L’Express de Minuit #30 – Juin/Juillet 2016

malgrélanuit

* Malgré la nuit, de Philippe Grandrieux : On avait un peu perdu ce cher Grandrieux, parti retourné dans ses installations vidéos. Pas sûr cependant que sa collaboration avec Rebecca Zlotowski joue en sa faveur, avec un nouveau et très long (2h30 !) poème urbain décadent, dont les élans de dandys doloristes se prêtent parfois mal à l’univers du bonhomme. Mais Grandrieux est resté un cinéaste sensitif, écorché, radical, qui fait mal et fait peur. Des marivaudages autour d’une Ariane Labed sans peur ni reproches donnent parfois au film l’allure d’un Zulawski avorté, période L’amour Braque / La femme publique. On peut buter sur ses maladresses, ses longueurs. Mais on peut aussi se laisser couler dans une hypnose d’amour et de mort, au rythme d’étreintes mortelles (strangulations et partouzes nocturnes, snuff movies) et de déclarations qui brûlent. La radicalité de Grandrieux n’est pas encore exsangue, dieu merci.

conjuringendfield

* The Conjuring 2 : Le cas Endfield, de James Wan : On avait beaucoup aimé la ghost story retro et virtuose de James Wan, mais entre-temps, la vague de jasonblumerie a eu tendance à refroidir toute idée de nouvel opus. Pas de DTV ou de faiseur commandé à la dernière minute : Wan rempile, y plaque quasiment la même structure (les Warren partent au secours d’une famille flippée par un papy fantôme pas sympa du tout), mais fait toujours preuve d’une remarquable maîtrise visuelle, tout en évitant le jumpscare à outrance. Personnages attachants, plans foufous, bonne ambiance creepy/70’s : au final, toutes les qualités du premier opus sont préservées, à une révélation finale près. Mais c’est vraiment pour chercher la petite bête…

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* La tortue rouge, de Michael Dukot de Wit : Pas du genre stakhanoviste, le passage au long pour Dukot de Wit paraissait autant rêvé qu’inespéré. Grand amateur de contes symboliques, au style épuré mais profondément lyriques (il faut voir impérativement Le moine & le poisson et Père & Fille), le voilà à imaginer un Robinson Crusué teinté de fantastique, où un naufragé fait une curieuse rencontre avec une tortue rouge aussi mystérieuse que vindicative. Épaulé par le studio Ghibli et couronné à Cannes, La tortue rouge se laisse prendre au piège de son beau parti pris (pas de dialogue, ce qui donne des personnages/silhouettes bien minces), avec son allure de court étiré. Mais la rigueur plastique et les dernières instants, beaux à pleurer, laissent tout de même un souvenir embué et magique.

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* The Strangers, de Na Hong-Jin : En plus du cinéma de genre, c’est aussi le pays du matin calme qui se réveille, lui qu’on avait juré en pleine sieste. En attendant Mademoiselle, Train to Busan ou Man on High Wheels, ce Strangers ouvre les festivités, mastodonte vendu comme un Seven à la campagne. À la manière de The Witch, le résulte embrasse de nombreux thèmes, tous mariés à des éléments surnaturels aussi agressifs que assumés. Mêlant hystérie, virage à 180°, grotesque et cruauté, The Strangers impressionne, ne l’emporte pas toujours dans son mélange de radicalité et de grand-guignol, mais se déploie comme un objet monstrueux et fou. Grand film pour certains, bouffonnerie déglinguée pour d’autres, le réalisateur de The Chaser ne laisse cependant pas indifférent.

 

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* La planète des vampires, de Mario Bava : Une ressortie luxueuse pour ce Mario Bava hors-normes, mêlant SF et horreur gothique comme le fera quelques années plus tard un certain Alien. S’il fait sans doute parti des grandes inspirations du film de Scott (un vaisseau est attiré par un signal de détresse sur une planète aux habitants hostiles), un gros doute subsiste en ce qui concerne le déterrage de cette curiosité bien mineure. Passé son originalité, La planète des vampires n’est ni le film invisible vendu par la promo (deux diffusions sur Canal + et deux dvd en France quand même) ni le film fou et subversif délivré par Nicolas Winding Refn, parrain mégalo de cette sortie. Particulièrement ennuyeux, plutôt bête (si vous aimez voir des gens se piquer dans les pattes pour une selle de vélo qui clignote vous allez adorer) et terriblement vieillot, le film fait bien de la peine face à des chocs indéboulonnables comme Six femmes pour l’assassin, Lisa et le Diable ou Les trois visages de la peur. Pour tout dire, on aurait préféré plutôt redécouvrir Hercules et les vampires, un Bava vraiment mésestimé quant à lui…

 

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* Irréprochable, de Sebastien Marnier : Après Elle, les femmes actives un peu toquées, c’est hype. Ou en tout cas, on va finir par le croire. S’il n’a pas un once du jusqu’au boutisme de Verhoeven (même si les scènes de sexe, très salées, montre que Marina Foïs n’a pas froid aux yeux), ce Irréprochable pourrait passer comme une prequelle de Liaison Fatale, décortiquant les agissements d’une chômeuse jalouse, arriviste et prête à tout pour s’imposer. Robuste et stylé (beau scope et belle b.o signée Zombie Zombie), le résultat freine par peur du virage, mais offre tout de même une bonne conduite sur le terrain du thriller pervers.

 

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* Alice, de l’autre côté du miroir, de James Bobin / Le BGG, de Steven Spielberg : Et si le cinéma live de Disney était devenu un nouveau fléau ? Le studio amochant, plus que n’améliorant, leurs hits d’autrefois, même les nouveautés peinent à arriver au stade du regardable. Alors qu’il avait face à lui un premier Alice au pays des merveilles bien palot, le yes man James Bobin se prend les pieds dans le tapis avec une commande infecte, laide et embarrassante propulsant Alice à travers le temps sous le pire prétexte possible. Si la dimension féministe prend du grade (sans doute grâce à Linda Woolverton au scenar), le spectacle fait passer son prédécesseur pour un chef d’oeuvre. Puis arrive Tonton Spielberg, qu’on imaginait comme le grand sauveur de cette époque faisandée. Imaginez : Roald Dahl+ Amblin + Disney. Un rêve fou prenant vie dans un blockbuster sans âme ni émotion, sans enjeux et sans intérêt, comme réalisé par une exécutif fayot. Passé les premières minutes à Londres, rien n’attire l’oeil, si ce n’est une motion capture parfois impressionnante. Sauf qu’osons le dire ; on s’en fout, et on se demande ce qui a pu passer par la tête du plus grand homme-enfant du cinéma.

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