Quelque Part dans le temps (1980) Jeannot Szwarc : Nous nous sommes tant aimés

Honnête faiseur passant d’insectes incendiaires (avec Bugs) au royaume du père noël (c’était Santa Claus) en l’espace de quelques années, Jeannot Szwarc a du donner beaucoup de cœur (et d’âme) pour l’adaptation du roman de Richard Matheson Bid Time Return. Bien avant que le voyage dans le temps devienne cool avec Retour vers le futur, et un an après C’était Demain, qui mettait en scène H.G Wells, Somewhere in time ne s’acoquine d’aucune mode. Quelque chose de l’ordre du petit miracle éphémère et singulier.

On aurait parié que le film aurait pu devenir, quelques décennies plus tôt, un grand classique du cinéma américain : collez Cary Grant et Grace Kelly, et le monde entier aurait sorti les mouchoirs pour cette romance (in)temporelle. Ironiquement, le film de Szwarc n’était peut-être pas de son temps : malgré son échec, il gagnera un certain respect, surtout outre-atlantique. Et c’est déjà ça.

Alors à son top (il sort tout juste de Superman), Christopher Reeves ne perd rien en élégance, même les pieds sur terre : il y incarne un auteur de théâtre comblé qui, le temps d’une soirée, voit une mystérieuse vieille dame venir à sa rencontre, ombre fanée parmi les autres. Quelques mots plus loin, elle s’efface et disparaît à jamais dans la nuit.
Des années plus tard, le jeune homme prend le large dans un splendide hôtel et tombe amoureux du cliché d’un actrice ayant séjournée au même endroit au début du siècle. Il apprendra bien vite que l’étrange vielle dame et la somptueuse créature sont une seule et même personne : Elise McKenna. Pour la retrouver, il traversera le temps pour revenir en 1912, espérant la croiser dans cet hôtel, là, quelque part…

Ce qui frappe le plus, outre la douceur incandescente qui habite le film de la première à la dernière image, c’est le renoncement à tous éléments futuristes et l’absence total d’effets spéciaux de toutes sortes. Voyager dans le temps, ce n’est plus galoper sur une machine farfelue : le personnage de Richard y parvient par l’auto-hypnose, dans un rituel étonnement tangible, à la limite du Proust reconfiguré. Et donc littéralement fascinant. Mais si l’argument fantastique englobe fatalement le métrage, c’est la romance qui emporte le morceau. L’amour suspend le temps…mais jusqu’à quand ?

Jane « Docteur Quinn » Seymour y est l’image parfaite de l’amour rêvé et gracile : elle n’a jamais été aussi resplendissante qu’ici, en comédienne médusée, bien que menacée par une figure d’imprésario jaloux un brin caricatural (Christopher Plummer en mode fronçage de sourcils et de moustache). Mais qu’importe pourvu que ces deux amants puissent se frôler dans les couloirs d’un majestueux hôtel estival, éconduits par la musique de John Barry, offrant des variations renversantes de la Rhapsodie de Rachmaninov.

Il vaut mieux être fleur bleu (ce qui ne veut pas dire niais) pour apprécier cette ballade, pour plonger dans ces regards qui se découvrent, et pour mieux mourir d’amour aussi. Somewhere in time semble traversé par l’idée, dépassée peut-être pour certains, de pureté : dans sa réalisation, dans ses actes, dans les yeux de ces personnages, dans ces intentions. Pureté amoureuse sans doute. Et quoi de mieux d’y retomber encore une fois ?

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