The Witch (2016) Robert Eggers : Nuit Noire

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Le buzz n’est pas pas forcément bon pour la santé. Et encore moins pour les films de genre : entre son passage remarqué à Sundance, ses trailers qui ont apparemment déchaîner la toile et sa sortie via Universal, l’excellent The Witch risque en effet de morfler. Pourquoi ? Parce qu’il n’est pas le shocker à la Jason Blum ni le monument de flippe vendu ici et là. Fin du débat m’sieurs dames.

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Mais sinon, c’est bien ? Passé l’aspect déceptif de la chose (c’est ça être une victime), oui. C’est même très bien, et infiniment surprenant dans la production actuelle. De par le choix d’un cadre atypique déjà, soit le XVIIème siècle, précisément lorsque les premiers colons posaient leur pied en Nouvelle-Angleterre.

Si un bon cv riche en références ciné peut se relever parfois payant (comme l’atteste toute la nouvelle génération de réalisateurs geek), on a déjà assisté à plus d’un retour de flamme : dans le cas de The Witch, les intentions, le regard, les inspirations, sont clairement ailleurs. À une heure où Carpenter redevient un modèle, où de nouvelles références s’accrochent (le cinéma d’horreur italien en particulier), où les modes ont la dent dure, Robert Eggers semble avoir eu la bonne idée au bon moment.

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En filmant l’enfer d’une famille de bigots s’installant aux abords d’une forêt hantée par une présence surnaturelle, les pièges ne manquaient pas : le syndrome du court étiré, la tentation du faux fantastique, le twist again, la foire aux jump-scares. The Witch les évite tous.

Plutôt de d’aligner les scènes chocs (ce qui fera beugler assurément les djeun’s venus se paumer dans la salle), Eggers trouve l’équilibre entre un drame psychologique grinçant (et donc, réellement éprouvant) et une horreur à la fois indicible (zéro explication) et frontale (l’intrusion du fantastique s’opère via un rebondissement franchement déstabilisant). Il en va de même pour le thème de la sorcière, rarement exploité sérieusement au cinéma, tiraillé entre les clichés de rigueur (la créature de conte de fées) et le dépoussiérage du mythe (la femme martyr) : Eggers réinvestit alors le folklore (rituels sanguinaires, animaux complices, pouvoirs magiques) avec une assurance incroyable (et un peu casse-gueule lors d’une scène d’apparition, avouons-le, assez discutable).

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Si la menace surnaturelle, la fameuse witch, plane sur tous les plans, c’est cette petite famille qui vampirise la tension du récit, renvoyant alors aux heures les plus sombres de l’Amérique, tant passées qu’actuelles : l’ennemi est certes à l’extérieur, mais le danger est peut-être même pire à l’intérieur. De la crise de foi (chez ces dévots, le péché est partout) à l’éveil des sens mêlé au surnaturel (comme dans La compagnie des loups ou Valerie au pays des merveilles) : Eggers ne néglige aucun angle. Construite comme une chute de dominos, cette descente aux enfers ne serait rien sans une poignée d’acteurs tous exceptionnels, des plus jeunes aux adultes (échappés d’ailleurs de Game of Thrones, comme Kate Dickie, qui avait marqué son petit monde en marâtre psychotique). Tout cela au service d’une propagation du mal au cordeau dont aurait sûrement rêvé un certain William Friedkin.

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Alors que l’ascète (lumière blafarde et naturelle et un cadre évoquant plus Dreyer et Tarkovski que les productions récentes) et l’exigence du produit feront sûrement fuir les amateurs de sensations fortes, on reste parfois impressionné par les techniques old-school de Eggers, dont une bande-son tapageuse qui nous rappelle que l’effroi passe aussi par le son comme au temps de Shining et de Suspiria. Et tout au bout de la forêt noire, il y a cet épilogue magique, incroyable, beau comme un cauchemar de Gustave Doré. Beau à vous hanter..

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