L’histoire sans fin (1984) Wolfgang Petersen : Le compte des contes

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Loin de l’époque des bit lit et des sagas littéraires (la notre donc) qui se rêvaient déjà sur grand écran, L’histoire sans fin s’était engouffré dans une brèche manifestement ouverte par un certain Star Wars : le public était prêt à embrasser de nouveaux imaginaires, et si possible avec le plus d’effets spéciaux imaginables. Après la mythique année 82, difficile de refaire marche arrière : nous étions à une époque de faiseurs de rêves.

Ambitieux, intelligent et assez riche pour au moins alimenter une trilogie entière, le livre originel de Michael Ende est finalement moins resté dans les mémoires que le film lui-même, alors qu’il devance de plusieurs années le renouveau de la Fantasy jeunesse (il ne serait pas étonnant qu’un remake resurgisse un jour ou l’autre…bien que la mode semble manifestement passée). Le film de Wolfgang Petersen lui, ne reprend que le premier tiers du livre, coupant ça et là quelques éléments pour équilibrer le budget : mécontent, Ende n’hésitera pas à pousser une gueulante, avant de perdre son procès.

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Pas très difficile d’imaginer le regard adulte, un brin acéré, sur le film à sa sortie : incontestablement le même que la majeure partie des blockbusters tout public de cette époque ; on n’y verra pas plus qu’une simple machine à effets spéciaux, que beaucoup jugeront désuète aujourd’hui. Heureusement, il y a encore une génération qui se souvient des chevauchées à dos de dragon velu (et du formidable thème épique de Klaus Doldinger qui les accompagnaient), de cheval tristement enlisé, de nuages multicolores, d’une tour d’Ivoire scintillante, de karaoké sur la chanson de Limhal : la nostalgie est décidément un écrin de rêve.

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Il serait dommage de réduire L’histoire sans fin à un divertissement bête et joli : la très belle mise en abîme de Ende sur la mort de l’imagination de notre monde, est magnifiquement servie, bien qu’écourtée par rapport au livre original. Ce qui est par contre plus étonnant, c’est de voir comment la noirceur d’un réalisateur comme Petersen contamine la plastique féerique : à l’époque, l’homme comptait sur son CV Le bateau et La conséquence, deux œuvres dépressives et anxiogènes (en particulier le second, cousin de L’homme blessé). Et à une époque où même les productions Disney mettaient en scène des rêves de fantasy à l’agonie (avec par exemple Oz : un monde extraordinaire, Le dragon du lac de feu ou La foire des ténèbres), L’histoire sans fin prend ses marques sur une structure désenchantée : parce qu’il ne peut surmonter le deuil de sa mère et se défendre contre les violences qu’il subit à l’école, le petit Bastien se réfugie dans la lecture d’un bouquin magique volé, qu’il s’empresse de dévorer à l’abri des regards après avoir fait l’école buissonnière. Une histoire sans fin…ou sans joie ?

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Tous les choix de Petersen s’appliquent à déconstruire l’éclat idyllique attendu pour ce type de production familiale : dès sa première étape, Atreyu, à la fois guide et bras de Bastien dans le monde imaginaire de Fantasia, perd son seul compagnon (la mort du cheval Artax, lacrimalement très agressive et assurément traumatisante pour toute une génération) et vit un chemin de croix dans des marécages de la mélancolie, où il perd déjà toute sa force et sa prestance, roulant, pataugeant, se vautrant dans la terre et la boue. Si tout le ventre mou autour de Falcor et du couple de gnomes calment le jeu, le film accumule les détails incommodants, bizarres, même encore pour aujourd’hui (le cadavre calciné du chevalier, les sphynx à la poitrine opulente, le regard terrifiant de Gmork et son éventrement filmé en gros plan, les ruines de Fantasia ou les scène de destruction au ralenti).
Des « dérapages » qui font de L’histoire sans fin un très curieux cas de film fantasy familial à la beauté sinistre et précieuse. Une étrangeté qui justifie à elle seule la facilité du happy-end rutilant et joyeux : une chose est sûre, c’est qu’on a toujours envie de monter sur le dos de Falcor.

https://youtu.be/7Vf2sDgeu7k

LE BONUS : 

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* L’histoire sans fin II : Un nouveau chapitre (1989) George Miller : Si seulement le second, le vrai George Miller aurait pu engendrer cette séquelle…car il ne s’agit que d’un homonyme, hélas bien moins talentueux (voire même pas du tout) qui embraya sur ce nouvel opus. Adieu toute l’équipe du premier film, qu’on aurait tant voulu revoir à l’assaut de Fantasia, ici menacée par une sorcière qui cherche à vider le monde de l’imaginaire de l’intérieur. Passé un nouveau casting qui ne possède pas une once de la fraîcheur du premier, pas grand-chose ne marche ici : fx poussifs, personnages antipathiques, bons sentiments à la truelle. Même la seconde partie du bouquin, dont il s’inspire, est réduite à peau de chagrin. Malgré une bonne tenue visuelle (et encore…) et plus d’action que le premier film, la sauce ne prend décidément pas.

histoire-sans-fin-iii-94-01-g* L’histoire sans fin 3 : Retour à Fantasia (1993) Peter MacDonald : Après un Rambo 3 déjà pas bien folichon, il faut croire qu’il y avait encore un troisième opus inutile à refourguer à ce tâcheron de Peter MacDonald. Avec l’horrible star (maintenant oubliée) de Sauvez Willy en tête d’affiche, ça ne commence déjà pas fort : tout le reste est pire encore. Réduite à une forêt en plastique, Fantasia voit ses habitants foutrent le boxon dans le monde réel, où Bastien tente de maîtriser les ravages de l’Aurine (dont sa demi-sœur se sert pour faire…du shopping, no comment). Stupide (des gnomes qui débarquent par Fedex, le mangeur de pierre qui chante sur sa « moto »), très moche et à mille lieues des précédents opus, ce troisième essai enterre définitivement (ou presque si l’on compte la série animée et les tv films tardifs) la saga.

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