[L’heure du bilan] L’Étrange Festival – 21ème Edition

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Après avoir soufflé ses vingt bougies l’année dernière, L’Étrange festival est revenu cette année, comme à son habitude les bras chargés de bizarreries. Le programme court a fêté son anniversaire en décalé, deux nouvelles sections ont fait leur apparition (Mondo Vision et Nouveaux Talents) et les cartes blanches (à Guy Maddin, Ben Wheatley et Benoit Delépine) ont permis de redécouvrir des titres plus qu’appréciables (La forteresse noire, Pee-Wee Big Adventure, Un château en enfer, Sensuela ou Marketa Lazarova). La compétition et ses sections parallèles sont alors au menu de ce bilan, particulièrement mitigé. Le cinéma de genre se fatigue, on le sait, et le sang neuf a manqué. Quelques titres attendus mais absents (The Witch, Felt, Green Room, Der Bunker, Deathgasm…) laissent planer un petit espoir pour le futur…
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* Brand New-U, de Simon Pummel : On se demande très sérieusement comment un tel film a t-il pu être choisi pour ouvrir les portes du festival ? Présenté comme une nouvelle sensation de la science-fiction (WTF), Brand New-U brasse désespérément des thèmes déjà aperçus partout en mieux, véritable rejeton difforme et tardif de Ouvre les Yeux. Difficile de se sentir concerné ou attendri par cette histoire d’organisation louche brisant un couple neuneu, avec tripatouillage d’identité, clonage et chantages à la clef. Malgré les yeux de poupées de la jolie Nora-Jane Noone, tout semble vain, laid, inconsistant, glacé et affreusement poseur. Et cerise sur le gâteau, totalement incompréhensible : mais a t-on réellement envie de comprendre tout ça ? Franchement, non.

 

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* Emelie, de Michael Thelin : Pour leur anniversaire de mariage, un couple de quadra bien propres sur eux se retrouve à changer de baby-sitter au dernier moment. D’une fraîcheur désarmante, la nouvelle recrue emballe les trois petits monstres et applique de surprenantes méthodes anticonformistes qui vont virer à l’intimidation, puis à la terreur pure et simple. Thriller domestique dérapant en home-invasion, Emelie entretient son malaise avec brio durant sa première partie, offrant l’occasion rêvée à la sublime Sarah Bolger de livrer une performance perverse et tordue comme on aime. Lorsque le mystère se désépaissit à mi-parcours, l’intérêt retombe gentiment jusqu’à un final bien tiède. Pas totalement réussi, mais efficace tout de même.

 

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* The forbidden room, de Guy Maddin : Magicien de l’image, adorateur d’un cinéma fantôme couvert de poussière et de souvenirs, de visages blafards et de trompe l’oeil, Guy Maddin continue son bonhomme de chemin avec cette immense poupée russe filmique, où une histoire débouche sur une histoire, qui débouche sur une histoire, puis sur une autre… Fatiguant, exaltant et unique, tourné entre le Canada et Paris (ce qui explique que l’on croise Mathieu Almaric, Adèle Haenel, Amira Casar, Jacques Nolot…), ce rêve gigantesque et monstrueux n’est cependant réservé qu’à ceux qui le veulent bien, tant la forme est aussi généreuse que décadente (images déformées en permanence, filtres de couleurs en pagaille…)…pour ne pas dire lassante. Vous êtes prévenus.

 

turbokid* Turbo Kid, de François Simard, Anouk Whisell et Yoan Karl Whisell : Recalé de l’anthologie ABC’s of Death (mais visible ICI), T for Turbo était un hommage fauché et cartoonesque aux post-nukes des 80’s, qui avait vite fait de ravir la toile. La suite de l’aventure, c’est que ses auteurs en ont fait un long-métrage qui reprend sur 1h30 ce qu’ils avaient très bien résumé en cinq minutes. Il faut pourtant avouer que ce cross-over entre une production Amblin et Mad Max dans un ton très « cool kids never die », déborde de sympathie. Mais malgré les gadgets, les clins d’œils, les effets gores à la Peter Jackson période Braindead et la bonne volonté, le résultat manque indéniablement de surprise et de spontanéité. Le cool pour le cool (comme l’était King Fury), c’est rigolo mais un peu fatiguant.

 

another-sales-art* Another, de Jason Bognacki : Gonflage d’un court-métrage (ce qui n’annonce rien de bon), Another fut apporté dans une section parallèle du festival comme un somptueux et délirant hommage au giallo. Sauf que le résultat ressemble davantage à un épisode gore et ultra-fauché de Charmed, faisant illusion durant deux minuscules minutes avant d’échouer à force de plans tarabiscotés, d’actrices cabotines (même si on aime bien cette ogresse de Maria Olsen), d’éclairages hasardeux changeant d’un plan à un autre, de fx made in final cut et on en passe. Un calvaire court, mais un calvaire tout de même, qui n’avait aucunement sa place par ici.

