The Neon Demon (2016) Nicolas Winding Refn : Beyond the Valley of Dolls

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Publié il y a quelques mois, l’énorme monolithe L’art du regard, où Nicolas Winding Refn commente une collection d’affiches de films d’exploitation, n’avait définitivement rien d’un hasard. En découvrant The Neon Demon, on voit à quel point NWR s’est imprégné de ces effluves d’un autre temps, aboutissant à une œuvre qui n’aurait certainement pas fait tâche dans l’ouvrage. Au temps du disco et des salles crasseuses et enfumées, l’affiche de Neon Demon aurait été sans nulle doute placardée de DANGEROUS ! BEWARE ! SHOCKING ! SEXY ! et on en passe. Aujourd’hui, une promo spectaculaire et il faut avouer, plutôt habile, cache la grande forêt fluorescente de son auteur : malgré les apparences, rien de The Neon Demon ne se destine au grand public. Tout comme Only God Forgives était un anti-Drive, The Neon Demon sera un faux film d’exploitation.

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Comme Verhoeven explorait avec Showgirls les arcanes indécentes de Las Vegas en signant un film aussi clinquant et vulgaire que son décor, NWR filme le monde de la mode comme un spot télé hyper léché, hyper cadré et hyper esthétisé. Filmer une fable d’horreur ici revient à pervertir une pub pour parfum : les dés sont lancés.

Cité des anges. Elles sont grandes, maigres, froides. Elle savent ce qu’elles veulent, à tous les prix. Poupées d’acier, robots glamour. Jesse est une orpheline venue à L.A pour se faire remarquer parmi elles. En bon personnage Refnien (sa première héroïne alors), on ne saura rien de plus sur elle. Elle est une silhouette, une envie, une frimousse. Le choix d’Ellie Fanning, qui provoque presque des séismes d’extase (forcement drôles) sur son passage, est plus malicieux qu’il n’y paraît : une princesse Disney, sans risque, sans débordement. Poupée de porcelaine, intouchable, naturelle. Soit le contraste parfait dans un monde de clones, de créatures ciselées et (parfois) rafistolées.

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Innocente innocence ? C’est bien la question qui se pose, tant le personnage de Jesse quitte peu à peu sa parure d’agneau, au risque de perdre aussi le spectateur, qui s’identifie d’abord à elle avant de s’en éloigner progressivement, en particulier lorsque celle-ci prend pleinement conscience de son pouvoir. De chenille au papillon mortel, la métamorphose s’opère autour des shoots photos, filmés comme des rituels sectaires ou des stases transcendantes : dans l’une d’elles, Jesse embrasse enfin son reflet, au sens propre comme au figuré, et ne sera plus jamais la même. Ici, la vanité est un virus.

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Franchement corrosif, The Neon Demon souligne les prétentions d’un auteur qui ne s’est jamais défini comme confortable : à la manière de Tarantino ou de Lars Von Trier (sur lequel il crache allègrement), Refn fait à présent ce qu’il veut, et ce n’est certainement pas pour offrir au public ce qu’il attend. Au delà d’une identification ambiguë (jusque dans un twist très largement emprunté à Friedkin, son nouveau père spirituel), The Neon Demon se déploie de manière imprévisible dans un rythme lancinant et surtout ose le mauvais goût, voire l’impensable (l’incroyable scène à la morgue fera claquer quelques fauteuils) dans des sursauts que n’auraient pas renié des margoulins comme Frank Hennenlotter ou Jess Franco.
Par ailleurs, l’argument fantastique joue les bouches-cousues (et c’est tant mieux), parabole certes galvaudée mais si bien emballée qu’on lui pardonnerait ses limites. Même constat que Starry Eyes, le frère de sang du film de Refn, un autre « boulevard du crépuscule de l’horreur » plus tourné vers le body-horror.

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S’il a toujours été vivace dans sa filmographie, jamais l’amour de NWR pour le cinéma de Kenneth Anger n’a été aussi évident que dans The Neon Demon, laissant de nombreux trips prendre littéralement le pas sur l’action. Des images fulgurantes simulant vertige et extase en détraquant la lumière et l’obscurité par tous les moyens possibles, évoquant sans détour Puce Moment ou Lucifer Rising. Moment inoubliable (parmi d’autres) : un échange de regards sous des ténèbres stroboscopiques où l’on peine à savoir qui sont les proies et les victimes.

Quelque part entre le sublime et le dégueulasse, The Neon Demon s’impose en série Z friquée, amorale, punk et élégante. Un tableau inespéré qui confirme que les choses bougent définitivement dans le genre cette année.

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