.

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Après deux tentatives discutables (Trepalium et Intrusion), la chaîne Arte donna sa chance au tandem Marc Herpoux et Hervé Hadmar à qui l’ont devait Pigalle la nuit, Les témoins ou encore Signature. En résumé, du solide. Étalée sur 3 épisodes de 50 minutes, Au delà des murs est une mini-série jouant la carte du gothique très premier degré. Dans l’idée on dit oui, mais comme on est en France, on réfléchit deux secondes et on tremblote un peu. Des images nous assaille : Julie Lescaut featuring Jean Rollin. Ingrid Chauvin chez les cannibales. Martin Lamotte chasseur de fantômes. Josephine fille de Satan. Horreur malheur.

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Oubliez tous ça. Révélée chez Groeningen, Veerle Baetens incarne Lisa, une orthophoniste discrète, femme seule et triste en bonne héritière de Mia Farrow période Full Circle. Miracle, elle n’a pas perdue sa fille (mais sa petite sœur…), et elle s’emmerde. Chaque soir, elle scrute l’étrange manoir en face de chez elle, un taudis majestueux au milieu des immeubles modernes. Un jour, on retrouve le propriétaire, mort depuis des lustres : son testament est adressée à la jeune femme, pourtant inconnue au bataillon. Dans ce grand mausolée, elle s’installe, peu rassurée, et commence à entendre des bruits dans les murs. Et ça y est ça recommence : on se dit que la camisole est en route, que les gamines aux cheveux sales vont venir sauter à la corde au fond du couloir, que tout peut arriver (même Mimi Mathy). Et puis finalement non. Lisa casse le mur mystère, et découvre un labyrinthe dont elle ne peut sortir. Et où traîne d’étranges créatures. Coucou.

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Et bien oui, il est encore possible d’être surpris par un film (une série oui on sait) fantastique français. Tout arrive. Un peu comme chez Del Toro (qui doit adorer), Herpoux et Hadmar tissent un univers de conte minimaliste mais très beau (les décors sont splendides), très troublant, et même volontiers flippant (les silhouettes lentes et décharnées des « ceux qui n’ont plus faim »). Le dédale de palaces cramoisies, de pièces impossibles et de corridors mal éclairés évoquent, on parie volontairement, Silent Hill, sans toutefois tomber dans la surenchère référentielle. Alors on a peur (encore !) du twist façon near death experience, de la bondieuserie post-mortem, du pensum symbolique. Et là encore, s’il vous avouer qu’on aura compris depuis longtemps (sorry), tout se conclue dans une grande émotion tout en assumant sa veine fantastique : Au delà des murs n’a pas oublié que la poésie était la grande amie du fantastique.

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