 

The-Dark-Below* The dark Below, de Douglas Schulze : Pendant une heure et des poussières, une malheureuse jeune femme se retrouve emprisonnée de force sous la glace par un mystérieux tortionnaire. Voilà donc pour le concept de The Dark Below, qui essaye de faire bonne figure tant bien que mal (réalisation plutôt correcte malgré le faible budget, aucun dialogue) mais se plante dans les grandes largeurs. Totalement improbable (et donc risible), noyé sous une musique envahissante et répétitif à souhait (pauvre actrice principale qui passe son temps à sortir et à replonger dans son trou), le résultat laisse…froid. Forcément.

 

SCHERZO* Scherzo Diabolico, de Adrian Garcia Bogliano : Bien qu’inégaux, Late Phases et (surtout) Here Comes the Devil du même réalisateur attestaient d’une personnalité bien trempée. C’est aussi le cas de ce film de vengeance (et un peu de torture aussi, sorry) mexicain dont le titre digne d’un giallo emprunte un peu la mauvaise route. Dans cette fable totalement immorale, un cadre à la vie médiocre devient un tortionnaire du jour en lendemain et décide de séquestrer une pauvre adolescente qui n’en demandait pas tant. Par un curieux hasard (à moins que…), sa vie en devient étonnement meilleure ! Si l’ensemble n’est pas spécialement très convaincant ou très fin, Bogliano a le mérite d’être sans pitié (l’épilogue gore et improbable) et affine son style malgré son maigre budget (les plans en drones, étonnants). La meilleure idée reste tout de même la place donnée à une compil de musique classique, utilisée parfois n’importe comment certes, mais dont les répercutions sur le récit seront apocalyptiques.

 

nina* Nina Forever, Ben & Chris Blaine : Avec un sujet rappelant beaucoup le récent Burying the Ex, Nina Forever trouve tout de même le moyen d’amener cette histoire d’ex petite amie morte-vivante de la manière la plus originale qui soit. En effet, lorsque l’idylle entre un célibataire veuf et un jolie urgentiste commence, les tourtereaux se rendent compte que chaque ébat sexuel fera (hélas) apparaître dans un bain de sang la défunte compagne de monsieur ! Maîtrisant assez bien l’absurdité, la bizarrerie, l’érotisme (un ménage à trois nécrophile, c’est pas très commun non ?) et la tristesse (le deuil, l’engagement) du sujet, Nina Forever ne convainc hélas pas totalement. Malgré un trio d’acteurs très surprenants (Abigail Hardingham est une Mila Kunis british plus intéressante que l’originale et Fiona O’Shaungnessy est hallucinante en revenante blasée et sanguinolente), le film ne fait guère évoluer son idée de base. Audacieux mais limité.

 

cooties* Cooties, de Cary Murnion & Jonathan Millot : le zombie-flick/films d’infectés pas mort ? Et non, toujours pas. Sans renouveler le genre, Cooties est pourtant un divertissement horrifique idéal pour un festival, un vrai moment pop-corn jouissif comme il faut. Croisement hilarant entre Les révoltés de l’an 2000, Breakfast Club et un film Troma, Cooties force une tribu de profs (le bœuf, la psycho rigide, le petit looser, l’ingénue, le timide, le stressé…)à  se serrer les coudes pour affronter une attaque de gosses contaminés devenus enragés. Elijah Wood continue son ascension croustillante dans le genre (se faisant au passage insulté de hobbit) et il le fait avec décontraction : pas de doute, ce Shaun of the Dead de cour de recré est un petit régal.
annafritz* The corpse of Anna Fritz, de Hector Hernandez Vicens : Quand le cadavre d’une actrice célèbre déboule dans une morgue, un trio de potes ne pensent qu’à profiter des charmes du corps. Un point de départ sordide évoquant autant Aftermath que DeadGirl, mais ne finissant par ne ressembler à aucun des deux, puisant son orientation davantage vers Le veilleur de nuit, grand « thriller de morgue ». Carré et efficace, le résultat surprend par la maîtrise de ses maigres ressources, son côté dégraissé, sa cruauté, mais ressemble davantage à une belle carte de visite, qu’à un futur classique du thriller. Pas sûr qu’on y jette un oeil une seconde fois hélas.

 

baskin* Baskin, de Can Evrenol : Parrainé par Twitch et annoncé comme la bombe du festival, Baskin vient d’une Turquie dont a surtout en tête quelques nanars épicés (dont certains furent projetés cette année à l’Étrange, comme Tarkan ou Seytan). L’évidence est qu’on a rarement envie de rire devant ce premier long déchaînant les enfers sur une escouade de flics paumés dans la nuit. Si le film est loin d’être la révélation annoncée, c’est sans doute à cause de son trop plein de déjà vu, Evrenol étant visiblement un amoureux très référencé, trop concerné à offrir un best-of du genre de ces 10 dernières années. En tout cas, cette bête de festival (puisque c’est le cas) reste tout de même attachante : assez pour qu’on revienne dessus sous peu.

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