L’Express de Minuit #27 – Janvier 2016

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* Les filles du moyen-âge, de Hubert Viel : Alors que les garçons jouent à la console, trois gamines se morfondent dans leur salon. Le moment idéal pour que ce vieux briscard érudit de Michael Lonsdale vienne attirer leur curiosité avec une anthologie de contes médiévaux. Le but ? Plus que les distraire de l’ennui, c’est leur rappeler aussi que la place de la femme n’était pas celle que l’on imagine à cette époque. Tourné dans un 16 mm fragile, Les filles au moyen-âge fait assurément parti des rares merveilles que l’on peut croiser aujourd’hui dans le cinéma français, grand moment de poésie pour petits et grands à la malice infinie. Jamais empêtré dans son argument éducatif, cet adorable ovni pourrait s’apparenter une kermesse d’école organisée par Dreyer et Rohmer. C’est dire si c’est chouette et singulier.

bang

* Bang Gang : Une histoire d’amour moderne, de Eva Husson : Biarritz, l’été. Ils sont jeunes, ils sont fous, ils baisent. Voilà. Une larryclarkerie qui ne se cache pas (et meilleure que le dernier Clark justement), ni trop trash, ni trop prude, rehaussée par une très jolie réalisation. L’été filmé comme un moment suspendu, rêvé : oui, on aime bien. Pour un premier film, Bang Gang est incontestablement beau, attachant même, malgré ses défauts très français (le casting, pas très convaincant, même si on espère revoir Marilyn Lima et ses faux airs de Jeanne Goupil).

danish* Danish Girl, de Tom Hooper : Taillé pour les oscars, Danish Girl et sa première femme trans’, à défaut de sentir la folie, les envies, les désirs, la fièvre, veut tout millimétrer. Des décors admirables, ciselés comme des peintures, des comédiens qui pleurent et qui tremblent à la demande, un peu de pathos mais sans empathie. C’est un peu dommage, et en même temps très prévisible, même pour un sujet LGBT à Hollywood. Un rythme chaotique où se perd quelques jolis moments (le mimétisme devant la cabine à strip-tease), mais trop paralysé pour convaincre.

tumblr_o0nommY3kX1qcd6r7o2_1280* Carol, de Todd Haynes : Années 50. Elle, vendeuse, petite chose promise à une vie ennuyeuse avec un fiancé collant. Elle aussi, bourgeoise un peu hautaine, facile, langoureuse, en plein divorce. Elles vont s’aimer, pas à pas, tâtonnant dans le brouillard de l’interdit. On pensait assister à une redite de Loin du Paradis, où Todd Haynes imitait avec maniaquerie Douglas Sirk pour parler des barrières du désir. Le grain du 16 mm, les flottements, la sensualité plus vraiment suggérée (très belle scène d’amour) : non Carol sera décidément un autre film. Élégant et distant sans doute, jusqu’à que l’émotion commence enfin à agiter ses personnages. Un coup de téléphone, un sourire, une déclaration. Feutré, tout en velours. Et c’est beau.

mistress* Mistress America, de Noah Baumbach : Une étudiante solitaire et incomprise rencontre sa futur belle-sœur, wanabee new-yorkaise égoïste, bavarde et insupportable. Sa nouvelle muse quoi. Baumbach continue de l’a jouer Woody Allen d’un nouveau genre, avec du cinéma garanti 100 % hipster. C’est soit imbitable, soit irrésistible. Et ça file comme un train, ça dérape, ça vire de bord, avec du vaudeville, et des personnages qu’on est toujours à deux doigts de détester. Pas mémorable mais léger, drôle. Une comédie bulle quoi.

spot* Spotlight, de Tom McCarthy : Sujet en or, sujet choc : où comment une petite poignée de journalistes ont mis la main sur une bombe à retardement, un secret brûlant, à savoir les exactions pédophiles que dissimulent l’Église partout où ils peuvent. Neutre, froid, enfermé dans une ascèse de bureaucrate, les américains adorent. Si on veut voir un film investigation/wikipedia, le pari est réussi. Si on veut voir du cinéma, des performances d’acteurs (ici tous sur la même ligne) et une enquête dynamique, c’est loupé. Bref, on s’en tape.

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