Hormona (2015) Bertrand Mandico : Femmes Femmes

hormona

Dans la caverne du cinéma français, il est encore possible de découvrir aujourd’hui des choses folles et ténébreuses. C’est possible, oui, surtout lorsque l’on croise un cinéma comme celui de Bertrand Mandico. Un cinéma difforme, mutant, grouillant, mais qu’on oublie jamais. Oui, ce genre de cinéma là.
Venu de l’animation, l’homme s’est exprimé avant tout, surtout et tout le temps par le court expérimental ; depuis quelques années, ses oeuvres prennent de l’importance, et gagnent en visibilité : le terrassant La résurrection des natures mortes, fable lyrique et charognarde, est projetée au festival de Venise avant d’être couplé avec Boro in the Box (hommage à Walerian Borowczyk, dont Mandico est aussi fan que expert) pour une sortie salle. Cette année, ces derniers travaux, dont l’imposant Notre dame des hormones, sont catapultés discrètement sous la forme d’une anthologie répondant au doux nom d’Hormona. En soit le ton est donné ; ce sera charnel, poisseux, libidineux. Il y aura ce quelque chose de féminin, d’organique. Et ça coule, ça suinte, ça dégouline. Comme sur l’affiche. Comme dans le titre. Comme dans notre corps.

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Mandico a tout de même son petit lexique à lui : il carbure au Super 16, préfère les effets primitifs, déteste la décence et n’a peur de rien. Sa faculté à filmer l’innommable dans le beau, et le beau dans l’innommable en ont fait l’un des rares grands fous qui pourrait adapter Lautréamont ou Bataille sans passer par la suggestion. Possédé par les esprits de Kenneth Anger, Shuji Terayama, Méliès et du Grand-Guignol, il régurgite une certaine idée de la décadence qu’on pensait avoir disparue des écrans.
Élevant en temps que muse la fascinante Elina Lowensohn (qui a aussi bien tourné avec Spielberg que Hal Hartley, Jeunet, Bonnello ou Grandrieux), il en fait la déesse bizarroïde de trois courts sans liens apparents, si ce n’est le corps féminin et ses détraquements. Dans Y’a t-il une vierge encore vivante ?, l’on remonte à un temps où les arbres violaient encore les jeunes filles et où Jeanne D’Arc, qui n’est pas morte brûlée, part à la recherche de pucelles dans une nature sanguinolente.

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Dans Prehistoric Cabaret, un cabaret borgne propose un numéro inédit : une coloscopie filmée de l’intérieur, le tout dans une atmosphère enfumée à la Fassbinder. Deux échappées folles et brèves, quelques peu écrasées par le poids de Notre Dame des Hormones, gros morceau de la sélection.
Dans des lumières piquées à Bava et Douglas Sirk, un couple d’actrices se chamaille une créature indéfinie, morceau de chair gazouillant à mi-chemin entre la créature de Possession et et le POD de Existenz, réveillant leur jalousie et leur libido. Elles l’aiment un peu, beaucoup, beaucoup trop. Et ça dérape forcément.

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Il y a de la farce camp (les dialogues sont hilarants), du théâtre de l’absurde, et une fascination affichée pour ce qui est sale, hors-normes, immonde. Tout est vivant, du décor (composé de corps humains vivants ou pas) à la progression du récit, conté par Michel Piccoli himself. C’est la poésie des films d’Harry Kumel et le gore spongieux d’un Herschell Gordon Lewis : c’est un passage vers un monde kitsch, drôle et répugnant, comme le jumeau maléfique du cinéma de Yann Gonzalez. Quant on sait que Mandico prépare enfin un premier long doucement appelé Les garçons sauvages, on trépigne.

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