Stranger Things, Saison 1 (2016) : Retro Boulot Dodo

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Binge Watching et promo efficace : autant dire que Stranger Things a joué la bonne carte pour attirer tout un public dans sa poche.  On ne peut pas leur en vouloir, c’est ainsi que ça marche. On se laisse aguicher par les affiches teaser ultra old-school, la b.o synthé, le lettrage majestueux du générique : Stranger Things a la hype facile, séduisante et bien fondée. Au premier épisode, le show va scinder alors très très vite ses spectateurs : ceux qui marchent dedans, en connaissance de cause ou pas ; et les autres, qui risquent de bailler.

Pour comprendre Stranger Things, il faut remonter au début des années 80 : réalisés coup sur coup, Poltergeist et E.T, tous deux surgis de l’écurie Spielberg, instaurent l’air de rien tous les codes de sa société de production Amblin, qui naîtra alors peu après. Si au cours de plusieurs décennies, la firme produira des métrages variés (Les nerfs à vifs, Sur la route de Madison ou…Les Pierrafeu !), on retiendra surtout toutes les Spielbergies qui vont prolonger l’effet recherché. À savoir des contes modernes où des perso ordinaires sont confronter à des choses extraordinaires, le tout sur des bases 100 % originales. Face à des films comme Retour vers le futur, Le secret de la pyramide, Les Goonies ou Gremlins, d’autres productions de l’époque, sans rapport concret avec Spielberg, vont adopter le même cahier de charges. Ce qui donnera Explorers, Monster Squad, L’histoire sans fin, Generation Perdue, Short Circuit, The Gate, Chérie j’ai rétréci les gosses…l’école Amblin avait ouverte et pas moyen de refermer ses portes. Ce qui se passa tout de même plus ou moins à la fin des 90’s, où le blockbuster changeait alors définitivement de gueule…

Stranger Things

Ce qu’on ne peut nier cependant, c’est que même une saga comme Harry Potter avait une âme héritée du petit monde de Spielberg (l’affiche dessinée par Drew Struzan, Chris Colombus, les gosses…), avant de s’en éloigner pas à pas. Sauf qu’aujourd’hui, au milieu de super-héros envahissants et des reboots, les 80’s sont quand même redevenues tendance. Lorsque Dante signe The Hole, que Jeff Nichols nous sort Midnight Special ou que Amblin ressuscite pour déballer Super 8 ou Monster House, la nostalgie a vite fait de pousser son petit cri. Lui-même investigateur de la trilogie Une nuit au musée, autre exemple de Amblin-like à peine voilé, Shawn Levy balance deux frangins débutants, les Duffer Brothers, à la tête d’une série qui devra se montrer capable de concentrer toute l’énergie et l’allure de ce cinéma pop-corn. À cela, il faudra ajouter l’influence très net du cinéma d’horreur de la fin des 70’s (Alien, Phantasm, le cinéma de Carpenter), des romans de Stephen King et de ses adaptations, ou encore des séries horrifiques tout public qui hanteront les tubes cathodiques à la fin des 80’s (Eerie Indiana ou Don’t be afraid of dark). Tout ça oui, comme un gros sandwich gourmand et un peu dégoulinant.

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Une base scientifique un peu louche, une gamine perdue aux pouvoirs incroyables, une bande de gamins débrouillards, des disparitions alarmantes, un monstre qui rode : voilà pour le schéma d’une série totalement obsédée par les coups de coude qu’elle met en permanence au spectateur. Et autant vous dire que vous allez être vite recouvert de bleus…

Ces clins d’oeils à vous arracher les yeux vont de renvois quasi méta (des affiches ou des citations de films), à des plans repris ailleurs, en passant par la caractérisation des personnages. Et il faut s’accrocher : la grande sœur sympa un peu frêle qui ne sait pas choisir entre deux garçons, la copine un peu « tarte » (mais bien plus intéressante que la dite sœur) qu’on dégage sans sommation, le flic alcoolo et endeuillé, le club des cinq (l’agité qui croit tout, le sceptique, le bon vivant, le sensible en danger, la mystérieuse), un méchant monsieur, une mère de famille au brushing impeccable qui aimerait tellement comprendre ses enfants, des bullies évidemment très cons, un prof de science super sympa…

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Dans ce marasme d’archétypes conscients, on sauve tout de même deux étoiles : Winona Ryder, totalement à fond en mère chahutée (tentant le comeback qu’elle vise depuis 15 ans dans des films que personne ne regarde), et la découverte Millie Bobby Brown, avec son personnage échappé de Firestarter (ou de Scanners, au choix). LA découverte de la série, silhouette androgyne à la présence et à la maturité indiscutables, dont le regard hante sans doute les meilleures séquences du show, faisant même oublier un monstre bien décevant (des CGI dégueus pour une série old-school : ben alors ?).

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Partant de bons sentiments, Stranger Things relève pourtant un des grands maux du cinéma fantastique actuel : à force de références, on tape zéro identité au compteur. Trop occupé à reproduire le dessin du voisin, rien ne surprend, tout se passe, et on attend en vain qu’une idée force le barrage. Parfois, l’émotion fait son affaire (sans aucun doute grâce aux deux actrices déjà citées) mais rien ne dépasse pas l’impression tenace de « salut c’est cool ». On ne crache pas dans la soupe, mais difficile de s’extasier à l’heure où le monde des séries fait tant bouger les choses. Par contre, ceux n’ayant jamais approchés une production Amblin, en particulier la nouvelle génération, risque d’apprécier (on ne peut pas trop leur en vouloir).  On souhaite en tout cas une continuation plus inventive, avec, pourquoi pas, de nouvelles menaces surnaturelles qui amènerait vers une structure à la Harry Potter/Buffy.

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