Der Fan (1982) Eckhart Schmidt : Mon premier c’est désir

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Honteuse d’avoir tournée tant de scènes de nue, Desirée Nosbuch, aujourd’hui présentatrice teutonne très populaire, a tenté vaillamment de châtier la sortie du film qui était censé la monter au pinacle, le très radical Der Fan. On ne peut pas dire en effet qu’elle tapait dans le même registre que celui de Sophie Marceau dans La boom

Procès perdue malgré tout, pour un film qui ne dépassera guère les frontières allemandes, ou alors de si peu (au Japon ou en Angleterre, où il sera retitré Trance). Et en France, n’en parlons pas…

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On ne peut donc pas vraiment dire que Der Fan (qu’il ne faut pas confondre avec The fan, autre thriller de fanatique tourné l’année précédente aux States) soit un film culte, mais plutôt une perle noire sauvée des eaux : l’année dernière, l’éditeur Mondo Macabro a eu la joyeuse idée de l’extirper des limbes en blu-ray.

Souvenez-vous (si vous pouvez), c’était l’époque de Stars Club et de Ok !. Enfin plus ou moins. Et George Michael ou David & Jonathan finissaient généralement collés sur un mur, façon autel à fantasmes pour midinettes en fleur. Premiers émois, paroles par coeur et hystérie générale à chaque diffusion de clips. C’était les années 80 (ou avant, ou un peu après qu’importe).
Simone est de celles-là. Une fan. Elle adore R, un chanteur de cold wave ténébreux, façon bac à glaçons de rêve. Mais Simon ne se contente plus d’accrocher des posters, non. Simone est loin, très loin. Elle fuit les garçons, ne travaille plus, ne mange presque plus. R est son unique raison de vivre.

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Les langueurs de son héroïne, ses errances et sa voix off : il n’en faut pas plus pour planter un décor répétitif, morne et terrifiant, celui d’une ado qui n’a plus qu’un sens à sa vie. Pas très docile et très légérement asociale, Simone manque de frapper son père, agresse le facteur et squatte à la poste, attendant la réponse (qui ne viendra jamais évidemment) à ses lettres enflammées. Les chansons de R se suivent et se ressemblent, nimbant le film dans une boucle bizarre. On pense parfois au premier acte de Moi Christiane F, avec sa teen paumée rêvant de Bowie et son look de clip glauque.

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Il est extrêmement difficile de parler de Der Fan sans spoiler : car oui, Simone rencontrera son fantasme, qui en fera sa groupie docile jusqu’à que la séduction dérape. Couronné par un virage macabre, Der Fan est un film à l’issue inéluctable, évidemment, où le sexe sans plaisir, les visages éteints et l’horreur frontale font l’effet d’une lame froide sur la peau. Son rythme dégénérescent et sa froideur de glace annoncent déjà le cinéma d’Haneke, qui deviendra roi dans la manière de passer du quotidien à l’horreur avec la même minutie. Mais Der Fan était déjà là.

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