L’Express de Minuit #25 – Novembre 2015

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* Knight of Cups, de Terence Malick : On s’inquiétait beaucoup de la tournure de la filmographie de Malick à la vue de À la merveille, histoire d’amour et de désamour modeste, bien que belle, qui sous-entendait un mélange de régularité et de laisser-aller de la part de son auteur. Arrivant lui aussi avec une discrétion surprenante, Knight of Cups suit le même chemin, mais en pire : golden boy hollywoodien effacé, Christian Bale (transparent) voit les femmes de sa vie, ses conflits familiaux, ses turpitudes défiler comme un journal mental flottant, déroulé au grès des envies. Si on arrivait à cerner les tenants et les aboutissants de To the Wonder, car universels, ceux de Knight of Cups nous laissent très vite sur le trottoir. Le casting quatre étoiles est alors réduit à l’état de figurant et de fantômes, tous traversant le film en forme d’énigmes, se tortillant en vain dans des scènes sans intérêt arrosées d’ésotérisme de bazar. Abandonnant pour la première fois la pellicule (et le résultat est bien triste), Malick filme une L.A bouillonnante et bizarre comme on aime, mais se répète dans une suite de séquences désincarnées, dénuées de frissons. La coupe est pleine.

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* Le fils de Saul, de Lazlo Nemes : Un film sur l’Holocauste et personne ne hurle ? Lazlos Nemes, chef op’ attitré de Bela Tarr, a trouvé la solution : ne rien montrer, ou si peu. Cloisonné autour d’un sonderkommando (des juifs ayant servis de sou-fifres aux nazis dans les camps), Le Fils de Saul impose un parti-pris audacieux, qui sait impressionner les premiers temps : un flou, un silence, puis soudain le bruit, la foule. On entendra l’horreur (cris, coup de feu, mains qui tambourinent aux portes des chambres à gaz…) mais on ne la verra pas. Concept fort, qui s’essouffle en raison d’une dramaturgie plus symbolique que passionnante (le sauvetage d’un corps) mais insuffisante pour retranscrire un choc semblable à celui de Requiem pour un Massacre, oeuvre référence de Nemes.

SPECTRE

* Spectre, de Sam Mendes : Très attendu mais déjà mal aimé, Spectre a eu la (mauvaise ?) idée de ne pas réitérer l’expérience Skyfall, en disant adieu à l’orgie visuelle de Roger Deakins et au pied de nez du mythe Bond. Ce qu’il en reste est certainement plus classique (retour du gunbarrel au début du film, méchant à l’ancienne ressuscité, poursuites improbables) mais n’en fait pas pourtant un mauvais Bond. Suivant des tableaux étranges et quasi-éthérés (la fête des morts à Mexico, les blanches montagnes autrichiennes, les ruelles vides de Rome, les ruines du MI6, le désert Marocain…), Spectre prolonge l’expérience d’un Bond mortifère, quasiment sur la sellette, jusque dans un générique une fois de plus époustouflant, véritable fantasmagorie romantique et funèbre entre fantômes et tentacules. À quelques détails près (Léa Seydoux, triste miscat balancée dans une idylle ridicule), on passe quand même un vrai bon moment.

hermine

* L’hermine, de Christian Vincent : D’habitude l’apanage du cinéma ricain, le film de procès trouve ici un répondant français étonnant, croisant scènes de barreaux et romance lointaine, dans le genre « ils se sont aimés, ils se retrouvent ». Évitant toute mièvrerie, L’Hermine a surtout le bon goût d’élever, au milieu d’une faune très strip-tease (starring Corinne Masiero dans le rôle de Corinne Masiero), un Luccini à contre-courant (froid, sérieux, bougon, intègre) et une sublime Sidse Babett Knudsen (ici à mille lieues de son rôle de maîtresse dominatrice de The Duke of Burgundy). Aux côtés de cette idylle fragile, une œuvre bien menée (comment le beau ressurgit au grès d’une affaire infanticide sordide) mais pourvu du charisme d’un téléfilm falot (mais qui a éteint les lumières ?). C’est joli pour un prime time F2 : hélas, c’est bel et bien sorti au cinéma.

nuits* 21 Nuits avec Pattie, de Arnaud et Jean-Marie Larrieu : On savait pertinemment que réduire le nouveau film des frères Larrieu à une petite comédie estivale (merci la promo) serait un crime. Après leur ballade en territoire Djian (plutôt pas mal pour une sortie de route d’ailleurs), les revoilà en terrain connu et conquis : la comédie libertine. Quand une parisienne sage et tristoune s’en va enterrer sa mère au fin fond de la cambrousse, la voilà sur la piste du cadavre, curieusement volatilisé, voire peut-être kidnappé par un nécrophile in love. Paumée entre une voisine obscène (Karin Viard, absolument géniale) et un mystérieux écrivain, elle se replonge dans un univers de malice, de frustrations et de frissons, avec au bout, la promesse d’un désir galopant. Captant avec une poésie sidérante l’atmosphère bizarroïde et enivrante des fêtes de village, les deux larrons dessinent un conte macabre et hédoniste, carrément aux portes du fantastique (forêt noire, orage fantasmagorique et fantôme dansant). De quoi rester éloigné de la comédie française actuelle, jusque dans un hommage totalement inattendu au Nécrophile de Wittkop. Sans doute, le film français de l’année.

frank* Docteur Frankenstein, de Paul McGuigan : On ne compte plus les parodies, relectures, resucées, réadaptations…et après le passage de Penny Dreadful, on se demande comment certains producteurs ont pu se jeter à corps perdus dans un projet pareil. Si l’angle se révèle plus judicieux que prévu (plus de crédit aux savants, et moins à la créature), le résultat s’embourbe, scène après scène. Radcliffe, incroyablement laid, contient à peine les débordements de McVoy, qu’on a rarement vu aussi inssuportable. Dans une plastique boursouflée tendance Sherlock Holmes (version Ritchie) / Burton (des dernières années…), les tripatouillages d’outre-tombe lassent, achevés par un sceau PG-13 et un monstre raté. Sans compter un perso féminin purement décoratif et un « méchant » incarné par un Andrew Scott definitivement enfermé dans son rôle de Moriarty. Sacrément pénible.

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