Penny Dreadful, Saison 3 (2016) : Mort Subite

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Il y a trois ans, Penny Dreadful amenait la surprise dans le sillage des séries horrifiques : faire du neuf avec du (très) vieux, taper dans l’élégance plutôt que dans la performance, séduire plutôt que railler. Des figures aussi éculées que Frankenstein ou Dorian Gray, des mythes usés comme la possession démoniaque, la lycanthropie ou le vampirisme y retrouvaient une seconde jeunesse revigorante, avec une virtuosité, une patience et un sérieux enthousiasmant. Porte ouverte : dans ce dico des démons et merveilles que représente la littérature fantastique anglo-saxonne, il y avait du choix.

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Si on a passé entre ces murs la seconde saison sous silence, ce n’est pas par embarras, mais plutôt parce que toutes les promesses du show étaient tenues sans être totalement transcendées : les braves aventuriers de l’étrange se frottaient à un groupuscule de sorcières/succubes particulièrement retorses, le tout parfois décoré de storylines étonnantes, comme le passé sorcier de Miss Ives, la maîtresse transgenre de Dorian Gray ou l’arrivée de Lily Frankenstein, nouvelle créature du savant mais surtout seconde chance donnée à un funeste personnage de la première saison. Volontiers plus grand-guignolesque, cette seconde monture laissait le spectateur sur une attente infernale : tous les personnages se séparent et d’étranges unions naissent dans un to be continued excitant et risqué.

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Ce dispersement devient à la fois la force et la faiblesse de la saison : l’intérêt est variable selon les intrigues, et le rythme mêle remplissage (tout un épisode consacré à l’enfermement psychiatrique de Vanessa) et violentes embardées, mais nourrit une véritable énergie. Alors que Caliban, première créature de Frankenstein, part à la recherche de son passé, Vanessa choisit la voie de la guérison et découvre les balbutiements des séances psy et des premiers enregistrements audio. Mauvaise surprise, le secrétaire blême de sa psychiatre se nomme Reinfeld et les vampires londoniens s’agitent frénétiquement dans les ruelles. L’ombre d’un certain Dracula plane à nouveau sur la jeune femme…

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Si ce programme mêlant vampires livides et thérapie de choc évoquent de trop nombreux moments des saisons précédentes, les trois autres intrigues ont tendance à amener un peu de nouveautés. Ramené de force dans l’Ouest Américain, Ethan devra refaire face à son passé, mêlant tragédie familiale, racines indiennes dès plus chaotiques et malédiction : l’occasion de glisser de manière totalement assumée dans le western fantastique, offrant un dépaysement très inattendu pour une série jusqu’ici particulièrement urbaine.

Vient ensuite le couple Lily et Dorian, bâtissant une secte misandre et sanguinaire dans ce qui constitue le segment le plus violent et le plus sexe de la saison. Déjà impressionnante dans la seconde saison, Billie Piper donne tout (au risque d’éclipser parfois Eva Green) en tueuse féministe écorchée, broyée par les hommes et prête à tout pour soumettre une nouvelle révolution. Une composition intense, émaillée de scènes tendues et graphiques (comme ce threesome gore à souhait), peut-être les plus passionnantes de la saison. Puis vient ce brave Victor, souhaitant faire revenir sa création à la raison et s’associant alors avec un certain Dr Jekyll ! Une belle idée alors d’en avoir fait un métisse malmené par la société dont il foule les pas, trouvant dans la science un moyen d’exister et de se révolter.

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Si on se laisse porter par cette poignée de récits, si on se laisse charmer par un Dracula aux antipodes de ses incarnations passées, si on apprécie la force hallucinante des personnages féminins (Vanessa ou Lily bien sûr, mais aussi Justine la peste vengeresse, Hecate la succube, l’intrépide Catriona qu’on aurait rêvé de voir dans un spin-off, ou le Dr Seward, la psy anti-conformiste), tout s’effondre comme un château de cartes. Alors que les deux derniers épisodes font leur apparition sur la toile, John Logan annonce la fin de la série, prétextant que l’histoire doit s’achever ici.

Harry Treadaway as Dr. Victor Frankenstein in Penny Dreadful (season 3, episode 5). - Photo: Jonathan Hession/SHOWTIME - Photo ID: PennyDreadful_305_0406

Bien sûr on a beaucoup de mal à croire à cette justification, tant la conclusion semble bâclée au possible. Malgré un goût pour le romantisme qui a le chic pour arrondir les angles, tous les personnages sont laissés à l’abandon, à la merci d’une nouvelle saison qui n’existera jamais. L’esquisse même d’un hypothétique nouveau scoobygang semble être la preuve que quelque chose se cache derrière tout ça. Mais la plus grande victime de cette saison, c’est le personnage de Dr Jekyll, réduit à un simple interlocuteur prétexte. La manière dont la série finit par rationaliser et de se débarrasser de son cas est assez révélatrice quand au sentiment d’urgence de fermer vite fait le rideau : on se contentera donc d’imaginer un Mister Hyde déviant et jusqu’au boutiste tel que le show aurait pu nous l’offrir. Malgré l’amertume, impossible d’oublier pourtant le sérieux et l’inspiration dont a fait la preuve la série jusqu’ici. Avouons-le, une saison de plus n’aurait pas été de trop…

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