Ma Loute (2016) Bruno Dumont : Arrête de ramer, t’attaques la falaise !

ma loute4

Bruno Dumont a de l’humour. Depuis toujours même (mais ça, c’est lui qui le dit). Avec un cinéma aussi aimable que celui de Grandrieux (qui revient bientôt) ou de Haneke (qui…oui oui aussi), qui aurait pu croire au virage façon bile de clown du réalisateur de L’humanité et de Twentynine Palms, et qui plus est à la télé. Ce tournant, c’était Ptit Quinquin, qui avait même emballé certains réfractaires du bonhomme, étonnant vrai/faux polar au pays des gueules cassées du Nord, qui mariait toutes les déviances du cinéma de Dumont dans un feuilleton biscornu. Mais Dumont a visiblement la banane et ne s’arrête pas là : son improbable Ma Loute se retrouve placardé à Cannes (à l’heure qu’il est) en Ovni total et décontract’.

maloute2

Dans Ma Loute, ce n’est plus le fait de découvrir un Dumont burlesque qui surprend (encore que…) mais de voir comment il entraîne tout un système dans sa frénésie : en tête d’affiche, il convoque trois pointures « bourgeoises » rarement chahutées de leur zone de confort pour en faire n’importe quoi. Un risque jouissif et rare dans le cinéma français, et surtout de nos jours. Il faut donc voir Lucchini ne pas faire du Lucchini (ce qu’il a apparemment détesté faire) ou Binoche ne pas faire du Binoche (adieu la retenue), Valeria Bruno Tedeschi étant alors à peu près la seule épargnée. Le tout affrontant une tripotée de pures gueules, la plupart non professionnelles, et au phrasé évidemment peu compréhensible.

C’est un peu comme si on cramait tout le gratin du cinéma français d’un seul coup. Car si on suit les intentions de Dumont, ses comédiens sont chargés de cabotiner jusqu’à plus soif, de frapper dans l’outrance, comme un choeur sonnant faux mais virant au sublime. Un monument de surjeu si incontrôlé et incontrôlable, qu’il fait passer le métrage du génie à l’embarras le plus total. On pourrait râler, et pourtant qui peut se targuer d’offrir un cocktail pareil aujourd’hui ?

ma loute1

Tout le film de Dumont tient ainsi sur des dosages extrêmes : Laurel et Hardy rencontrent Agatha Christie, Mocky culbute Tardi et le splastick fait un bisou à la comédie française pouet-pouet. Cette rencontre entre des bourgeois incestueux et des pêcheurs cannibales pourrait même être, quelque part, un film d’horreur tourné par Philippe Clair (on exagère à peine). Mais comment tout ça ne vire t-il pas à la catastrophe pure et simple ? Parce que la connerie n’exclue visiblement pas une belle mise en scène,  un visuel de haute tenue (scope épatant et paysages magnifiquement exploités) et un sens du burlesque qui gêne autant qu’on admire. Quand les personnages ne se cassent pas la gueule dans le décor, ils s’envolent (sans aucune raison), et quand ils ne gesticulent pas, ils disent n’importe quoi. Libre quoi.

maloute3

Mais il y a aussi l’autre Dumont, plus sensible, plus cruel, plus tragique, plus charnel, qui surgit au détour d’une sous intrigue bouleversante où les regards de Ma Loute, le grand gaillard assassin, et Billy, l’ado transgenre, se croisent, et offrent un vrai trouble à cette fable hystérique et absurde. Chez Dumont tout arrive, même le plus beau, même le plus triste.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.