Turkish Delight (1973) Paul Verhoeven : Drunk in Love

Delicias turcas. P. Verhoeven. (1973)

Nous sommes au début des 70’s : enfant terrible à peine remis d’une comédie grivoise sympathique suivant le quotidien de deux prostituées hollandaises, Paul Verhoeven n’était pas encore celui qu’on appellera le hollandais violent. Avant ce qui sera son attentat cinématographique avec Spetters, Turkish Delight posait déjà des fondements irrévérencieux. Si le bonhomme voulait ébranler le cinéma hollandais, il avait fait le bon choix : signer l’adaptation des Délices de Turquie, roman emblématique de la libération sexuelle, une des rares (seules?) œuvres de Jan Wolkers a avoir été traduite chez nous. Et à (re)lire d’urgence.

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Après le fameux Je suis curieuse, mais avant Les valseuses, d’autres enfants agités de cette génération, Turkish Delight frappait très fort. Bilan ? Zéro rides au compteur, malgré le verni seventies, malgré les décennies qui ont passé, car une histoire comme celle-ci, si déchirante, si grotesque, si passionnelle, on l’a rejoue, encore et encore. Et cette histoire, c’est la passion entre Eric, un artiste anti-conformiste et Olga, une jolie rousse, qu’il rencontre en stop dans des conditions tragi-comiques qui annoncent la couleur (lui se coince les bijoux de famille dans la braguette après un coït et elle manque de mourir).

Intenable, Verhoeven débute son film sur des images de vengeance, de torture et de crasse qui en disent déjà long sur son tempérament. On imagine aisément les spectateurs de l’époque outrés dès cette ouverture rentre-dedans, enchaînant violence imagée et baise hilarante. Mais il faut dire que le jeune hollandais se contentait pourtant de suivre à la lettre le chef d’oeuvre de Wolkers.

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Verhoeven a la sens du rythme, de l’humour, et baigne dans le même esprit contestataire que l’écrivain qu’il adapte ou même que le personnage d’Eric (incarné par un Rutger Hauer qu’on devine également assez peu sage). Et il fallait du culot pour conserver tous les moments infernaux et géniaux de cette romance orageuse, avec un personnage de femme-enfant perdant la tête qui rappelle de temps à autre ce que deviendra 37°2 le matin et son couple Betty/Zorg.

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Le talent de Verhoeven, c’est de croiser son jusqu’au boutisme trash (Eric vomissant littéralement sur un banquet de bourgeois, un viol conjugal désespéré) et une sensibilité exacerbée : lors d’une ballade sur la plage, chaque geste des amants semble insouciant, et annonce pourtant la fin de leur histoire. C’est aussi l’audace de décrire une histoire d’amour sans fioritures, qui ne néglige pas l’intimité de ses personnages (fluides corporels et compagnie), leur beauté et leur bêtise. Parce que tout est laid, tout est magnifique, que la vie réserve son lot d’horreurs (description de la mort et la maladie dans ce qu’elles ont de plus sale et de plus avilissante) et de folie. Parce que la réalité c’est ça, et ça fait mal.

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