L’Antéchrist (1974) Alberto De Martino : Satan bouche un coin

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Au temps des copies carbones à l’italienne, un hit comme L’exorciste ne pouvait pas s’en tirer sans produire une myriade de contrefaçons savoureuses. Entre 74 et 75, le public aura à peine le temps de dire ouf aux jets de vomis de Linda Blair que viendra se succéder des films comme Le démon aux tripes, Émilie l’enfant des ténèbres, Bacchanales Infernales ou La possédée. Et il ne s’agit bien sûr que de l’Italie…

Parmi le plus fameux de ces rip-off, L’Antéchrist a permis au réalisateur Alberto De Martino (à ne pas confondre avec Sergio Martino, abonné quant à lui au giallo) de se refaire la main dans le fantastique, une décennie plus tard son Manoir de la terreur. Pas de séance de brainstorming intensive :  il s’agissait tout juste de transposer le scénario du classique de Friedkin en Italie. Mais avec quelques changements intéressants à la clef…assez en tout cas pour le voir débouler chez l’éditeur Le chat qui fume, bien décidé ces temps-ci à farfouiller dans la belle crypte du cinéma bis.

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Autant le dire tout de suite, L’Antéchrist tient plus de la curiosité un peu timbrée que du classique oublié : si la mise en scène de Martino est plutôt solide, les nombreux effets spéciaux (des trucages optiques atroces) viennent couramment gâcher la fête, sans compter que les scènes de possession à base de jurons, d’objets volants et de matière liquides non identifiées ne cherchent aucunement à faire la différence avec son modèle.

Ce qui aguiche l’oeil et l’esprit, c’est déjà le changement de décor, avec une prise très intéressante en terre catho : l’introduction et son cortège de miraculés, possédés, déments et pèlerins illuminés plantent un cadre chargé de fièvre et de croyances qu’on pouvait difficilement croiser à Washington. Adieu jeunesse aussi, avec une héroïne cette fois adulte, dont la source des maux remonte à une vie antérieure démoniaque (révélée par une séance d’hypnose) et à une sévère frustration sexuelle : paralysie psychosomatique, sentiment d’abandon, relents incestueux. On a le choix, mais le doute n’est pas permis quant à l’illustration du mal.

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Aux côtés de comédiens plus flexibles dans le genre (Mel Ferrer, Anita Strinberg ou Alida Valli) Carla Gravina y fera sa seule excursion dans le cinéma bis, tantôt fragile, tantôt vénéneuse, mais une sacré excursion tout de même : dans la meilleure scène du film, sa sieste se métamorphose en songe érotique, puis en envoûtement, l’a plongeant dans une scène de sabbat orgiaque où se mêle sacrifice d’animaux, viol démoniaque et zoophilie ! Assurément le plus bel écart par rapport au film de Friedkin.

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C’est justement dans ses élans mi-gothiques, mi-baroques, proche parfois de l’apocalyptique Alucarda, que L’antéchrist trouve sa meilleure parade à son modèle, auquel il s’accroche (hélas) à force de blasphèmes et de scènes de lévitation, peut-être par goût pour la facilité (pas vraiment déboulonné, Martino tournera d’ailleurs plus tard un Omen-like avec Kirk Douglas, le tout aussi sympathique Holocaust 2000). Mais il y a ce petit grain de folie qui n’appartient qu’au cinéma bis italien, toujours au bord du mauvais goût, de la folie, du grandiose, comme la musique stridente, chargée, tout en orgue de Morricone, accompagnant une lutte finale dans le Colisée de Rome, inondé d’une pluie salvatrice.

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