L’Express de Minuit #29 – Avril/Mai 2016

highrise

* High Rise, de Ben Wheatley : Premier objet friqué entre les mains de l’enfant terrible du cinéma anglais, High Rise est un monstre protéiforme qui réussit l’adaptation du monument IGH de Ballard et se loupe tout seul en pur objet filmique. Hystérique, antipathique, jamais choquant ou drôle, singeant Fincher ou Kubrick avec des airs de clips vaguement subversif, High Rise aurait rêvé être un film malade des 70’s. Ce qu’il en reste est drôlement agaçant.

desierto

* Desierto, de Jonas Cuaron : Au rayon « fils de… » je demande Cuaron Junior, ici crapahuté par une promo survendant le film comme un Gravity sur terre. Si on assiste bien à un survival en terre aride (en opposition avec l’espace), on finit vite par ronfler sec face à un film qui n’assume jamais totalement son statut de serie b. Trop caricatural et maladroit, tout ce qui s’enchaîne après une scène de massacre pourtant très efficace (un shooter nationaliste bute un groupe de mexicains passant la frontière) rappelle dans le désordre des œuvres aussi majeures que Hitcher, Punishment Park, Les proies ou Wolf Creek, sans s’en démarquer un tant soit peu. C’est bien triste.

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* L’avenir, de Mia Hansen Love : Après le trop ambitieux et raté Eden, Hansen Love revient à des amours plus concrets, fleurant le Rohmer de la belle époque dans une collection de scènes qui paraîtront, au choix atrocement banales, ou confortablement irrésistibles. Huppert, dans un show qui lui est entièrement voué, passe des larmes au rire en prof de philo larguée, qui voit sa vie prendre l’eau alors qu’elle entre dans un nouvel âge. C’est joli et simple, un peu flottant (sa conclusion amenée l’air de rien). Et ça ne veut sans doute pas être autre chose.

lesmalheursdesophie

* Les malheurs de Sophie, de Jean Christophe Honoré : Et si Honoré n’a jamais été aussi meilleur que quand il ne fait pas du Honoré ? S’il ne laisse pas de doute quant à sa présence derrière la caméra, son goût du risque se relève ici payant, dépoussiérant avec malice un diptyque naphtaliné.  De l’usage de la musique d’Alex Baupain au mariage de la légèreté et la gravité (il faut voir comment les thèmes de la mort et de l’absence sont abordés), tout dans la mise en scène, inspirée et alerte, réussit à retranscrire la merveille, l’effroi, la candeur et parfois l’idiotie de l’enfance : il y a en suffisamment pour le placer très haut dans la cohorte du revival « kid-camembert » (Belle et Sebastien et co) du moment. Pas très dur sans doute…

everybodywantssome

* Everybody Wants Some, de Richard Linklater : Que pouvait-on attendre de Linklater après une œuvre aussi touchante et aboutie que Boyhood ? Rien sans doute. Mais le bonhomme, toujours au garde à vous, s’empresse de livrer un Dazed & Confused 2.0, se situant cette fois à l’aube des 80’s. Si la débilité explosive des dudes que le spectateur suit rend le spectacle d’abord déconcertant, si ce n’est énervant, le mélange de virtuosité transparente (ah ces échanges à la Before Sunset…) de nostalgie et d’éclectisme (les perso passent d’une boite disco à un pogo punk) en font une œuvre étonnement attachante. Richard, tu nous as encore bien eu…

greenroom

* Green Room, de Jeremy Saulnier : Distribué sur le tard (le film était passé par la case de la Quinzaine l’année dernière !), le nouveau film du réalisateur du très surestimé Blue Ruin s’était taillé une reput d’enfer à travers les festivals. La promesse est tenue pour cette rencontre entre un groupe punk et des skinheads bien remontés, film de siège ultra brutal, ultra-violent, et ultra efficace, mêlant gore viscéral et tension au cordeau. Ne tombant jamais dans la complaisance ou le cynisme démesuré des temps actuels, Green Room redonne sérieusement du sang neuf au genre, sans prétendre toutefois inventer l’eau chaude. En tout cas, ça fait sacrement du bien.

Krampus

* Krampus, de Michael Dougherty : Programmé en toute logique pour Décembre, ce très sympathique (et très méchant) conte de Noël se retrouve parachuté durant le mois Cannois de Mai dans le but de remplir des cases vides. Triste sort qui confirme le talent et la malice de Dougherty, même si un peu escamoté par son PG-13 contrairement à son fabuleux Trick or Treat. Déglinguant le consumérisme de fin d’année et la famille américaine (pas toujours de manière très fine certes), Krampus lâche une armada de lutins et de jouets maléfiques sur une famille maudite par le Krampus, doppelgänger monstrueux du père Noël. Dans un style empruntant très largement aux productions fantastiques des 80’s, Krampus dévoile de grands moments de folie et d’inventivité (le clown chenille ou le très beau flashback en stop motion) et aurait certainement mérité une sortie au bon moment et dans les bonnes salles.

cafekristen

* Cafe Society, de Woody Allen : On connaît la rengaine de ce cher Woody, qui s’amuse plus qu’il ne cherche à réinventer son cinéma. C’est toujours le cas ici avec un triangle amoureux qui ne nous apprends rien de nouveau, et s’évade parfois le temps de scènes familiales qui semblent appartenir à un autre film. Deux bonnes choses tout de même : le choix d’un cadre aussi glam’ que l’âge d’or Hollywoodien, et une Kristen Stewart radieuse. C’est assez pour s’ennuyer en douceur.

niceguys

* The Nice Guys, de Shaun Black : Qui dit old-school ne dit pas forcement vieillot. Avec son L.A seventies façon Boogie Night qui casse un peu la routine habituel du buddy movie, The Nice Guys offre une fois de plus matière à Shaun Black, s’offrant une recréation aussi violente qu’hilarante. Si on sent quelque fois la recup’ (même la fille du personnage de Ryan Gosling s’apparente à un Dany « Last action hero » Madigan, féminin), le plaisir est total, servi par une cohorte de gags macabres (la balle perdue durant le gunfight, le cadavre de la villa, la première apparition de Matt Boomer) et dévoilant la facette comique sous estimé de la star de Drive.

Julieta

* Julieta, de Pedro Almodovar : Encore parti les mains vides, Almodovar a pourtant essayé tant bien que mal que faire de l’oeil au public cannois, avec un melo douglasirkien étonnement sobre, certifié zéro pour cent queer. Les retrouvailles d’une mère séparée de sa fille depuis douze ans avec ses souvenirs avaient tout pour sonner l’alarme du pathos, ce que le chef de file de la Movida évite avec beaucoup d’habileté. Si la force du sujet, l’interprétation superbe (dont une Rossy de Palma pour une fois à contre emploi en vieille mégère) et la fluidité du récit maintiennent l’intention, l’épilogue raté (comme souvent chez Almo) fait bien retomber la température. Un joli film tout de même.

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