A Bigger Splash (2016) Luca Guadagnino : Un été indécent

abiggersplash

Le renouveau du cinéma italien, on l’attend, on le désire, on en brûle. Mais pour patienter, les réalisateurs ritals digne de ce nom se font petits. On ne parle évidemment pas de Matteo Garonne ou de Nino Moretti, mais plutôt de Paolo Sorrentino, de Michele Soavi, Gabriele Salvatores, Piero Messina, Saverio Costenzo…ceux là ont du talent, des images plein les poches et des choses à dire. Manque de bol, ils tournent peu, si peu (hormis sans doute Sorrentino). Luca Guadagnino est de ceux là : il y a sept ans, il signait l’étourdissant Amore et depuis, silence radio. Scandale on vous dit.

_ABS3174.NEF

Du coup, le revoir surgir avec un casting international aux commandes d’un remake de La piscine (le film n’est pas vendu comme tel mais c’est un fait) a de quoi laisser perplexe. Un produit au parfum de commande, qui nous rappelle que les remake de films français ont rarement eu la côte : Diabolique, Mixed Nuts (remake gênant du Père noël est une ordure), Cousins (pour Cousins Cousines), The Tourist (pour Anthony Zimmer), New-York Taxi, Passion (pour Un crime d’amour), Un indien à new-york..autant dire que la poubelle est pleine. Et puis bon parfois les choses ne se passent trop mal, mais rarement alors  : L’armée des douze singes, Le talentueux monsieur Ripley, True Lies et puis…c’est sans doute à peu près tout. Heureusement pour nous, A bigger Splash s’ajoute à cette catégorie et nous rappelle aussi au passage que La piscine c’était pas mal mais pas intouchable non plus. Et arrêtez de gueuler au fond là.

abiggersplash-4

Ce qu’on comprends très vite avec Guadagnino, c’est qu’il n’a pas perdu sa virtuosité tantôt feutrée, tantôt aérienne, et ceci dès l’ouverture : un stade, une foule déchaînée, une rock-star puis soudain, plus rien. Le soleil, de l’eau, la baise, les caresses. En Bowie féminin (logique quand on se souvient de leur gender swap dans le clip de The Stars), Tilda Swinton a perdue la voix et s’est réfugiée sur l’île italienne de Pantellaria, avec son compagnon Paul. Pas besoin de parler pour les deux amants, tout est là. Et puis un téléphone sonne et une voix, une seule, gâche tout : celle de Ralph Fiennes en manager envahissant, qui vient alors s’incruster dans le vrombissement d’un avion en compagnie de sa fille, avec qui il mène une relation à la limite de l’inceste. Du paradis au chaos, Guadiagnino nous a déjà pris la main. Et on adore ça.

biggersplash-2

Dans les grandes lignes, le scénario de Bigger Splash reste le même que celui de La piscine : des marivaudages au bord de l’eau, un virage tragique. Mais Guadagnino n’est pas dans l’imitation : Schneider, Delon, Birkin, tout ça c’est loin et ça appartient à un autre temps, un autre cinéma. Et il faut avouer qu’on gagne aussi au change : le décor de Guadagnino est un personnage à part entière, et nous plonge dans une bulle magique, à la chaleur sulfureuse. Les vents chauds, les ruelles en pierre, les tripots éclairés au néons, la saveur de la Ricotta, l’eau claire : on est là, et plus rien ne compte.

Le propos et les personnages se sont modernisés aussi : ancien manager des Stones, l’ex exubérant anciennement incarné par Maurice Ronet garde ses traits de caractères mais se les voit amplifiés, tripotés. En réponse à ses derniers rôles un peu guindés, Ralph Fiennes envoie tout balader, à la fois exhib, ambigu, rock’n’roll, magnétique. En réalité, tous les personnages gagnent en épaisseur, en souffrance, en beauté, en sensualité. Guadagnino en a fait un autre film et c’est exactement ce qu’on voulait voir.

abiggersplash-5

Ce qui impressionne aussi, c’est l’érotisme débordant, qui ne cherche pas la performance mais s’insinue partout tout le temps. Tout le monde est désirable, dorés, bouillonnants. Tous tiraillés par l’interdit, les regrets, ce qui s’est passé et ce qui arrivera peut-être, le regard fougueux ou tremblant, le cœur au bord de lèvres et le désir à portée de mains. On a toujours la sensation que tout pourrait basculer n’importe quand, ce que Guadagnigno s’amuse à souligner par des plans inopinés et souples, qui interviennent dans l’action comme un champ lexical. De l’hédonisme rock, écartelé entre le bruit et l’envie, la légèreté et le tragique : attention à l’hydrocution.

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.