Sonny Boy (1989) Robert Martin Carroll : Les Bêtes de l’Ouest Sauvage

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Dans la famille « on me voit, on me voit plus », je demande Robert Martin Carroll et son Sonny Boy, film comète bizarroïde exhumé récemment par l’éditeur américain Shout Factory. Et autant dire que vu la rareté du film, ce n’était pas gagné…

Bien que trimbalé en son temps au Marché du film, Sonny Boy est un film qui eu autant de chance que son héros (c’est à dire pas beaucoup), croisement hardcore entre Oliver Twist et L’enfant sauvage. Pas du genre à être mis dans une case le bougre : le coeur du problème pourrait d’ailleurs se résumer à sa jaquette vidéo la plus répandue, le résumant à un film de monstre cracra. Or, Sonny Boy est une œuvre inconfortable, bicéphale et inclassable : ce n’est pas un film d’action, une comédie noire, une fable, ou un drame sordide, encore moins un film d’horreur, mais tout ça à la fois. Sans doute peu aidé par son producteur bisseux Ovidio G.Assonitis, Sonny Boy sera distribué à la volée, sans y croire, et censuré un peu partout (ce qui aura la fâcheuse conséquence de rendre certaines scènes proprement incohérentes).

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Arraché à ses parents par un minable voleur, un bébé devient le fils adoptif de Slue et Pearl, un couple de malfrats semant la terreur dans une bourgade du Nouveau-Mexique. D’un côté, l’imposant Paul L.Smith (le maton sadique de Midnight Express) en peintre tortionnaire qui éclate au canon tous ceux qui le regardent de travers, de l’autre, David Carradine, en femme trans aimante qui trouve dans cette apparition un don du ciel. Condition sine qua non pour garder le poupon ; Slue se chargera de son éducation, ce qui sous-entend l’élever comme une bête et le torturer à longueur de journées. Devenu adolescent, Sonny est devenu alors une bête sauvage chargée d’attaquer les malheureux ayant l’audace de gêner son père adoptif…

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Sous un corps abîmé, brûlé, ensanglanté, Sonny est un angelot qui n’a jamais appris où se situait le bien et le mal. Un martyr ? Un peu oui, surtout quand la statue du Christ qu’il a dérobé devient son doudou. Quand la porte de sa prison est négligemment laissée ouverte et qu’il se dirige vers une liberté toute relative, on pense fort, très fort, à une variation sauvage et white trash de Frankenstein. Mais pas seulement.

Sonny Boy aurait pu se contenter d’être un film affreux, sale, bête et méchant, comme 80 % de ses protagonistes (dont un Brad Dourif hilarant et une Alexandra Powers terrifiante en redneck badass). Mais l’utilisation (parfois abusive) d’une country mélancolique met un peu d’eau de rose dans une piquette couleur sang. Un croisement de naïveté et d’atrocité sur fond d’Amérique aride qui renvoie parfois à un Wild At Heart pas encore né. Comble de ce mariage contre-nature, une séquence bouleversante où Sonny, à deux doigt de se faire tuer par un couple de motards dégénérés, se défend mais ne peux s’empêcher d’étreindre sa victime agonisante…

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On n’ira pas jusqu’à dire que ce mélange de ton soit totalement homogène : mais Sonny Boy marque par son étrangeté, son mélange d’antipathie brute et de tendresse sauvage, ses situations déchirées entre du John Waters premier degré et du Sam Peckinpah poétique. Jusqu’à son faux happy-end, à la tristesse évidente et redoutable.

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