Rester Vertical (2016) Alain Guiraudie : Voir le loup

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Homme tout terrain (tentez pour voir son bien salé Ici commence la nuit), Guiraudie a beau avoir fait hurler les idiots avec une affiche pastel et remuez son petit monde avec son exploration de la drague homosexuelle, il ne s’agissait que d’une étape, espérons le, parmi d’autres. La preuve avec ce Rester Vertical, qui prolonge un cinéma de la chair, de la nature et de l’homme.

De Pas de repos pour les braves jusqu’au Roi de l’évasion, Rester Verticale convoque tout ce qui a constitué le cinéma de Guiraudie : la ballade champêtre, picaresque, l’errance, l’aventure. Il y retrouve les plateaux de la Lozère, infinies, paisibles, comme une immense fuite qui invite à la rêverie : le jour, vieux désert vert qui gondole, et la nuit, plongeon vers l’inconnu et les étoiles. « Ce vieux rêve qui bouge » comme disait le titre de son film.

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Il y a une idée d’immensité, mais domptée : le film se découpe dans plusieurs décors où le héros revient sans cesse, sans que le spectateur sache réellement la distance qui les séparent : tout se succède avec une fluidité irréelle. Il faut même attendre un voyage en barque avec au bout la découverte d’une infirmière/sorcière new-age pour comprendre définitivement que Guiraudie revient à l’onirisme de ses premiers films. Mais avec un sourire en coin, sans complexes.

Léo est scénariste mais passe plus de temps à demander des avances plutôt qu’à écrire. Il cherche l’inspiration, des comédiens, des loups. On ne sait pas trop. Il marche, il conduit. Un jour, il tombe sous le charme d’une bergère, qui s’ennuie dans sa ferme avec un père ogresque et ses deux enfants. Une passion et un enfant plus loin : la jeune femme laisse Léo et le nouveau-né. Bébé sous les bras, le garçon continue sa trajectoire inexorable, alphabétique (du point A à un point B, puis C, D , et ça recommence) : il y a cette maison où un vieux écoute du rock à plein tube, cet éphèbe pasolinien que le tout monde veut mais que Léo n’aura pas, ce père bourru, et puis ces loups qu’on ne voit pas, mais dont on a peur.

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Patient, pittoresque, Guiraudie marie le réel (les scènes urbaines) et le rêve, le beau et le bizarre, s’affranchit du conformisme, de l’homo ou de l’hétéro : ce qui aurait pu être banal (les Causses à parte de vue) se métamorphose en songe où se mêle la magie et l’inquiétude.

Dans ce geste, le plus incroyable, c’est l’audace de Guiraudie. Un homme sans peur, qui a laissé la pudeur aux vestiaires, entre ses plans féminins renvoyant ouvertement à L’origine du Monde ou sa scène de coït gérontophile, désespérée et hallucinante, qui ne cache plus rien. Le bonhomme tape dans la transgression, mais ne se réclame pas d’être un provocateur : il dévoile, l’air de rien, frontal, sans prévenir, sans gêne . Tout le monde se faufile sur la même corde du désir, branlante et inattendue. C’est dire si on a encore besoin d’un auteur aussi libre et inspirant.

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