The Lobster (2015) Yorgos Lanthimos : Vous êtes des animaux

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En découvrant The Lobster aujourd’hui, on est ravi par deux choses : que Canine, réalisé il y a six ans par le même bonhomme, n’était heureusement pas qu’un one shot bizarroïde, et qu’il confirmait la naissance d’un nouveau talent sérieusement barré. Dans son premier long, Lanthimos mariait la froideur assassine d’Haneke avec le surréalisme mordant d’un Bunuel : pas de doute, c’est toujours le cas. Après un Alps moins convaincant, les intentions demeurent, mais le style s’affine, et l’ambition gonfle.

Même pour ceux ayant découvert Alps et Canine, The Lobster sera définitivement un ovni. Sans doute parce que Lanthimos se retrouve tout simplement à la barre d’un co-production européenne avec un casting quatre étoiles, qui ne fait qu’amplifier l’irréalité de la chose. Un peu comme à l’époque où les stars n’avaient pas peur de faire trempette chez Ferreri, Bertolucci ou Fassbinder. Un temps où l’on avait flingué les portes de la décence. Où l’on pouvait tout se permettre.

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Alors qu’une voix-off paraphrase (volontairement) tout ce que l’on voit l’écran, un récit digne d’un sketch des Monty Python défile sous nos yeux ébahis : une société dystopique (située on ne sait où) condamne les célibataires, alors parqués dans un hôtel au milieu de nulle part, où ils auront 45 jours pour trouver l’âme sœur. Les perdants ont cependant le choix d’être transformer en animaux de leur choix via un mystérieux procédé.
À côté de cela, des bonus permettent également d’allonger le séjour (il faut buter les résistants se planquant dans la forêt d’à côté) et de nombreuses consignes n’hésitent pas à humilier les participants (contrôle de l’érection, masturbation interdite, bras ligoté…). Brave moustachu (Colin Farrell, tout rond et totalement inattendu) aspirant à devenir homard, David laisse traîner ses yeux de cocker dans les couloirs de l’hôtel. Mais plus pour longtemps…

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Musique assourdissante, sursauts maniéristes, paysages à la fois somptueux et lugubres) : pas de doute, Lamthimos voit plus grand, plus fou, et a conscience de l’objet bizarre (et friqué) qu’il a maintenant entre ses mains.

Découpé en deux parties distinctes, The Lobster emballe surtout lorsque l’action se déroule dans l’hôtel, où l’humour vicelard et acéré de Lanthimos colle parfaitement à cette cascade de règles absurdes, de veuleries et de méchanceté (toute le segment consacré à la « femme sans coeur », extraordinaire Angeliki Papoulia, ou une scène de suicide ratée à la fois hilarante et traumatisante) qui dégomme les institutions sacrées du couple. Toutes les âmes en peine de ce Overlook de l’amour tentent en effet de trouver leur conjoint par la voix du mimétisme (handicap, point commun, parcours de vie…), n’hésitant pas non plus à tricher pour s’assurer une vie confortable, et seront éventuellement assortis d’un marmot en cas de différents. Délire dystopique ou pas, ils n’ont rien à envier aux soi-disant amoureux de notre belle société.

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Deuxième versant : dans la forêt noire, une très méchante Léa Seydoux dirige des résistants en k-way forcés à la chasteté. Dehors, dedans : c’est l’horreur partout en somme. Les choses se compliquent lorsque notre célibataire à la moustache croise le grand amour, qu’ils se déclareront par tous les moyens bizarres possibles (lapins morts en guise de parade nuptiale, nouveau langage farfelu…). Bien que toujours drôle (l’étreinte embarrassante à l’heure du thé sur fond de Jeux Interdit, les hallucinantes scènes de « fêtes »…), The Lobster s’étire, se perd un peu, s’étire encore, à croire que Lanthimos tient toujours des concepts formidables mais sait rarement où s’arrêter. Embêtant, et en même temps on veut bien lui pardonner tant tout ce qui précède cette (trop) longue dernière partie semble venir d’une autre planète.

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