Dommage qu’elle soit une p… (1971) Giuseppe Patroni Griffi : Tragédie bolognaise

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Il l’aime. Elle l’aime. Ils auraient pu être Romeo & Juliette et s’aimer derrière les vieilles pierres. Ils auraient pu s’enrouler dans leurs draps et y disparaître. Ce n’est pourtant pas un clan et ou une religion qui les séparent. En réalité ils sont de la même famille : Annabella et Giovanni sont frères et sœur. Pas de chance… Un beau postulat de tragédie déviante, appartenant à une pièce du théâtre elizabethain signée John Ford (pas lui, l’autre). Par pitié, ne ronflez pas, ça va être bien.

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En 1971, Giuseppe Patroni Griffi l’adapte avec une Charlotte Rampling à peine sortie des Damnés de Visconti. Visconti qui avait déjà adapté la pièce avec Delon et Romy Schneider. Oui quand même. Le film est classé X aux States, trop violent, trop cul sans doute. En France, il ne sortira que deux ans plus tard. Et puis pouf, plus rien.

Quant on le découvre un peu par hasard sur un tout petit dvd de rien du tout, on n’y croit pas. Car il faut déjà être un coeur de pierre pour résister à la musique de Ennio Morricone, en mode lyrisme échevelé, qui vous fait grimper très haut et vous emmène sur des territoires romanesque et interdits, d’autres temps, d’autres vies.

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Griffi escorte un amour interdit avec beaucoup de grâce, d’émotion, quelque part entre Promenade avec l’amour et la mort et Liens d’amour et de sang, d’autres grands films très semblables qu’on a tout autant oubliés pour des raisons obscures. Ce qui surprend beaucoup, c’est le regard désintéressé que Griffi porte sur Rampling, belle mais blême, face à ses acteurs masculins (le christique Oliver Tobias et Fabo Testi, en rival cruel) dont il semble indéniablement amoureux, les pliant dans des poses dignes de Rodin.

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Tout ça c’est évidemment très très beau, mais ça ne prépare en rien au final dégénéré où l’on quitte un film pour en découvrir un autre, puissamment baroque. avec ces corps qui grimacent, qui foncent, qui se tordent et se vident de leur sang, érotisés, épuisés. Comme si un film de Zeffireli avait viré au grand-guignol. Dans ce banquet sanguinolent et inespéré, il y a déjà tout le Chereau de La Reine Margot, le Chereau tragique, le Chereau des planches. Et cette urgence, cette hystérie, cette absence d’académisme qui préparent énormément au cinéma de Zulawski. Il est impossible que les deux hommes, qui nous ont hélas quitté, n’est jamais vu ce film incroyable.

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