Scream Queens – Saison 1 (2015) : Les Filles de l’Horror

Sans doute un peu triste d’avoir enterré son bébé Glee dans une indifférence assez révélatrice, Ryan Murphy ne peut s’en remettre qu’à American Horror Story, son autre monstre toujours dans la nature. Mais pas question de s’arrêter en si bon chemin : alors que American Crime Story est annoncé pour le début de l’année 2016, Scream Queens fait son entrée sur la Fox quasiment au même moment que la Saison 5 de American Horror Story. Arrosé d’un teasing comme toujours très réussi, la série tente le tout pour le tout : réunir les fans de Glee et ceux d’American Horror Story…ou en tout cas plus précisément ceux d’une saison, en l’occurrence celle de Coven.

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Il est évident qu’au bout de quelques minutes de visionnage, Scream Queens est une série née de deux traumatismes : celui de la découverte de Emma Roberts dans Scream 4, et du visionnage de Detention, meta-slasher gourmand, ultra-référentiel et complètement barjo malheureusement passé inaperçu en France. Si déjà Coven (dont il reprend un décor très similaire) mettait très bien en avant Roberts (son « Surprise Bitch » devenu culte), Scream Queens sera un show entier à la gloire de cette créature pétillante et arrogante.

Molletonnée dans ses tenues fashion, imbuvable, méchante et ouvertement raciste, Chanel Oberlyn sera son nouveau costume taillée sur mesure, dirigeant avec un élitisme démesuré une sororité bientôt menacée par un tueur masqué. Entourée de ses comparses (aussi génialement insupportables qu’elle), elle ressuscite à elle seule l’image de la pure fille populaire façon teen movie d’antan, de Heathers (dont Murphy reprend toute l’imagerie de groupuscule bitchy) en passant par Clueless, Jawbreaker ou Mean Girls. Que de souvenirs…

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Si les quatre comparses (dont la pop star Arianna Grande – vite évincée – et Abigail « Little Miss Sunshine » Breslin) animent à elles seules parfaitement le show, il faudra compter sur de nombreux autres personnages : Grace l’oie blanche (personnage le plus premier degré de la série et donc, le plus inintéressant), Hester la freak de service (Lea Michele, à cent lieues de Glee), Chad le petit ami débilo (et un peu nécrophile sur les bords), la doyenne impitoyable (Jamie Lee Curtis, incroyablement en forme dans un perso évoquant malgré tout la Sue de Glee), Denise l’agent de sécurité (Niecy Nash a été vite considéré– à raison – comme le personnage le plus drôle de la série), Pete le petit journaliste fouineur…

À l’inverse de AHS, qui tentait d’abord de déranger son audience avant de l’a faire sourire au moment le moins propice, Scream Queens souhaite d’abord titiller les zygomatiques puis privilégier l’horreur fun, décapitant une sourde muette à la tondeuse à gazon, démantibulant une bande de bourgeois surexcités sur fond de Backstreet boys, ou montre une victime agonisante incapable de décrocher de Twitter ! L’adage « plus c’est con, plus c’est bon » n’a jamais été aussi éloquent.

Ouvertement plus parodique, Scream Queens c’est une imagerie 80/90’s totalement assumée (la b.o valsant entre TLC, Billy Idol, Alphaville, The Bangles…), des références ciné déglinguées (les cours de ciné hilarants, le labyrinthe de Shining recréé pour Halloween, des perso évoquant Face à la mort ou Le clan de la caverne des ours !) et une avalanche de vannes destinées à devenir instantanément cultes par la force des gifs et des quotes. Sa méchanceté, ses crêpages de chignons, ses personnages hystériques et ses œillades au public LGBT (tout comme Coven donc) en font un sommet d’humour Camp. À tel point que la série a vu ses scores télé dégringoler à la vitesse de la lumière : si les audaces de Murphy ont toujours été payantes dans ses séries précédentes, ce coup d’essai n’a pas eu l’accueil escompté.

Avec ses dix milles gags à la minute et son humour façon acide sulfurique (tout le monde s’en prend la gueule), Scream Queens est too much, tout le temps, et on pourrait difficilement lui reprocher, tant elle reste l’une des séries les plus drôles de ces dernières années. Ce qui marche moins, avouons -le, ce sont les règles délirantes délivrées par Murphy, qui grignotent le whodunit, à la fois assez fantaisiste pour être fun et tordu, et à la fois trop pour être vraiment solide et cohérent.
Deux ou trois épisodes en moins n’aurait pas été de refus, tant cette chasse au diablotin (rappelant d’ailleurs un peu trop la saison du découpeur de Nip/Tuck) essaye de se rallonger par tous les moyens possibles : quelque peu épuisé et un brin lassé, on en revient à moins apprécier la fin de la série (wtf évidemment et un poil bâclée aussi) que son début. Mais l’écriture borderline, Murphy connaît, et ce n’est pas AHS qui dira le contraire. Malgré l’échec, une Saison 2 (il s’agira d’une anthologie une fois de plus) ne serait pas à exclure : dans le doute, on acquiesce.

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