Society (1989) Brian Yuzna : Chair Amie

Society

S’il n’a ni son talent, ni sa prétention auteurisante/cérébrale, il fut un temps où Yuzna fut une sorte de Cronenberg du Z (ou du B), partageant avec lui la même obsession pour les déflagrations corporelles. Le tout au service de films plus pulps et plus déviants qui feront la joie des amateurs de gore dans les années 90. Le commencement à tout ce bordel, ça pourrait être From Beyond, deuxième adaptation de Lovecraft réalisée par Stuart Gordon que Yuzna avait coécrit. Sous une lumière rose et baveuse, un savant fou transformait son corps à loisir en tentacules mi-voraces, mi-libidineuses, orchestrant un ballet charnel tenant du jamais-vu. S’il en est sans aucun doute l’un des investigateurs, Yuzna s’en souviendra très fort pour son premier film, qui sera ignoré près de trois ans dans son pays d’origine : Society.

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Si vous êtes arrivé jusqu’ici, il y a de très fortes chances que vous sachiez l’issue de Society : son twist (qui occupe bien toute la dernière partie) a été l’argument promo number one et a bien servi sa réputation. Dans les deux cas, rien ne ressemblera de près ou de loin, avant ou après, à un tel spectacle. Et gros bisous aux veinards ayant découvert le film sans rien en savoir…

Pendant une heure et des poussières, Society tourne le bourrichon à un gosse de riche jamais assez à sa place, et accessoirement filmé comme dans un porno gay. Tout est trop fake, trop laid, trop glamour pour y croire. Chez Polanski, sa paranoïa aurait été glaciale, opaque. Chez Yuzna, on frôle Marc Dorcel sous influence Lynchienne , mais le résultat se rapproche plutôt d’un épisode de Bervely Hills piraté par Bret Easton Ellis et Burrough.

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Nous voilà parachuté en classe BCBG aux côtés de Billy, un ado devenu subitement paranoïaque. Malgré une réputation en or, une jeep à lui tout seul, une petite amie – insupportable certes – et une vie toute tracée, rien n’est plus inquiétant pour le garçon que le cocon familial (normal quand on a pour vie un soap huilé de samedi après-midi  non ?). Une bonne parano jusqu’au jour où l’ex petit amie de sa sœur lui apporte des enregistrements compromettants qui lui révèlent qu’on est pas trop du genre à bouffer des Ferrero Rocher aux soirées de l’ambassadeur. En fait, ça baise beaucoup et avec n’importe qui (même en famille). Dès lors, les regards tordus, les silhouettes inexplicables et toutes les situations quotidiennes le mènent petit à petit vers un monde cauchemardesque…

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Yuzna filme un soap malade et parasité, avec des gueules d’anges en plastoc et des bimbos de magazines. L’écart suprême, ce sera sa manière d’amener le bizarre et le trivial au coeur d’un univers bling-bling au parfum de laque et de crème solaire. Ce qui nous vaut un virage à 180° mémorable, où une chute horrifique un peu convenue (façon secte sanguinaire et compagnie ) a été remplacé in extremis par Yuzna en bacchanale surréaliste insensée, donnant carte blanche à son maquilleur Screaming Mad George, qui avait alors les yeux rivés sur les peintures de Dali. Partouze bourgeoise où les corps se frôlent, s’engluent, s’embrassent ; la photographie plate devient subitement traversée de couleurs chaleureuses et étouffantes ; les mains s’égarent, plongent dans la peau et les chairs se confondent. Une jet-set mutante et millénaire, qui bouffent les pauvres et les intrus : rarement on avait vu une satire aussi littérale et lubrique.

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Ce qui nous vaudra des fists-fucking fondants et mortels, un psy se métamorphosant en main géante, et des fusions incestueuses accouchant de créatures sans queue ni tête. Le tout dans un climat à la fois poisseux et détendu, horriblement déviant et étrangement drôle, totalement malsain et proche du cartoon. Musique de carnaval, bruitages spongieux, chair à pâte à modeler : malgré toute la sympathie qu’on porte à sa filmo, Yuzna ne fera sans doute jamais aussi inventif et barré.

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